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Choisir l'Etat, pas l'entourage
Publié dans Business News le 13 - 10 - 2025

Député ouvertement pro-Kaïs Saïed, Ahmed Saïdani s'est imposé comme l'une des voix les plus intransigeantes du camp présidentiel. Sa ligne est connue : rhétorique martiale, diatribes régulières et violentes contre l'opposition, défense sans nuance de l'agenda du régime. C'est précisément cette identité politique qui donne du poids à son dernier post : la critique vient de l'intérieur. Et quand la critique vient de l'intérieur du cercle, elle pèse plus lourd que celle des adversaires.
Le dernier post Facebook d'Ahmed Saïdani, publié samedi dernier, a provoqué un séisme silencieux. En quelques paragraphes, il dépeint un président isolé, coupé de l'administration, des élus, des gouverneurs et du pays réel. Un chef d'Etat "encerclé", selon lui, par un entourage familial et restreint qui le maintiendrait dans une bulle, loin des réalités.

Quand la loyauté infantilise
En d'autres termes, le député infantilise le président. Il le dépeint en souverain prisonnier, dépendant de ses proches pour comprendre ce qui se passe dans son propre pays. Cette accusation est d'autant plus grave qu'elle vient d'un fidèle du régime. Elle suppose que le président ne lit ni les rapports de ses services de sécurité, ni les notes de ses ministres, ni même la presse – pourtant, quelques médias continuent d'exister hors du chœur de la propagande. Ahmed Saïdani est revenu à la charge lundi 13 octobre en critiquant ouvertement le rendement des ministres. Il écrit également : « Quand le président se réveillera-t-il ? Nous ne le savons pas.
Est-ce lui qui a donné des instructions aux ministres pour boycotter le Parlement ? Nous ne le savons pas.
Est-ce lui qui fait pression sur Ibrahim Bouderbala pour bloquer certaines lois ? Nous ne le savons pas.
Le président connaît-il le montant réel de la dette souveraine totale, au lieu des chiffres de sorcellerie (125 % et l'illusion donnée au peuple) ? Nous ne le savons pas.
Le président est-il capable de faire quelque chose d'autre que dénoncer, affirmer, recommander et insister sur la page de la présidence ? Nous ne le savons pas. »
Le message implicite est limpide : Kaïs Saïed ne gouvernerait plus vraiment. Il subirait. Il écouterait ceux qui lui parlent à l'oreille, non ceux qui travaillent pour l'Etat. L'ironie est que cette thèse émane d'un partisan, non d'un opposant. Et qu'elle arrive au moment même où plusieurs pages pro-régime s'en prennent ouvertement à Naoufel Saïed, le frère du président, accusé de népotisme et de mainmise sur certaines décisions économiques. Dans le même mouvement, Saïdani et des pages pro-régime ciblent la famille présidentielle, évoquant des intérêts privés jusque dans des secteurs précis (sable, marbre).
Ahmed Saïdani, il n'est pas un dissident. Il appartient à cette catégorie d'hyper-loyalistes qui confondent la foi politique avec le zèle personnel. Il s'érige en gardien du temple, persuadé d'aimer le président plus que ses propres proches, jusqu'à le corriger publiquement pour mieux le servir. Le loyalisme excessif finit toujours par trahir le pouvoir qu'il prétend protéger.

Le parquet face à son miroir
Si ces accusations sont vraies, elles sont gravissimes. Si elles sont fausses, elles le sont tout autant – car c'est alors une calomnie publique lancée contre la première famille du pays. Dans les deux cas, le parquet, si prompt à poursuivre et arrêter les critiques du régime, devrait s'en saisir.
L'égalité de traitement n'est pas un luxe : c'est le fondement même de la crédibilité judiciaire.
Le parquet ne peut pas déployer un zèle implacable contre des figures comme Sonia Dahmani, poursuivie depuis plus de deux ans pour une phrase ironique, ou Ahmed Souab, incarcéré pour un geste d'humeur, et dans le même temps garder le silence face à un député qui accuse la famille présidentielle de népotisme tout en réduisant le chef de l'Etat à une figure manipulée.
Une justice qui condamne à mort un citoyen pour un propos jugé offensant envers le président, mais qui tolère qu'un partisan le ridiculise publiquement, n'est plus une justice égale : c'est une justice à géométrie politique.
La remarque du chroniqueur Mehrez Belhassen résume parfaitement la situation : si l'on est contre le régime, on devient traître ou conspirateur ; si l'on est pour, on devient complice de la corruption et du fiasco que l'on dénonce soi-même. Ce paradoxe illustre l'essoufflement du discours officiel. Le régime s'enferme dans un cercle où la loyauté aveugle se retourne contre lui.

L'alerte sur la rue et la responsabilité du politique
M. Saïdani évoque une « marmite » sociale prête à déborder. On peut discuter la dramatisation, mais le signal est là et il interroge si ce qu'avance Ahmed Saïdani relève de l'observation sincère, de la manœuvre politique ou d'une simple recherche d'attention. Rien ne permet de trancher. Mais le simple fait qu'un député notoirement acquis au régime se permette un tel diagnostic en dit long sur le climat du moment. Quand les soutiens commencent à douter, c'est que le pouvoir commence à vaciller.
Ce que révèle cette sortie, ce n'est peut-être pas un scandale, mais un malaise. Un pouvoir qui concentre tout, qui centralise tout, finit par se retrouver seul face à lui-même. Le risque n'est pas seulement l'isolement du président, mais l'isolement de l'Etat. Quand la parole devient verticale, quand les canaux d'alerte se ferment, le pays tout entier perd ses réflexes d'autocorrection.
La grandeur d'un chef d'Etat ne se mesure pas à la fidélité de ceux qui l'entourent, mais à la solidité des institutions qui l'encadrent. L'histoire tunisienne l'a montré : chaque fois qu'un président s'est cru mieux protégé par son clan que par l'Etat, c'est l'Etat qui a vacillé. Gouverner, c'est savoir s'entourer de contrepoids, pas de courtisans. C'est accepter la contradiction, non la craindre.
Kaïs Saïed a souvent invoqué la souveraineté du peuple et la primauté de la loi. Ces principes ne valent que s'ils s'appliquent à tous, sans exception. Les critiques d'Ahmed Saïdani ne sont peut-être qu'un bruit de fond, ou peut-être le symptôme d'un système qui commence à douter de lui-même. Dans les deux cas, elles appellent une réponse politique, pas un réflexe de fermeture.


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