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Sécurité et festivals de musique : L'insurrection des forces de l'ordre !
Publié dans Business News le 28 - 07 - 2017

Les festivals ne cessent de fleurir en Tunisie posant la question du bon équilibre entre l'esprit de célébration de la musique et les impératifs de sécurité nécessaires au bon déroulement de ces événements.
Deux cas récents de représentation artistique ont retenus notre attention, celui du rappeur Klay BBJ dont la sécurité a été boycottée par le syndicat national des forces de sécurité intérieure et celui de l'ouverture du festival de Tabarka où les vigils privés, placés à l'entrée, ont été dépassés par l'affluence des festivaliers…

La politique sécuritaire des évènements estivaux répond à des mesures de sécurité précises et prédéterminées. De la surveillance, à la vidéosurveillance, en passant par le gardiennage, la sécurité du public et des artistes ou la prévention contre les incendies et tout autre acte de malveillance, rien n'est laissé au hasard dans le contexte de menace terroriste actuelle.

Les récents remous suscités par le rap anti-flics de Ahmed Ben Ahmed alias Klay BBJ qui a une nouvelle fois créé la polémique en Tunisie, font repenser ses règles de vigilance. Son rap contestataire, pourtant connu et reconnu pour sa forme outrancière, a vexé au plus haut point le syndicat national des forces de sécurité intérieure lors du festival de Mahdia, le 16 juillet 2017.
Les agents des forces de l'ordre ont fustigé la haine des policiers de Klay BBJ dont l'œuvre est considérée comme «outrageante» à leurs égards. A un tel point, qu'ils ont décidé de boycotter la sécurité de l'ensemble de ses concerts et de tous les artistes qui le soutiendraient, comme ce fût le cas avec les rappeurs Akram Mag et Balti dont les représentations ont été annulées.
Une pratique policière qui avait déjà été utilisé à l'égard du chanteur Bayrem Kilani alias Bendirman, le 17 juillet 2013. Le boycott exercé par les forces de sécurité était alors justifié par le fait que Bendirman était solidaire avec le rappeur Weld El 15, auteur de la chanson Boulicia Kleb (NDLR : Les policiers sont des chiens).

Deux chansons de Klay BBJ ont été incriminées par le syndicat national des forces de sécurité. Il s'agit de ACAB, acronyme de All cops are bastards (NDLR : tous les policiers sont des bâtards), sortie en 2015 où le rappeur évoque la condamnation de Weld El 15, l'acharnement policier, l'illégitimité des lois et du président provisoire, Moncef Marzouki.
Il s'en prenait aussi à la police la qualifiant de chienne dans un clip retraçant les bavures policières survenues lors des manifestations de la révolution de 2011. Dans RBG, Klay BBJ insulte aussi la police, le gouvernement, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, et l'opposition tunisienne en dénonçant le système en place.
Ces deux chansons qui ont indigné le syndicat national des forces de sécurité étaient inscrites, en amont, dans la programmation du festival de Mahdia et ont été validées par le ministère des Affaires culturelles. Tout comme les rappeurs Eminem, Tupac, Notorious Big ou encore Joey Star, NTM, Ministère Amer et Orelsan, les slams très politisés des rappeurs décrient un état social en usant d'une joute verbale virulente. Cependant, leurs mots ne sont pas pour autant à prendre au pied de la lettre car il s'agit d'art au sens large du terme.

Pour mieux comprendre ce qui a poussé les forces de l'ordre à désobéir à leur devoir de protection des citoyens, Chokri Hamada, le porte-parole du Syndicat national des forces de sécurité intérieure s'est exprimé le 21 juillet 2017 sur les ondes de Mosaïque FM. Au micro de Hédi Zaiem.
Chokri Hamada, visiblement très remonté, a exigé des excuses de la part de Klay BBJ pour les propos indignes prononcés à l'encontre de l'ensemble des agents des forces de l'ordre. Il a également dénoncé l'atteinte à la dignité des forces de l'ordre et a critiqué les prérogatives du ministère des Affaires culturelles qui a validé le passage des deux chansons de Klay BBJ au festival de Mahdia. « Le ministère a-t-il pour prérogatives de valider des chansons destinées à humilier et insulter la profession des agents des forces de l'ordre ? » s'est-il interrogé.
Répondant aux questions relatives aux annulations successives des concerts de Klay BBJ dans les régions tunisiennes comme à Tozeur, Gafsa, Soliman et Monastir mais aussi à Carthage, Chokri Hamada a renvoyé la balle aux directeurs de festivals. Pour les organisateurs, l'annulation des concerts du rappeur était une décision inévitable car, sans garanties pour la sécurité du public et de l'artiste, un concert ne peut pas avoir lieu.
Contacté par Business News, un ancien directeur de festival nous a appris que les vigils privés comme les agents nationaux des forces de l'ordre sont tous deux rémunérés par les directeurs de festivals. Il s'agirait d'une pratique légale et courante qui prend la forme de primes versées par chèques aux sécuritaires pour les extra qu'ils réalisent.

Dans une vidéo publiée sur Facebook, le 19 juillet 2017, Klay BBJ a donné sa version des incidents survenus lors du Festival de musique de Mahdia. « Après une heure de représentation, les policiers ont décidé de se retirer et de ne plus assurer la sécurité des festivaliers. J'ai décidé d'en informer le public en lui demandant de ne pas créer de perturbations pour que le concert se termine dans les meilleures conditions. A la fin du concert, les forces de police sont revenues et m'ont attaqué ainsi que mon groupe à coup de gaz lacrymogène et de matraque. Des festivaliers Mahdois se sont alors empressés de nous conduire à l'hôpital de la région. Pourquoi ces policiers m'ont traité comme un criminel alors qu'il pouvait m'embarquer au poste de police pour m'interroger en bonne et due forme ? » s'est questionné l'artiste.
Le 22 août 2013, Klay BBJ ainsi que Weld El 15 avaient vécu cette expérience. Ils avaient été passés à tabac sur scène, puis trainés et frappés dans les loges du Festival international de Hammamet par des agents en uniforme qui estimaient que leurs flows de rappeurs étaient offensants envers la police. Une semaine plus tard, le verdict tombait : les deux rappeurs sont condamnés, par contumace, à un an de prison pour outrage à fonctionnaire, à 3 mois pour atteinte aux bonnes mœurs et à 6 mois pour diffamation.

En France, dans des cas similaires, la règle procédurale exige que ce soit le ministre de l'Intérieur qui forme une action en justice contre un artiste injurieux. Ainsi des ministres français de l'Intérieur tels que Jean-Louis Debré, Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, Manuel Valls ou encore Bernard Cazeneuve avaient formé des recours en justice et engagé des poursuites judiciaires contre des rappeurs. En septembre 2016, c'est le rappeur français, Jo Le Phéno, qui avait été épinglé. Les deux syndicats français de police, le SCSI-CFDT et Alternative CFDT, avaient alors argué dans un communiqué qu'« Il ne s'agit pas d'un débat sur la liberté d'expression, d'une attaque contre le Rap ou toutes formes de culture mais de la protection de notre société et des policiers qui en défendent les valeurs ». Selon eux, le rappeur était un délinquant qui échappait à la police grâce à une couverture artistique.
Pas de jurisprudence à ce niveau en Tunisie, juste des cas d'insubordination policière motivée par une volonté de défendre une profession. Dans un communiqué publié le 26 juillet 2017, le syndicat national des forces de sécurité intérieure avait argué que Klay BBJ n'est pas un artiste. Ils ont également évoqué la « bassesse morale » du chanteur ainsi qu'« une incitation à la haine » perceptible lors de ses concerts.

Les incidents survenus lors de l'ouverture du festival de Tabarka, samedi 22 juillet dernier, revêtent un tout autre aspect. Une cinquantaine de fans munis de leurs billets n'avaient pas pu assister au concert d'ouverture du festival car la salle était pleine. Nabil Ben Abdallah, le directeur du Festival de Jazz à Tabarka, était intervenu peu après pour faire état de la demande imprévue des artistes du festival qui avaient demandé la mise en place d'un « espace de sécurité plus large entre l'estrade où se représente l'artiste et la première rangée de chaises ».
Cette demande avait réduit la capacité d'accueil de la basilique de Tabarka. Il a aussi ajouté que les vigils privés assurant la sécurité à l'entrée de la basilique de Tabarka avaient « laissé entrer des membres des forces de l'ordre et leur famille » et que ce sont ces personnes qui ont pris la place des festivaliers.
Contacté par Business News, un directeur de festival a expliqué que les vigils privés placés à l'entrée de la basilique de Tabarka ne pouvaient pas recaler les forces de l'ordre, gradés, accompagnés de leur famille. Il a d'ailleurs dénoncé l'« interventionnisme régionaliste » qui demeure encore présents dans certaines régions de la Tunisie.


Les agents des forces de l'ordre, qui réalisent au quotidien un travail remarquable, semblent dans le cas de Klay BBJ vouloir se faire justice par eux-mêmes. Ils ont décidé de punir personnellement un artiste pour son art. Même si les propos du rappeur son moralement condamnables, en démocratie, le plus grand risque demeure la censure, l'interdiction et la pénalisation de l'expression des artistes.


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