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Tunisie - Lotfi Zitoun : L'arbre qui cache la forêt d'Ennahdha
Publié dans Business News le 11 - 05 - 2012

Un des secteurs les plus critiqués par la Troïka au pouvoir, plus particulièrement, le parti d'Ennahdha, est sans conteste celui de l'information qui a subi les foudres des grands barons du parti islamiste, aussi bien à l'Assemblée nationale constituante qu'à travers les médias.
La bataille a fini par se concentrer autour de la chaîne de télévision nationale, plus précisément encore le journal télévisé qui « doit passer les activités du gouvernement provisoire de Hamadi Jebali et du président provisoire de la République », selon la vision de l'équipe gouvernementale « afin que le peuple sache ce que fait le gouvernement légitime qu'il a élu », comme se plaisent à le répéter les membres du cabinet de M. Jebali.
Or, à bien y regarder, on constate qu'à part la chaîne privée Nessma TV qu'ils boycottent, les représentants du gouvernement et d'Ennahdha, plus spécialement, sont les plus nombreux et ceux qui passent le plus souvent sur les plateaux des différentes chaînes, lesquels plateaux sont les plus regardés par les Tunisiens.
Et ils sont, en moyenne, au nombre de deux, au moins, par émission et, pratiquement, les seuls à accaparer le plus longtemps la parole. Et disciplinés comme ils sont, les membres du parti de Cheikh Rached Ghannouchi semblent avoir adopté une tactique spéciale consistant à procéder par une sorte de turn-over, de façon à ce que chaque «baron» d'Ennahdha ait sa période.
Pendant un premier temps, ce fut Noureddine Bhiri qui multipliait les déclarations aux radio-télévisions, même pour des domaines qui ne sont pas de ses compétences, tels le cas de l'emploi. Ensuite c'était l'ère Samir Dilou, porte-parole officiel du gouvernement qui se chargeait de rectifier le tir, d'apporter les précisions complémentaires, ou encore de fournir les vraies interprétations et d'expliciter les véritables pensées des auteurs de déclarations.
On a eu droit, par la suite, à de nombreuses apparitions du ministre de l'Intérieur, Ali Laârayedh qui justifiait les comportements des forces de sécurité lors de manifestations à l'Avenue Bourguiba, à la Place Mohamed Ali, à la Cité El Mellaha de Radès où des manifestants ont été agressés et violentés.
Mais Ali Laârayedh n'y voyait que des exagérations médiatiques parce que des forces occultes, dont les médias, voulaient déstabiliser le gouvernement. Et ce fut au tour de la théorie d'un complot «tramé par certaines parties en connivence avec certaines chancelleries étrangères».
Et là on a eu droit à la chose et à son contraire. De Lotfi Zitoun, chef de file de cette théorie, à Ali Laârayedh qui niait toute existence de cette hypothèse, on a eu droit à toutes les affabulations. Et deux mois après le mois de mars, annoncé comme étant celui de l'exécution du «putsch» ou presque, il n'est rien.
Pourtant, dans une fuite savante offerte à l'ex-rédacteur en chef d'un journal de la place, on a parlé, avec force détails, des préparatifs et des péripéties dudit plan visant la chute du gouvernement Jebali.
Puis, c'est l'attaque frontale contre le secteur, traduite dans les ballons d'essai lancés par les Ameur Laârayedh, Sahbi Atig ou Lotfi Zitoun – décidément- concernant l'éventualité, pour ne pas dire la nécessité de la privatisation des médias publics, télévisions nationale en tête.
Et allons-y pour le fameux sit-in de 50 jours imposé par des barbus devant le siège de la télévision. Là aussi, la palme revient à Lotfi Zitoun, ancien compagnon de Rached Ghannouchi en Angleterre, qui s'est déplacé sur les lieux, suite aux risques de dégradation de la situation. Il a tenu à remercier et à féliciter les sit-inneurs d'avoir eu le «sens de la responsabilité» de lever leur sit-in suite aux provocations lancées par les employés de l'établissement de télévision!
Lotfi Zitoun, encore lui, vient de souffler le chaud et le froid lors de son passage sur Mosaïque Fm. Il a commencé par adopter un ton apaisant et conciliant quant à la nécessité, pour tous – gouvernement, opposition, société civile et organisations nationales – d'avancer ensemble pour réussir cette étape transitoire.
Ensuite, il a violemment critiqué le voyage de Béji Caïd Essebsi au Qatar estimant que l'ancien Premier ministre n'avait pas à prendre de pareilles initiatives sans en informer, préalablement, le gouvernement.
Et c'est Lotfi Zitoun qui a la mission, durant la dernière période de faire contrer les thèses des adversaires d'Ennahdha. D'ailleurs, il s'en sort assez bien grâce, surtout, à son sang froid et à son art de provoquer ses vis-à-vis par ses flèches acerbes, ce qui lui a permis, à maintes reprises, de paraître dans la peau du gentilhomme qui ne cherche rien d'autre que la conciliation. Il passe ainsi de sa mission de conseiller du chef du gouvernement provisoire à celle de porte-parole du gouvernement de facto.
De là à dire que toutes ces batailles autour et par médias interposés ne sont que de simples opérations de diversions orchestrées par le parti Ennahdha qui est en train d'entreprendre un travail en profondeur sur le terrain à travers tout le pays jusque dans les coins les plus reculés du pays, il n'y a qu'un pas que certains n'ont pas hésité à franchir.
Ainsi, personne ne parle plus des désignations arbitraires des gouverneurs, des délégués, des décideurs dans les entreprises, ni de la mutation subie par les administrations dans les différents départements ministériels où il n'y a qu'à faire un tour pour s'apercevoir de la métamorphose enregistrée. Noureddine HLAOUI


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