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Interview de Mehdi Mahjoub : Le ministère du Commerce a compris la nécessité d'ouvrir le marché automobile
Publié dans Business News le 11 - 10 - 2015

Mehdi Mahjoub, porte-parole de la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles et directeur général de City Cars, concessionnaire de Kia Motors en Tunisie, nous a reçus dans son bureau au showroom de Kia à l'avenue de Carthage au cœur de Tunis, mercredi 7 octobre 2015. Ont été abordés lors de cet entretien plusieurs sujets touchant le secteur automobile : l'ouverture du marché, l'agrément des concessionnaires et le deuxième FCR. Interview.

Le secteur automobile tunisien est soumis au système des quotas. Les concessionnaires ont toujours refusé ce système et ont appelé à l'ouverture du marché. Où en êtes-vous ?
Ces dernières années, la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles a continué ses discussions avec le ministère du Commerce et avec les gouvernements qui se sont succédé pour essayer de structurer le secteur automobile. Cependant, à chaque fois, l'échéance et les chantiers ont été retardés jusqu'à la mise en place d'un gouvernement élu et stable. Depuis la fin des élections, il y a eu plusieurs réunions avec le ministère du Commerce et les directeurs généraux, qui se sont soldées, récemment, par un rapprochement des visions respectives. Aujourd'hui, nous avons la même vision du secteur automobile : maintenant nous parlons le même langage. Il reste juste à mettre en place, prochainement, les modalités de travail et de collaboration.
Lors de nos différentes rencontres avec le ministre du Commerce (3 réunions la semaine dernière), nous avons parlé de tout le secteur, avec ses deux pans : l'officiel et l'informel. Nous avons mis en exergue le fait que le secteur officiel, qui est réglementé, est en train d'investir, de créer de l'emploi, de donner des garanties et d'assurer un service après-vente : il doit être libéralisé. Quand, comment, quels seront les mécanismes, ça sera l'objet de nos futures réunions qui commencent à partir de la semaine prochaine pour préparer l'année 2016. Une chose est sure cependant, la décision est prise et nous allons vers la libéralisation du secteur, graduellement ou globalement.

Que va rapporter l'ouverture du marché ?
L'ouverture du marché ne peut être que bénéfique avec un meilleur service pour le client, de meilleurs prix, l'instauration d'une vraie concurrence, plus d'investissements, la création d'emplois, etc. Aujourd'hui, le système des quotas pousse les importateurs à être paresseux. Dans d'autres pays, le premier annonceur est le secteur automobile. En Tunisie, c'est le secteur des télécoms où la concurrence est rude.
Comment convaincre alors un constructeur automobile à s'installer en Tunisie si la moitié du marché est informelle ? L'ouverture du marché et le contrôle du marché parallèle vont inciter les constructeurs à venir en Tunisie. Le pays pourra ainsi devenir une plateforme pour d'autres marchés voisins avec sa position stratégique. Il est inutile de mentionner qu'évidemment si le volume des véhicules sur le marché officiel augmente, les recettes de l'Etat augmenteront automatiquement.
Est-ce que les autorités comptent prendre des dispositions contre le marché parallèle ?
Le marché parallèle relatif à la vente de véhicules d'occasion est normalement réglementé par un cahier des charges (qui exige un showroom de 250 m2, un ingénieur en mécanique, un SAV, un registre des ventes, etc.). Aujourd'hui, il y a une volonté du ministère du Commerce et du gouvernement d'appliquer la loi et de respecter le cahier des charges en vigueur depuis 2002. L'objectif étant d'intégrer le marché informel au marché formel. Bien sûr, il y a des personnes qui respectent la loi et qui sont eux-mêmes gênés par la désorganisation ou l'activité illicite de certains de leurs confrères. Les contrevenants devront dorénavant se conformer à la loi et payer leurs taxes et impôts. Ceci aura des répercussions positives sur le consommateur, sur les caisses de l'Etat et sur le commerçant lui-même qui pourra évoluer en toute transparence et sans avoir peur pour son business. Les acteurs du marché de l'occasion seront traités sur le même pied d'égalité que le secteur formel, souvent contrôlé.
La loi doit être appliquée pour tous les secteurs économiques dans l'intérêt de la Tunisie, pour que l'Etat puisse payer ses chantiers d'infrastructure, les hausses des salaires, la modernisation des hôpitaux, des écoles et des équipements, etc. Nous devons tous accomplir notre devoir fiscal et payer nos impôts, car les entrées de l'Etat proviennent en majorité des ressources fiscales. Aujourd'hui l'économie parallèle représente 52%, donc plus que la moitié des ressources de l'Etat n'entrent pas dans ses caisses. Nous sommes arrivés au point où l'Etat s'endette pour payer ses salariés au lieu de s'endetter pour investir et créer de la valeur : ceci est une aberration.

Y aura-t-il des baisses pour les droits de consommation des véhicules ?
Nous avons récemment entendu que le ministère des Finances a décidé de baisser tous les droits de consommation sauf pour les voitures et les cigarettes. Les voitures sont perçues comme un produit de luxe, ce qui n'est plus le cas, puisque 90% des importations du marché officiel sont soit des petites cylindrées soit des utilitaires. Donc, l'Etat tunisien devrait penser à baisser les droits de consommation pour ce type de véhicules et il ne sera pas lésé car l'assiette imposable va s'élargir, les consommateurs recourant plus au marché officiel qu'au marché parallèle.
Le pouvoir d'achat du Tunisien a baissé, et selon nos calculs, depuis 12 ans (de 2003 à 2015) malgré que le droit de consommation n'a pas évolué, le prix d'un véhicule a augmenté de 63%, à cause de la hausse annuelle de 2% du constructeur et le glissement du dinar par rapport à l'euro et au dollar.
Les Tunisiens comparent les prix avec ceux pratiqués en Europe et croient donc que les concessionnaires réalisent de grosses marges. Or un simple calcul permet de comprendre qu'une importante partie du prix va aux caisses de l'Etat entre droit de consommation, TVA et différentes autres taxes (au moins 40% du prix final). Avec la conversion dinar-euro, le concessionnaire bénéficie d'une petite marge sur le prix d'un véhicule surtout pour les petites cylindrées.
Donc, après cette annonce, nous avons demandé une audience auprès du ministre des Finances Slim Chaker pour lui présenter notre vision. Une vision qui peut être profitable pour l'économie tunisienne et le consommateur final sans léser personne.

Le chef du gouvernement Habib Essid a ratifié le 6 octobre l'arrêté concernant le 2ème FCR. Quel sera l'impact de cette décision sur le secteur automobile ?
En mai dernier lorsque la présidence du gouvernement a pris cette décision, les gens n'ont pas compris sa teneur. On se demandait si cet avantage sera accordé à chaque individu résident à l'étranger ou à chaque ménage. Et selon son application, cette décision pouvait renforcer le marché parallèle au dépend de l'officiel : c'est pour cette raison qu'on a demandé à être associés à ce dossier.
Nous ne sommes pas contre l'octroi d'un 2ème FCR pour la famille. Ce n'est pas normal aujourd'hui de priver l'un des deux conjoints des avantages conférés à l'autre. Cependant, nous sommes contre le commerce de ce privilège. Aujourd'hui, le marché parallèle représente, en montant d'importation, 60% du marché global alors qu'en 2010 il n'était que de 17%. En contre partie, 90% des véhicules importés par les concessionnaires sont des petites cylindrées ou des véhicules utilitaires, les grosses cylindrées étant acheminées par le marché parallèle.
La nouvelle loi permettra, donc, à un couple marié d'avoir droit à deux véhicules sous le régime FCR : mais, pour l'achat du deuxième véhicule, il faudra passer par un concessionnaire tunisien. Ceci générera des entrées additionnelles en devise pour le pays. Sachant que les concessionnaires payent leurs fournisseurs tous les 180 jours, le pays profitera de réserves en devise additionnelles en plus des marges des concessionnaires qui seront monnayées en devise et resteront dans le pays. En outre, au cas où le bénéficiaire décide de vendre son véhicule, le consommateur final aura une meilleure traçabilité de son bien et de meilleures garanties. L'Etat aussi bénéficiera de recettes supplémentaires avec les droits et taxes qu'il percevra.

Le ministre du Commerce a annoncé des nouveautés pour l'agrément des concessionnaires. De quoi il s'agit ?
Les concessionnaires automobiles ont un agrément valable une année : le 1 janvier de chaque année, il n'y a plus aucun concessionnaire et nous sommes obligés d'attendre le renouvellement de l'agrément en février ou plus tard. Donc, à partir du 1er janvier et jusqu'au renouvellement de l'agrément, les concessionnaires ne peuvent plus exercer librement. Ils ne peuvent ni ouvrir de lettres de crédit, ni dédouaner des véhicules, ni participer à un appel d'offre (…).
Le ministre du Commerce Ridha Lahouel a trouvé que cette situation est aberrante, sachant que jusqu'à ce jour aucune reconduction d'agrément n'a été refusée. Il a, d'ailleurs, promis, dans ce contexte, de donner des agréments d'une validité de 3 ans et plus, et pourquoi pas à vie. Bien sûr, le ministère sera capable de suspendre un agrément à tout moment si cela s'avère nécessaire.

Pour conclure je veux souligner que nous sommes des opérateurs économiques, responsables et patriotes. La Tunisie est chère à nos cœurs.


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