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Lassaâd Oueslati, réalisateur de « Harga », à La Presse : «Un mélange entre documentaire et fiction»
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 04 - 2021

Dure mais nécessaire, « Harga » de Lassaad Oueslati traite de la migration clandestine, thème jamais aussi bien traité sur le petit écran. Après le sujet de l'incarcération des mineurs dans « El Maestro » en 2019, le réalisateur s'attaque, cette année, à une plaie sociale tout aussi sensible et taboue. Le but étant de sensibiliser davantage les téléspectateurs et d'interpeller les autorités sur l'ampleur de ce fléau social de plus en plus grandissant. Dans cet entretien, le réalisateur lève le voile sur cette pluri-tragédie humaine.
Vous êtes parvenu à filmer si bien le thème de la migration clandestine à la télévision. Avez-vous toujours été sensible à cette thématique ?
En général, je reste sensible aux droits humains. C'est lié à mon parcours, à ma filmographie, aux sujets que j'ai déjà traités. Je fonctionne au feeling. Quand on a réalisé « El Maestro », il y a eu un personnage jeune « Fares » qui est parti illégalement...et qui a inspiré cette prochaine aventure sur « El Harga ». Avec Ridha Slama, le producteur, très peu de temps après « El Maestro », on est parti en Italie, aidés par Ahmed Hafiane et Mohamed Amine Chouchane : ce dernier travaille comme médiateur avec les immigrés, dans des hot spots. On est arrivé en Sicile, puis à Catania. Sur les routes, graffiti, affaires, vêtements, bureaux étalés sur toute la route, des camps, des incarcérés, et des Tunisiens avec ou sans papiers, chômeurs ou autres étaient éparpillés. De la Sicile, ils doivent encore passer à Rome, un autre passage clandestin. J'avais une vision extérieure des conditions avant d'arriver sur place avec Imed Eddine El Hakim, qui a rencontré aussi énormément de « Harraga », recueilli trop de témoignages, différents parcours et tragédies. C'est ainsi que j'ai décidé de réaliser une série profondément humaine, engagée, et qui traite d'un phénomène social qui pèse depuis des années.
Cette thématique principale de la migration clandestine touche à différents axes : le racisme de couleur, la misère, le manque d'éducation, le chômage, la corruption policière, le rejet de l'autre, tous les problèmes socioéconomiques. Le contenu reste concentré et condensé.
Quand on parle de « Harga », on ne peut ne pas parler de corruption des autorités : 300 bateaux qui partent en 2 mois d'endroits connus, il y a anguille sous roche. On ne peut parler de cette thématique, sans aborder la misère et la pauvreté, notamment celle des étudiants qui prennent le large et de la pire des manières, faute de travail, des mères célibataires rejetées qui partent aussi. « Harga » est un mélange entre documentaire et fiction. Par obligation, on se retrouve à tout traiter d'une manière habile en analysant tous ces sujets à travers les personnages, et le thème principal. Tous ces problèmes s'entrecroiseront et sont liés. « Harga » traite d'un racisme dans les deux sens : celui qu'on subit de la part des Européens, et qu'on fait subir à notre tour aux Subsahariens. C'est un racisme perpétré. Des Subsahariens sans statut, ni papiers, qui travaillent dans le noir, sur-exploités.
Mhadheb Rmili
Ce phénomène d'une ampleur considérable passe sous silence des autorités. Comment l'expliquez-vous ?
C'est ce qu'on demande, justement. Les autorités pensent « qu'un de moins, c'est toujours mieux » : il s'agit d'une mentalité. Il n'y a pas de traitement de fond : quand ils trouvent un migrant, ils le relâchent, et il repart ensuite et rebelote et ceux qui alimentent ce trafic sont incarcérés. Remédier à ce problème reste superficiel. L'objectif n'est pas de réduire le taux de « El Harga », mais d'en parler, et de sensibiliser. Ainsi, toute personne voulant le faire pourra y réfléchir à deux fois. Ces voyageurs irréguliers sont désireux de remédier à leur situation sociale, et familiale, mais ce qu'ils font détruit et « brûle » surtout leurs proches. Ils brûlent leur vie, leur existence.
Une large partie de la société a du mal à compatir avec ces « Harraga ». Que peut-on leur dire ?
Ils ont tendance à dire, en effet, que ce sont eux qui ont choisi de prendre le large de la sorte. Moi, j'interroge leur responsabilité face à ce phénomène. J'ai parlé avec des tas de migrants ; il y en avait un qui est parti 12 fois. Sa main a été en partie dévorée par des poissons. Un autre, rescapé du naufrage d'un bateau, est reparti quand même... Il y a de quoi se demander si à ce point notre pays est mauvais ? Pourquoi notre problème identitaire pèse autant ? Beaucoup disent le faire mais pas seulement pour l'argent : ils disent le faire seulement pour vivre comme si, ici, ils étaient morts. Partir voir le monde, respirer sa liberté ailleurs, dans son sens le plus global. On ne peut les voir autrement que comme des victimes. J'invite à comprendre de près ce qu'ils subissent et ce qu'ils vivent au lieu de porter des jugements aussi hâtifs, voire à les condamner, à questionner notre système d'éducation de plus en plus défaillant : celui de la santé, de la sécurité sociale. Un adolescent par exemple : comment passe-il son temps de nos jours ? Sans aucun encadrement, il est livré à lui-même, paumé. Ecole, maison, smartphone, il finit par partir et devient une photo collée sur une vitre ou un chiffre parmi d'autres.
Que pouvez-vous nous dire sur ce casting en partie, tiré d'« El Maestro » et composé par des acteurs prometteurs, sans têtes d'affiche ?
Le casting est basé sur des critères : le plus important est que l'acteur adopte le sujet. Dans « Harga » c'était épuisant sur tous les plans : physiquement et moralement. Filmer dans un bateau sur un mois, c'est une épreuve de force. Le 2e critère, c'est de vouloir et pouvoir choisir un acteur et modifier son personnage ou son parcours, le faire sortir de sa zone de confort. C'est le challenge ! Je vais beaucoup au théâtre : les acteurs qu'on peut trouver au 4e Art sont exceptionnels. Des fois, on peut faire des choix erronés. Je ne crois pas aux têtes d'affiche. Tout le groupe est en première ligne de mire. Il y a eu de vrais acteurs subsahariens, qui font du théâtre. On a un coach. Ils ont donné tellement aux projets et j'en suis reconnaissant. Nous devons soutenir cette frange de la société, fragilisée et démunie. On avait aussi l'axe des disparus que j'ai vu en vidéo. J'ai fait appel à un homme qui parlait d'eux en ligne et à l'association des familles des victimes, qui a appelé les familles pour réussir la scène, filmée en face du Théâtre municipal.
Sana Al Habib et Aicha Ben Ahmed
Parlez-nous des conditions de tournage en haute mer ?
« Harga » c'est 130 acteurs, un nombre de figurants considérable, plus 70 décors et le plus difficile est celui de la barque et du paquebot. Le budget étant limité, on ne pouvait le faire dans un studio, on devait donc véritablement partir en mer... et c'était mieux pour faire vivre le contexte et les conditions difficiles à tout le monde et aux acteurs. 60 personnes sur un bateau, qu'il vente ou qu'il fasse chaud, c'était extrêmement pénible. Mention spéciale à l'équipe technique et Anis Zarrouk, capitaine de la marina de Gammarth : transport de nourriture, des personnes, de l'eau. Beaucoup de recherches et de repérages précis derrière. Vous en saurez plus à la sortie du « Making Of ». Mes remerciements s'adressent aussi au ministère de l'Agriculture qui nous a prêté un bateau gratuitement. La pire des épreuves était de devoir suspendre le tournage à cause du coronavirus et contourner les restrictions de la pandémie. Le scénario devait initialement s'étendre jusqu'en Italie.
« El Wataniya » a-elle émis des concessions quand vous leur avez présenté le projet ?
C'est la télévision publique censée présenter davantage de projets ayant la même portée ou plus. Elle n'a aucunement interféré dans le scénario. C'est la télévision de tout le monde : elle ne doit pas être partisane. La condition était d'en parler librement, de critiquer. La série n'était pas du tout une carte postale. Je les salue pour leur engagement d'ailleurs. Il faut changer le système : avoir plus de production en dehors de Ramadan, s'affranchir de ce mécanisme archaïque. Je remercie M. Ridha Slama, le producteur, et Ahmed Ben Kridis, entre autres. Je n'étais qu'un élément parmi tout un groupe de professionnels. « El Harga » est diffusé sur Artify pour deux raisons : je tiens à encourager la plateforme et je tiens à ce qu'on ne tue pas notre travail : il y a un modèle de destruction des métiers audiovisuels et dramatiques qui doit cesser.


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