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La maladie de Mohamed Abbou et consorts
Publié dans Business News le 07 - 10 - 2012

« Depuis deux mois, une étrange et rare maladie a attrapé Mohamed Abbou, ancien militant, avocat et actuel secrétaire général du parti présidentiel Congrès pour la République.
Cette maladie consiste en son impossibilité de prononcer deux phrases successives sans évoquer Nidaa Tounes, le parti de Béji Caïed Essebsi et principale force de l'opposition pour le moment.
En plus de cette maladie, le pauvre a été atteint d'une rare cécité dans ses yeux appelée « aveuglément d'Ennahdha » de telle sorte que ses yeux soient incapables de voir quoi que ce soit de négatif réalisée par Ennahdha. Ainsi, on ne le verra jamais étonné des énormes moyens matériels du parti au pouvoir, il n'évoquera jamais leurs milices mobilisées pour réprimer les gens et les libertés. Ainsi la volonté de Dieu… Prompt rétablissement militant des droits… »
L'original du texte ci-dessus a été rédigé en dialectal tunisien par le célèbre blogueur Big Trap Boy (Extravaganza). Il synthétise à merveille l'état d'esprit actuel de la troïka et leur stratégie de diabolisation quotidienne de Nidaa Tounes.
On veut l'exclure des élections, on boycotte les plateaux télé où il participe, on l'accuse de tous les maux. A entendre Rached Ghannouchi, Nidaa Tounes est une fabrication médiatique. A entendre Mohamed Abbou, ses ressources matérielles seraient louches et il faudrait voir de plus près leur provenance.
Parlons peu, parlons bien, comme on dit. Si Nidaa Tounes est une fabrication médiatique, pourquoi la troïka en parle tout le temps ? Pourquoi ses militants, sympathisants et milliers d'opportunistes et néo-révolutionnaires ne cessent de l'attaquer ?
Ce qui s'est passé avant les élections avec la diabolisation d'Ennahdha est en train de se passer actuellement avec Nidaa Tounes. Positionné en victime et en cible, le parti de Béji Caïed Essebsi devient sympathique. Une stratégie où le peuple tunisien est perdant puisque le débat politique atteint de bas niveaux.
Pour Mohamed Abbou, qui ose parler des comptes de Nidaa Tounes, en oubliant ses propres casseroles, on aimerait bien qu'il aille jusqu'au bout de ses principes en faisant preuve de toute l'honnêteté dont il se prévaut devant son public. Un public qui boit aveuglément ses paroles, cela dit en passant.
A la question relative au registre perdu du CPR, M. Abbou a déclaré que ce dossier est clos tout en relativisant la perte en question. Début septembre, il a affirmé que, « disposant de toutes les factures et pièces justificatives en bonne et due forme, le CPR a dû présenter à la Cour des comptes un autre registre comptable non paraphé par l'ISIE, au lieu du registre perdu. La Cour des comptes a eu l'amabilité d'accepter le registre, mais les médias n'ont relevé que la première partie de l'information à savoir la perte du registre paraphé. »
Mohamed Abbou a beau relativiser et minimiser cette affaire, elle ne passe pas. Pour de simples raisons. Le CPR n'a jamais déclaré, par communiqué officiel, qu'il a remis un nouveau registre et que l'affaire est réglée. La Cour des Comptes (qui a révélé ce scandale, la première) n'a jamais déclaré que le CPR a remis un nouveau registre et que l'affaire est réglée.
Enfin, et à moins que l'on ne soit un vendeur de fruits secs ou un épicier (et encore !), le CPR fait normalement appel à un expert comptable et à un commissaire aux comptes. Et on sait que de tels registres ne se trouvent pas chez le client (le CPR dans notre cas), mais chez l'expert comptable ou le commissaire aux comptes. Or on doute fort qu'un expert-comptable ou qu'un commissaire aux comptes puisse perdre un tel registre. Cela relève quasiment de l'impossible.
Dans cette affaire, et dans un Etat de droit qui respecte vraiment les règles du jeu, ce n'est pas à Mohamed Abbou de nous dire si les comptes du CPR sont sains ou non, mais son commissaire aux comptes et la Cour des Comptes. On n'a jamais entendu le commissaire aux comptes et on a toujours une seule et unique version de la Cour des comptes : registre perdu, infraction, point !
Mohamed Abbou, qui parle de financeurs occultes de partis, oublie t-il ceux qui ont financé le sien ? Faut-il donner le nom du plus célèbre ? Nasr-Ali Chakroun, patron de 3S Gnet.
C'est quoi Gnet ? C'est le premier fournisseur d'accès à Internet en Tunisie.
Qui pouvait obtenir une telle licence à l'époque ? Personne ! A moins que vous ne soyez proche, très proche de Zine El Abidine Ben Ali. Ça tombe bien, au milieu des années 90, il n'y avait que Gnet et Planet (appartenant à la fille de Ben Ali) qui avaient cette licence.
A cette époque, bon à rappeler, il fallait une demande et une autorisation et un engagement sur l'honneur, rien que pour s'abonner à l'internet. On imagine aisément la machine à cash qui s'est dégagée de cette licence, mais chuuut, de cela Mohamed Abbou n'en parle jamais.
Après la révolution, le financeur du CPR a obtenu une des cinq licences TV et sa fille a été nommée conseillère du président. Mais chuuut, de cela, on n'en parle jamais.
La rumeur et les bruits de couloir prétendent que M. Chakroun ne s'entend plus avec le CPR. Mais ça c'est la rumeur que seuls les fidèles et amoureux du CPR pourraient croire.
Le bon sens dit que l'on ne se débarrasse jamais de ses bienfaiteurs et de ses financeurs, surtout lorsqu'on a encore besoin d'eux.
Et quand on constate que des proches de Gnet continuent encore à défendre bec et ongles le CPR, on se fait rapidement sa petite idée…
Mohamed Abbou, qui parle des comptes de Nidaa Tounes, a été l'unique ministre de la troïka à rendre public les biens qu'il possède (cliquer ici). Rien que pour cela, il mérite d'être applaudi, diront ses fans et à raison. Cette déclaration est-elle cependant sincère et bien conforme à la réalité ?
A voir de près, on constate qu'il a mis « zéro » pour le solde de ses comptes bancaires.
Demandez à n'importe quel banquier et il vous dira que cela est impossible. Un compte peut être débiteur, peut être créditeur, mais il ne supporte pas le zéro.
Dans cette même déclaration, M. Abbou indique qu'il a zéro d'argent espèces sur lui. En d'autres termes, et sur la foi de cette déclaration, le ministre n'avait même pas de quoi s'acheter un café.
En démissionnant, Mohamed Abbou a indiqué qu'il n'a pas pu ouvrir certains dossiers liés à la corruption. Mais de quels dossiers s'agit-il ? Pourquoi tait-il encore ces affaires ? Pourquoi n'a-t-il jamais dit si les dossiers de corruption qu'il évoque, sont liés à des ministres et des figures de l'ancien régime ou à des dossiers liés à des ministres et personnalités encore en exercice ? Certains milieux des affaires et de la politique ont leur petite idée sur la réponse.
Ce ne sont là que des détails insignifiants et on cherche la petite bête ? Peut-être ! Mais M. Abbou fait exactement la même chose et je n'ai fait que l'imiter dans sa démarche de chasse à la petite bête et du détail insignifiant.
Aux maladies évoquées par Extravaganza, il faudrait en rajouter d'autres pour Mohamed Abbou et consorts.
Celle par exemple, d'attaquer et de dénigrer systématiquement toute voix critique, même si elle n'est pas opposante et n'appartient à aucun parti.
Celle d'user de mots de l'ancien régime (ou pires) quand il s'agit de justifier sa politique répressive ou contraire aux droits et à la légalité.
Tant que Mohamed Abbou et consorts n'ont pas admis que la Tunisie d'aujourd'hui ne supporte plus de crises, ne supporte plus de divisions entre ses citoyens, doit rassembler toutes ses compétences, doit être juste et légaliste, tant que cette Tunisie reculera.
Exclure de la vie politique une personne sur des bases autres que judiciaires, cela ne porte qu'un nom : injustice !
Mettre en prison une personne sur des bases autres que judiciaires, cela ne porte qu'un nom : injustice !
Sanctionner une personne par le fait du prince, cela ne porte qu'un nom : injustice !
Mohamed Abbou et consorts ont beau évoquer une logique révolutionnaire pour justifier leur « justice » de révoltés, cela ne passe pas. Une révolution, une vraie, s'accompagne par le sang. Beaucoup de sang. On n'en est pas là et on ne veut pas l'être.
En me rappelant son ancienne image qu'on a tant admirée et respectée sur les unes d'Al Maoukif, je doute fort, très fort, que M. Abbou soit atteint par une maladie sanguinaire.
NB : Pensée à Sami Fehri, Nébil Chettaoui et bien d'autres qui sont actuellement sous les verrous pour des raisons, à mes yeux, injustes.


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