De l'ombre des quartiers à la lumière du cinéma : Comment Enda a révélé le talent de Moez    AWGHO: Une nouvelle dynamique africaine au service de la santé globale de la femme en oncologie    Anis Lassoued : ''Enda a été le déclic qui a permis à Moez de briser les chaînes du silence''    Ramadan 2026 : Le temps sera-t-il favorable au jeûne en Tunisie ?    Maths en panne : 7 élèves tunisiens sur dix en difficulté !    OPPO lance les modèles A6 5G et A6x 5G, qui offrent des avantages de performance, de puissance et de fluidité au quotidien    Horaires de travail durant le mois de Ramadan 2026    Spéculation sur les denrées : grande opération contre les réseaux illégaux en Tunisie    Dégradations du VAR : la FTF promet des poursuites et un durcissement disciplinaire    Le romarin en Tunisie: Une ressource stratégique et une filière d'avenir    Mercato : Nader Ghandri signe en Libye avec Asswehly SC    La Chine ouvre grand ses marchés aux exportations africaines dès mai 2026    Quand commence vraiment le Ramadan 1447/2026 ?    De la culture générale (II): l'apport arabe à la Renaissance européenne    En vidéo : Ooredoo Night Run by Xiaomi célèbre sa 5e édition et ouvre les inscriptions    Ooredoo Night Run by Xiaomi célèbre sa 5e édition et lance les inscriptions (Album photos)    Le drame occulté des Tunisiens morts "pour la France" durant la Première Guerre mondiale    Faut-il priver nos jeunes des réseaux sociaux?    Ramadan 2026 : horaires des pharmacies en Tunisie    Samsung Zero Trust : Leader dans le domaine de la sécurité mobile pour les entreprises    Hyundai Tunisie organise la troisième édition de l'initiative solidaire 'Couffin du Ramadan'    Météo en Tunisie : temps partiellement nuageux sur l'ensemble du pays    La pratique enseignante pour l'éducation scientifique et le paradoxe de «l'innovation sans changement»    Le tennisman tunisien Moez Echargui se qualifie pour les quarts de finale du Challenger de Pau    Epson Atmix annonce une nouvelle unité de production de poudres d'alliages amorphes    Casa Tarab, les Nuits musicales du Ramadan 2026, reviennent dans une 5ème édition au Théâtre Cléopâtre à Gammarth    Offre Saint-Valentin: 40 % de réduction sur vos vols nouvelair    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    Du donnant-donnant en milieu académique: entre coopération éthique et dérive clientéliste    Fierté tunisienne : Ridha Mami ouvre un département arabe et islamique au Mexique    Le diplomate tunisien Mohamed Ben Youssef nommé à la tête de l'Institut culturel Afro-arabe    Raoua Tlili et Yassine Gharbi remportent 2 médailles d'argent aux Championnats internationaux de Fazza de para-athlétisme 2026    La danse contemporaine à l'honneur au Festival des Premières Chorégraphiques à Tunis et Sfax (Programme))    Elyes Ghariani - La doctrine Donroe: le retour brutal de l'hégémonie américaine    Changement à la tête de l'ITES : Kaïs Saïed démet le directeur général    La Galerie Saladin propose l'exposition Les 12 Art'pôtres de Carthage    Décès du Dr Badri Mimouna après une répétition théâtrale    Les taekwondoistes tunisiens dominent le classement de la Coupe arabe juniors avec 8 médailles    Magna Mater: La Grande Déesse de retour à Zama (Album photos)    L'Université de Tunis El Manar et l'Université japonaise d'Hiroshima signent un accord de coopération    Mondher Msakni: L'orfèvre    Israël intensifie sa politique d'annexion et de colonisation en Cisjordanie    Un pays arabe bloque Roblox pour protéger les enfants    Salon national des arts plastiques: des talents à promouvoir (Album photos)    Etude de cas - Venezuela: Anatomie d'une opération spéciale, l«Absolute resolve»    Trump 2.0: l'avènement de l'Etat-entreprise et la recomposition de l'ordre mondial    ATMEDIA lance la première session de formation sur l'intelligence artificielle pour les journalistes    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Les victimes n'ont pas le temps
Violence conjugale
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 02 - 2016

On lui a presque ri au nez lorsqu'elle a demandé «une restriction d'approche». En Tunisie, en effet, tant que le divorce n'est pas prononcé, le couple est toujours considéré comme marié. Avec tout ce que cela suppose comme devoirs conjugaux.
«J'avoue qu'au début, c'est son côté bad boy et en même temps son hypersensibilité qui m'ont attirée», nous dit celle que nous appellerons Folla. Lunettes noires, lèvres tremblantes, et enchaînant de fines cigarettes l'une après l'autre, elle nous raconte le calvaire qu'elle a dû vivre pendant plus de 5 ans à cause de son «futur ex-époux» (c'est ainsi qu'elle le présente, vu que le divorce n'a pas encore été prononcé).
Folla souhaite garder l'anonymat. Non pas qu'elle ait peur du regard de la société, mais elle attend la fin du cauchemar procédural, pour sortir de l'ombre et entamer un combat contre la violence conjugale qui lui aura coûté au final une double fracture de la mâchoire et le traumatisme psychologique d'un fils qui tout vu.
Tout a commencé lorsqu'ils décident de se marier bien que K. (son époux) soit sans travail et n'espère même pas en trouver un. Dès lors, il s'est mis à boire, beaucoup, au point où il pouvait être saoul en début d'après midi. «Et là, il pouvait être très désagréable», nous dit-elle.
Alors que nous cherchions à savoir où et quand il l'a frappée violemment, Folla nous arrête instantanément : «La violence a commencé bien avant les coups, Monsieur». La violence était essentiellement verbale. K. cassait tout ce qu'il trouvait à portée de main, dans toute la maison, mais il cassait en même temps psychologiquement sa femme en lui lançant des insultes dignes d'une bagarre dans un bar populaire.
«Cela pouvait durer plusieurs heures et chaque fois que je tentais de m'expliquer, il me demandait d'un air menaçant de me taire tout de suite, nous dit-elle. Et lorsqu'un colosse vous demande de vous taire, eh bien, vous vous taisez et vous attendez qu'il se calme».
Le lendemain, K. change complètement. Sans demander pardon, il devient tantôt mielleux, tantôt avec une mine de chien battu. Folla appelle cette phase : «la phase lune de miel ou phase de victimisation».
«A ce moment-là, je me dis que c'est peut-être moi le bourreau, qu'il y a forcément quelque chose que j'ai fait de travers, je m'en veux carrément».
Mais tout a basculé, le jour où devant un restaurant, Folla perd presque conscience et tombe par terre. Elle venait de recevoir une gifle très violente qui lui causera une double fracture de la mâchoire. Ce sont des passants qui l'emmènent à l'hôpital, alors que K. lui envoyait des messages d'excuse.
«Lorsque j'ai vu la radiographie, je suis tombée des nues, dit-elle. Moi médecin dentiste, je me retrouve avec une double fracture de la mâchoire à cause d'un mari violent!». Pour elle, c'était le comble. C'est alors qu'elle décide d'engager un avocat et de demander le divorce.
S'en est suivie l'entrée dans un tunnel juridique qui semble sans fin. Ce qui a le plus choqué Folla pendant ce périple, c'est la non-reconnaissance de son statut de victime que ce soit dans un poste de police ou devant le juge.
«C'est le père de votre enfant, vous n'allez tout de même pas le mettre en prison?», «Vous voulez divorcer parce qu'il vous a frappée, vous êtes sûre?», ce genre de questions de la part de ceux qui représentent l'autorité publique, amplifient sa douleur. Folla ne les a jamais oubliés, tout comme elle n'a pas oublié leurs regards obliques.
Elle qui ne connaissait pas la juridiction tunisienne, on lui a presque ri au nez lorsqu'elle a demandé «une restriction d'approche». En Tunisie, en effet, tant que le divorce n'est pas prononcé, le couple est toujours considéré comme marié et le mari peut même demander un rapport sexuel. «S'il me le demandait, je serais capable de le tuer», dit-elle en tremblant.
«En Tunisie, la procédure de divorce est trop longue et dans les cas de violence, je crois qu'il serait normal de sécuriser d'abord la mère et l'enfant»
Une procédure qui dure encore et encore, aux dépens de son fils qui n'arrive plus à dormir seul. «Le moindre bruit le fait sursauter, tant il y a eu de violence dans notre maison», se souvient-elle.
Les récits comme ceux de Folla, il en existe des centaines et des centaines, selon plusieurs rapports établis par des associations féministes, il n'y a pas de corrélation entre la catégorie socioprofessionnelle et l'étendue de la violence conjugale. Toutes sont concernées.
Dans une société où, malgré les lois en vigueur, l'on considère encore que la gifle n'est pas un motif de divorce, il est à rappeler que, selon une étude publiée en 2014 par le Secrétariat de la Femme et de la Famille et le Fonds des Nations unies pour la population, une grande proportion des homicides conjugaux sont la conséquence directe de «coups et blessures sans intention de donner la mort».


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.