Disons-le d'emblée : le terrorisme et l'insécurité n'ont que relativement peu contribué à la monumentale régression de la Tunisie sur l'échelle mondiale de la compétitivité. Le crime organisé, la contrebande, la lourdeur des procédures administratives, l'(in)efficience du marché du travail et du secteur bancaire ont en revanche été décisifs... A méditer. Résultats en-deçà des attentes publiés hier dans le rapport de Davos 2015-2016, où la Tunisie recule de cinq points, dont le classement se situe à la 92e position avec 3,93 comme score contre. «On n'a pas pu améliorer nos performances», a précisé Faycel Derbal, porte-parole officiel de l'Iace, lors d'un point de presse tenu hier à la Maison de l'entreprise où il a présenté en détails les résultats du rapport annuel 2015-2016 de la Tunisie sur la compétitivité. Dans ce rapport, le très influent Forum économique mondial de Davos expose un classement annuel et par pays de la compétitivité. Un classement très attendu et à chaque fois très scruté par la sphère de l'investissement. Plus de 140 pays sont passés au crible, selon une vision hiérarchique du monde en termes de compétitivité et de climat des affaires. M. Derbal n'a pas manqué de rappeler que ce classement se base sur l'Indice mondial de la compétitivité, lequel inclut 114 indicateurs composant les 12 piliers de la compétitivité appréciant la situation globale d'un pays, à savoir : les infrastructures, les institutions, la santé et l'éducation primaire, l'enseignement supérieur et la formation, la stabilité macroéconomique, l'efficience du marché des biens, l'efficience du marché de travail, la sophistication du marché financier, l'aptitude technologique, la taille du marché, la sophistication des affaires et enfin l'innovation. «Cette édition reflète les réalités d'un climat généralisé de crise économique et d'accroissement des inégalités frappant la scène mondiale, renforçant la présence du thème de la compétitivité dans les discours publics et fait de ce rapport un document vivement attendu et appréhendé». Pour la Tunisie, le porte-parole officiel de l'Iace a dû préciser qu'en 2012, année ayant suivi le soulèvement de 2011, notre pays a été écarté du classement, mais ne cesse, depuis 2013, de perdre sensiblement des positions». Pour l'année 2015-2016, la Tunisie a enregistré un net recul de sa position par rapport à l'année dernière, passant ainsi de la 87e place à la 92e place avec un indice global de compétitivité de 3,93. «Ces résultats placent la Tunisie comme dixième économie arabe et huitième africaine». Selon l'analyse de M. Derbal, les principaux facteurs de la dégradation, qui ont causé à la Tunisie la perte de 52 rangs en quatre ans (40e à 92e), s'articulent autour de quatre axes, dont l'efficience du marché du travail, le terrorisme, le système bancaire et financier et la transparence et la bonne gouvernance. Considérant distinctement les piliers évaluant la compétitivité, la Tunisie «justifie ce classement principalement par les piliers dits «moteurs de développement» constitués de l'enseignement supérieur et la formation, l'efficience du marché des biens, l'efficience d'un marché de travail, la sophistication du marché financier, l'aptitude technologique et la taille du marché faisant passer la Tunisie de la 94e à la 98e. Par ailleurs, l'innovation et la sophistication des affaires font perdre à la Tunisie 17 places, passant de la 93e à la 110e position». Il est à signaler que ce classement «vient compléter le rapport d'attractivité régionale élaboré par l'Institut arabe des chefs d'entreprise, dégageant le classement de l'ensemble des gouvernorats selon leur attractivité signalant les disparités de développement au niveau interne, conférant ainsi une nette visibilité des axes de développement prioritaires». A l'échelle internationale, le rapport sur la compétitivité globale 2015-2016 place la Suisse, Singapour, les Etats-Unis, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Japon, Hong Kong, la Finlande, la Suède et la Grande-Bretagne, « à la tête du peloton. Les dix premières économies n'ont pas beaucoup évolué relativement à l'édition précédente, excepté pour la Finlande qui a reculé de 4 places et les Pays-Bas ayant augmenté de 3». Le rapport indique que les pays qui ont subi le plus de variations au niveau de leur rang sont, d'une part, la Côte d'Ivoire pour avoir gagné 24 places et l'Inde qui a progressé de 16. Parmi les pays qui ont reculé, la même source cite Oman qui a régressé de 16 places, l'Algérie de 8 ou encore les Emirats arabes unis de 5. Par ailleurs, l'indice de compétitivité indique que la Tunisie a enregistré une amélioration considérable de position en ce qui concerne le pilier «aptitude technologique» avec un gain de 10 places. Les «basic requirement» qui englobent les institutions, l'infrastructure, la stabilité macroéconomique, la santé et l'enseignement primaire «ont un meilleur classement comparé à l'édition précédente du rapport sur la compétitivité avec un gain de 7 places, ce qui n'a pas réussi à renforcer la compétitivité de la Tunisie. En effet, les piliers qui ont progressé sont les institutions de 2 places et la stabilité macroéconomique de 14 places, alors que les infrastructures et la santé et l'enseignement primaire ont reculé respectivement de 1 à 5 points. Les deux piliers innovation et sophistication ont tous les deux enregistré les plus forts replis de 16 à 11 places». Principaux facteurs de dégradation * Efficience du marché de travail : 133e * Qualité des relations sociales : 125e * Flexibilité de la détermination des salaires : 121e * Salaires et productivité : 121e * Rigidité en matière de recrutement et de licenciement : 113e – Terrorisme, crimes et violence * Coût du terrorisme sur les affaires : 128/140 * Coût des crimes et violence sur les affaires : 101/140 * Crimes organisés: 97/140 – Système bancaire et financier * Epargne nationale : 120-140 * Solidité des banques : 133-140 * Disponibilité des services financiers : 121-140 * Garantie des emprunteurs : 106-140 – Transparence et bonne gouvernance * Efficacité des organes de gestion : 104-140 * Payements illégaux : 92-140 * Force des normes d'audit et de reporting : 96-140 * Poids des procédures douanières : 126-140 – Innovation et avancée technologique * Capacité d'innovation: 109-140 * Qualité des institutions de recherche scientifique : 111-140 * Partenariat université-entreprise : 116-140 * Connexion des écoles à l'Internet : 112-140 En bref Fitch confirme la note de défaut émetteur de la Tunisie Fitch Ratings a confirmé, vendredi 25 septembre, les notes de défaut émetteur à long terme de Tunisie en devises étrangères et en monnaie locale, respectivement à «BB-» et «BB», toutes deux assorties de perspectives stables. L'agence de notation souligne dans son rapport que la Tunisie demeure bien classée parmi les pays notés «BB», en matière d'indicateurs de développement et de gouvernance, ainsi qu'en termes de PIB par habitant d'indice de développement humain, les indicateurs liés au climat des affaires classent le pays favorablement parmi les pays comparables, ajoute le rapport de Fitch.