Recrutement de travailleurs tunisiens : la Tunisie et l'Italie signent un accord    Mois du Patrimoine 2026 du 18 avril au 18 mai sous le slogan "Patrimoine et Architecture"    Turquie : attaque dans une école, 16 blessés    Mondial 2026 : calendrier des matchs de la Tunisie    Alerte météo : le ministère de l'Agriculture appelle à la vigilance    Météo en Tunisie : pluies éparses et temporairement orageuses    Le député Tarak Mahdi présente ses excuses au peuple tunisien    Panne dans les aéroports tunisiens : Tunisair présente ses excuses    Tunisie : lancement progressif du recrutement des diplômés sans emploi sur trois ans    Carrefour Tunisie fête ses 25 ans : 200 mille dinars de cadeaux et des promos    Examens 2026 : des changements de dernière minute qui inquiètent élèves et parents    Hajj : un médecin et un infirmier à bord de chaque vol tunisien    Pluies en Tunisie : report du bac sport ce mardi    Quand la durabilité rencontre l'intelligence artificielle    Pourquoi le bulletin n°3 est retardé ? Le ministre répond    Habib Touhami: Quand le Plan s'appelait Tas'mim تَصْمِيم    Goethe-Institut Tunis propose le cycle de projections Filmklub Sandra Hüller en lumière    Université de Tunis El Manar : n°1 en Tunisie dans le classement UniRanks 2026    Bac 2026 : les épreuves du Bac Sport se déroulent du 13 au 25 avril, 151 720 candidats au baccalauréat concernés    Les œuvres en XR présentes à Gabès Cinéma Fen 2026 à travers l'aventure immersive Oasis XR    Météo en Tunisie : températures en baisse, précipitations attendues    Inauguration de Isharat Gallery à Sid Bou Saïd: une réhabilitation lumineuse de l'abstraction tunisienne    Le ciel va s'éteindre en plein jour... une éclipse exceptionnelle attendue en 2026    Tahar Ben Lakhdar - Sadok Belaïd,L'architecte silencieux d'une réforme qui a changé la Tunisie: Comment la réforme des études d'ingénieurs des années 1990-1991 a refondé le paysage de l'enseignement supérieur tunisien    Général Mohamed Nafti - Trois Lettres Persanes    La caille domestique: Un grand potentiel nutritionnel et économique peu exploité    El Kazma et K-off : Sous le signe du rire, la résilience et la réflexion    IA et innovation : vers une transformation à impact réel selon Philip Morris International    Lotfi Chedly - Sadok Belaïd: Un professeur, un modèle...un ami    Prix des billets, dates, vente officielle : le guide complet du Mondial 2026    Le Marché de l'agriculteur à Tunis les jeudis et vendredis pour soutenir le pouvoir d'achat des citoyens    Le Pr Slim Laghmani poursuit ses entretiens à New York, en soutien de sa candidature au poste de juge au Tribunal international du droit de la mer    70 ans de relations Tunisie–Japon : un nouvel accord pour booster l'économie nationale    Voici le programme de la Ligue 1 aujourd'hui... deux duels à ne pas rater !    9 avril : Musées et sites historiques gratuits en Tunisie    Match PSG vs Liverpool : où regarder le match des Quarts de finale aller de la ligue des champions UEFA du 08 avril    Vidéo-Buzz : la pub LEGO spécial Coupe du monde 2026 avec les stars du foot : secrets de tournage    Réunions de printemps 2026 du FMI et de la Banque mondiale : Alors que tout change...    L'Université de Tunis et l'Université Gustave Eiffel à Paris scellent une coopération académique et scientifique    Analyse - Récupération en Iran: «Il faut sauver le pilote Ryan»    Augmentation tarifs Musées Tunisie 2026 : Agences de voyage en colère    Gouverner dans le brouillard permanent: les trois qualités du dirigeant de demain    Artémis II lancée : une mission spatiale habitée vers la lune, plus de 50 ans après Apollo 17    Mohamed Nafti: L'engrenage de la destruction    L'effet Jaouadi ou le triomphe de l'excellence opérationnelle    Le champion du monde tunisien Ahmed Jaouadi remporte la médaille d'or avec un nouveau record au championnat des universités américaines    Décès du journaliste Jamal Rayyan, figure historique d'Al Jazeera Arabic    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Youssef Chahed danse avec les loups
Guerre anticorruption, partis politiques, establishment
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 06 - 2017

Dans toute guerre, et l'offensive anticorruption initiée par le chef du gouvernement le 23 mai dernier en est une, certains facteurs importent beaucoup
D'abord, le timing et la préparation du ban et de l'arrière-ban. L'opération coup-de-poing de Youssef Chahed a été lancée à quelques jours du mois de Ramadan, qui connaît un relâchement dans tous les domaines, le politique en prime. Et le Ramadan préfigure justement l'été. Une saison où les Tunisiens s'avèrent plutôt cigales que fourmis. Le choix n'est guère fortuit, d'autant plus que cela a été mûri visiblement de longue date. Témoins, les milliers de documents administratifs, comptables, douaniers et autres épluchés en toute discrétion par la Commission de confiscation des mois durant. Et la longue enquête sur Chafik Jarraya ayant présidé à la saisie du parquet militaire pour haute trahison, atteinte à la sûreté de l'Etat et collusion avec une armée étrangère.
Il y a aussi les moyens. Visiblement ne pouvant guère encore compter sur la justice de droit commun, M. Youssef Chahed à dû se rabattre sur la loi de l'état d'urgence en vigueur pour faire assigner à résidence un certain nombre de personnes incriminées. Puis, dans le cas de Chafik Jarraya, la justice militaire a promptement pris le témoin.
Entre-temps, la Commission de confiscation s'est réunie, moins de trois jours après les arrestations, pour confisquer les biens de tout ordre des prévenus, en se basant sur le décret-loi de confiscation des biens adopté au lendemain immédiat de la révolution du 14 janvier 2011. Une manière radicale de placer d'emblée très haut la barre et de jouer sur le registre de l'imprévu irréversible.
A remarquer aussi la prise à témoin de l'opinion à travers les médias informés à temps via des «sources autorisées». Dans sa très brève sortie devant une poignée de journalistes de l'audiovisuel devant le palais du gouvernement, M. Youssef Chahed a dit : «C'est ou l'Etat ou la corruption organisée, j'ai pris parti pour l'Etat».
Autant d'éléments concentriques ayant entraîné un choc psychologique dans l'opinion favorable au chef du gouvernement. Un fait inédit depuis la révolution de 2011.
La cote de popularité de Youssef Chahed a fait depuis un bond spectaculaire et significatif.
Il y a par ailleurs les protagonistes. Une espèce de triangulation entre la présidence du gouvernement, la présidence de la République et l'opinion. Le président de la République et son staff étaient étroitement associés à l'opération et le chef de l'Etat l'a clairement fait savoir. Au détriment des partis politiques, qui avaient façonné à leur juste — et étroite — mesure tout l'édifice institutionnel et constitutionnel mis en place depuis 2011. Lors d'une entrevue avec des dirigeants de Nida au palais de Carthage il y a deux jours, M. Béji Caïd Essebsi a lancé : « Plutôt que chercher à se solidariser avec untel ou untel, certains d'entre vous gagneraient à sauver leur propre tête».
Du coup, les principaux partis du gouvernement d'union nationale se sont retrouvés pris de court et a priori, à l'étroit dans leurs chaussures. Tel est le cas de Nida Tounès et d'Ennahdha, partis majoritaires de la coalition gouvernementale.
Pour Nida, parti du chef du gouvernement, l'action initiée en coup de vent a eu précisément lieu alors que ses principaux décideurs, MM. Hafedh Caïd Essebsi et Sofiène Toubal, se trouvaient en visite en Chine. Et il s'agit du chef patenté du parti et du président de son bloc parlementaire. Ils ne sont rentrés que cinq jours après la première phase de l'offensive anti-corruption. Et ce n'est que le lendemain de leur arrivée qu'ils ont réuni l'état-major du parti pour en aviser. Jusque-là, ils en étaient réduits à suivre les évènements effrénés à distance via les réseaux sociaux et la téléphonie mobile. Bref, ils ont rappliqué relativement tard. Et ont bredouillé du bout des lèvres un soutien en demi-teinte et une hostilité à peine déguisée à l'initiative du chef du gouvernement.
Même topo du côté d'Ennahdha, qui s'est recluse dans une espèce de semi-réactivité gênée et étouffée. Elle traîne tellement de casseroles qu'elle est encline à faire comme si elle n'était pas là et n'était au courant de rien.
Les deux principaux partis gouvernementaux découvraient dans les colonnes des journaux les différentes péripéties de la guerre déclarée à la corruption. Et ils n'en finissent guère de broyer du noir, ne sachant soutenir complètement Youssef Chahed ni s'en désolidariser publiquement.
Et puis, il y a des fuites faisant état de l'imminente levée de l'immunité parlementaire de certains députés de la majorité gouvernementale soudoyés dit-on par Chafik Jarraya. Du coup, les réflexes de solidarité et d'autodéfense sont de mise. Les dirigeants de Nida comptent même intenter des procès en justice à l'encontre de tous ceux qui ont invoqué la compromission de leurs députés dans la corruption.
Côté opposition, même topo ou presque. Certains dénoncent la sélectivité des arrestations et des poursuites judiciaires engagées. D'autres invoquent ce qu'ils assimilent à l'inconstitutionnalité de la justice militaire. Parmi eux, il s'est trouvé des voix pour stigmatiser le recours au décret de 1978 portant institution de l'état d'urgence, bien que l'état d'urgence soit systématiquement reconduit sous nos cieux depuis 2015 sur la base de ce décret.
Etrangement, seul le parti du Courant démocratique de M. Mohamed Abbou, jusqu'ici farouchement hostile au gouvernement, lui a tendu la main moyennant certaines conditions. Les autres se sont contentés d'invoquer divers motifs empreints parfois d'exercices logomachiques et contorsionnistes. Une manière de noyer le poisson et brandir le spectre de l'inconstitutionnalité des mesures, de leur sélectivité ou tout simplement de la guerre des clans au sommet de l'Etat.
A la croisée des différents positionnements, le sulfureux personnage de Chafik Jarraya, traduit devant la justice militaire pour trahison, atteinte à la sûreté de l'Etat et collusion avec une armée étrangère. Il s'avère que tous ou presque ont composé avec lui de compère à compagnon. Oui, bien évidemment, tous ou presque se sont affichés avec lui. Certains ont largement profité de ses inépuisables deniers, finances et dons en nature. Beaucoup ont même voyagé avec lui, notamment en Libye, où il entretient d'étroites relations avec Abdelhakim Belhaj, chef d'une redoutable faction terroriste, le Groupe islamique combattant (Fajr Libya).
Il a beau avoir bien préparé son coup, Youssef Chahed en est réduit à naviguer parmi les écueils, dont, en prime, ceux de son propre camp, ou supposé comme tel. Il marche en quelque sorte sur le fil du rasoir, n'ayant pour solide soutien que le président de la République et de larges franges de l'opinion. Youssef Chahed bat la campagne anticorruption. Tout en étant réduit à danser avec les loups.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.