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Retour sur la fabrique de l'universel
Cynthia Fleury aux mardis de l'IFT
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 06 - 2015

Ficin et Sohrawardi, à des époques différentes, ont nourri un héritage commun qu'il faut dépoussiérer.
Lancés début juin, «Les mardis de l'IFT» sont des rendez-vous qui donnent carte blanche au philosophe tunisien Youssef Seddik afin de créer, le temps d'une conférence suivie d'un débat, «un espace de circulation des idées de part et d'autre de la Méditerranée». Pour le mardi 16 juin, Youssef Seddik a choisi d'inviter la philosophe et professeur de philosophie politique française Cynthia Fleury. Après avoir précisé que le titre de la conférence concerne « Les schèmes de la renaissance Orient-Occident: Ficin et Sohrawardi» plutôt que «Le mysticisme serait-il une solution à l'islamisme ?» comme annoncé par l'Institut français de Tunisie, les deux conférenciers ont introduit le thème de la rencontre.
Ayant touché à plusieurs champs, de la psychanalyse à la religion et à la politique, toujours sous l'œil de la philosophie, Cynthia Fleury porte cette interdisciplinarité qui a marqué les scientifiques de la Renaissance. Cette période cruciale de l'histoire de l'humanité qui a renoué avec la pensée de Platon et la philosophie de l'Antiquité a permis une cartographie nouvelle et une abolition de la hiérarchie des sciences, commence par expliquer Cynthia Fleury pendant la conférence. Elle fait une analogie entre cette période de l'époque moderne et entre la mondialisation, qu'elle qualifie de post-renaissance.
C'est en retraçant son parcours que la philosophe a commencé à parler de Renaissance. «Ma rencontre avec l'Orient s'est d'abord faite à travers les orientalistes. Des peuples différents, à des temps différents ont pensé aux mêmes thèmes», a-t-elle constaté. Chose qui lui a permis de trancher sur l'universel : c'est un bien commun, qui se fait à plusieurs. Puis, et concernant son parcours, elle est passée de cette question de Renaissance et de mondialisation à la philosophie politique, en s'intéressant à la démocratie, dans des ouvrages comme «Les pathologies de la démocratie», sorti en 2005.
Ficin et Sohrawardi : la renaissance Orient-Occident
Parmi les écrits de Cynthia Fleury, on trouve également « Dialoguer avec l'Orient. Retour à la Renaissance» (2003). La philosophe défend la thèse d'une continuité des savoirs entre Orient et Occident — «tout comme Mohamed Arkoun était un défenseur du continuum arabo-syriaco-musulman», dit-elle —, et contrairement à ce que prône la théorie du choc des civilisations de Samuel Huntington. «Les renaissants ont profité de Platon grâce aux Arabes», explique-t-elle. Quant à Sohrawardi, c'est un philosophe musulman perse (1155-1191), père de la philosophie illuminative (ishraq). Un rapprochement entre ses principes et ceux du philosophe italien renaissant Marsile Ficin (1433-1499) a été le cœur de la conférence de Cynthia Fleury.
«Tous deux sont des platoniciens», commence-t-elle par dire. Les deux philosophes ont aussi en commun leur intérêt pour le concept de la lumière. «Ficin était un grand lecteur de Zoroastre mais a-t-il lu Wardi? Certains disent que oui, d'autres que non. Ils disent en tout cas la même chose à des siècles près», ajoute Cynthia Fleury en donnant l'exemple d'un «connais-toi toi-même» chez l'un, «connais ta lumière» chez l'autre. Tous deux ont parlé du rapport entre connaissance et amour dans leurs écrits, puisque quand on connaît mieux, on aime. Ils se rejoignent de surcroît dans la mise en avant de la faculté d'émerveillement, dérivée de la «capacité d'étonnement» de Platon. «Jean Pic de la Mirondole (philosophe renaissant) disait que Dieu a créé l'homme pour admirer la merveille qu'est l'univers, après sa genèse», explique encore la conférencière.
Pour Ficin et Sorhrawardi, la lumière s'oppose aux ténèbres, symbolisées par l'Orient et l'Occident comme deux pôles philosophiques. Wardi disait que l'ange Gabriel avait deux ailes, une aile de lumière et une aile de ténèbre, l'une le liant à Dieu et l'autre à l'Homme. Les deux philosophes appellent à trouver la lumière intérieure, même s'il faut faire l'expérience de la nuit de son âme. Dieu étant le père de la Lumière pour les deux, ils se rejoignent dans l'unicité du divin, le Tawhid, puis celle de l'âme, de la puissance de l'unification intérieure, avant le rapport à Dieu et au monde.
Et le Tunisien dans tout ça?
Le débat qui a suivi la conférence a emmené la discussion vers d'autres terrains. Pourquoi on stigmatise l'islam? demandent des intervenants à Cynthia Fleury. «Il y a toujours un coupable», répond-elle, en ajoutant que c'est une mode qui va passer. Certains ont exprimé leur mécontentement concernant le faux titre de la conférence, à savoir le mysticisme est-il une solution à l'islamisme? Ce à quoi la philosophe a répondu en rappelant le bon titre : les schèmes de la renaissance Orient-Occident : Ficin-Wardi. En l'interviewant, Cynthia Fleury nous a dit comprendre que le public veuille parler de ce qui le préoccupe en politique et dans son quotidien, plutôt que de la Lumière Ficinienne ou Lumière de Sohrawardi, sur lesquels personne n'a rebondi.
«C'est assez précieux en même temps. Ces espaces sont aussi faits pour ça, pour qu'il y ait verbalisation, divulgation de savoir et fabrication du cummun», explique la philosophe. Et d'ajouter: «Je pense que c'est ce qu'a voulu faire Youssef Seddik avec ces Cartes blanches, que l'on puisse retourner sur les relations Orient-Occident, d'une manière métaphysique ou géopolitique». En présentant Sohrawardi et Ficin pendant cette conférence, elle estime attirer l'attention du public à cet héritage lointain, mais universel, et l'universel est un bien commun, insiste-t-elle. Nous lui demandons son avis sur l'intérêt grandissant sous nos cieux pour le soufisme. Est-ce une réaction à l'obscurantisme, ou plus que ça. «Sans doute. La force du soufisme, c'est d'abord une exégèse infinie, qui s'oppose aux lectures fondamentalistes et littéralistes. Il y a aussi le fait d'attrapper sa religion à travers les arts, avec la poésie et la danse», répond Cynthia Fleury.
Quant à Youssef Seddik, il pense que le Tunisien a toujours recherché une religion soft, qui lui permette de faire ses devoirs envers Dieu et de vivre, d'où son choix du Malekisme qui prône de ne pas s'occuper de ce que Dieu n'a pas précisé. «Le Malekisme ne va pas au fond des dogmes, mais offre un raccourci aux gens pour vivre en harmonie avec le divin. Malheureusement, en Tunisie, on est en train de perdre cela, en vertue du Wahabisme, qui est une autre forme de superficialité, qui dit que tout ce qui est désir éloigne de Dieu». Avant de le quitter, notre interlocuteur nous informe que Les mardis de l'IFT, carte blanche à Youssef Seddik reprondront après le mois saint. Bon Ramadan à Tous!


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