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Corruption, terrorisme et contrebande : les liaisons dangereuses
Tribune
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 11 - 2017


Par le bâtonnier Chawki TABIB (*)
Quel est le point commun entre la corruption, le terrorisme et la contrebande tout le long de la frontière tuniso-libyenne ?
En premier lieu, nous pouvons admettre que le sujet demeure d'une extrême actualité dans la mesure où les dommages causés par la contrebande et par l'économie parallèle en général ont dépassé les 50% de notre PNB. Nous pouvons constater et regretter que les solutions efficaces à ce problème tardent à venir, mais nous sommes contraints d'observer que cet état de fait n'a pu être créé sans la complicité bienveillante de «responsables administratifs» corrompus qui ont facilité la tâche aux contrebandiers, moyennant des pots-de-vin. De surcroît, ce commerce illicite est en train de profiter aux terroristes par un phénomène de vases communicants.
Comment en est-on arrivé à cette situation affaiblissant à la fois notre économie et notre sécurité ?
Quelles sont les mesures d'urgence susceptibles de réduire l'impact de ce fléau tout à la fois sur l'économie nationale et sur notre sécurité ?
Pour répondre à ces questions, il convient de revenir au contexte et à la conjoncture géostratégique qui a accompagné le «Printemps arabe», ou qui lui a succédé, notamment en ce qui concerne la Tunisie et la Libye. Cela nous renvoie à la Révolution tunisienne qui, faut-il le rappeler, était un acte de soulèvement d'un peuple épris de liberté contre des dirigeants corrompus. Ce sont les mêmes causes qui ont été à l'origine des soulèvements en Libye. Toutefois, la question qui s'impose à nous de nos jours concerne les incidences en matière de sécurité du «Printemps arabe». Quel bilan et quelles perspectives pour cette lutte contre le terrorisme à laquelle doivent faire face les pays de ce printemps ?
De telles questions s'imposent au vu de ce constat amer de déstabilisation et de vulnérabilité sécuritaire et politique des pays de la région, soit pour la Tunisie ou la Libye, mais également pour l'Algérie, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Mali et l'Egypte. Bien qu'historiquement la naissance du phénomène terroriste précède le «Printemps arabe», il serait absurde de ne pas reconnaître que sa prolifération dans la région a été rendu possible par la guerre civile qui ravage la Libye depuis bientôt six ans ainsi que par l'effondrement des structures de l'Etat. En outre, le fait que la Libye soit limitrophe à cinq autres pays subsahariens rend le contexte encore plus dangereux. A ce constat, il faut mentionner l'affaiblissement des structures de l'Etat tunisien, notamment de son appareil sécuritaire durant les années 2011, 2012 et 2013.
Tribus et liens de sang
Cette montée en puissance du terrorisme s'est accompagnée de l'accroissement d'un autre phénomène, peut-être moins dangereux en apparence : la contrebande et le commerce transfrontalier tuniso-libyen. Il s'agit de l'émergence d'une importante activité informelle qui retient actuellement l'attention des pouvoirs publics à cause des liens très étroits qu'elle entretient avec le terrorisme. Les observateurs et analystes de tous bords ont très vite établi un parallèle entre ces deux phénomènes.
Rappelons que la contrebande existe depuis très longtemps et notamment depuis le tracé des frontières par les forces coloniales, perturbant de la sorte des relations de bon voisinage et d'échanges commerciaux entre les tribus qui vivent sur ces territoires.
Ces régions ont longtemps vécu dans la marginalisation et l'exclusion des modèles de développement élaborés dans les sphères de l'Etat central, soit à Tunis ou à Tripoli ; les pouvoirs centraux les ont toujours ignorées, incitant de la sorte les populations à chercher d'autres moyens pour subvenir à leurs besoins.
Notons également que ce commerce transfrontalier repose sur un socle sociologique solide qui est la tribu et que souvent la même tribu, installée des deux côtés de la frontière, s'adonne à cette activité reposant sur des rapports de confiance que seuls les liens de sang peuvent assurer.
Nous pouvons noter qu'avant la chute de Ben Ali et de Kadhafi, les services de renseignements des deux pays avaient pris la mesure de ce problème qui était jugulé afin de l'empêcher de prendre trop d'envergure, notamment dans le trafic d'armes ou de stupéfiants. Certains observateurs soutiennent même qu'un accord avait été conclu des deux côtés de la frontière entre les autorités et les tribus afin de délimiter l'étendue et la nature de ce trafic transfrontalier. Toutefois, force est de constater que ce pacte a été abandonné avec la chute des deux régimes tunisien et libyen. Dès lors, les contrebandiers qui se limitaient jadis au trafic des carburants, des cigarettes, des produits alimentaires ou du bétail se sont adonnés à un trafic plus lucratif avec les armes qui pouvaient être chiffrées à cinquante millions de pièces abandonnées par le régime de Kadhafi. Ces armes ont fait la fortune de quelques petits contrebandiers ou malfaiteurs tunisiens, algériens, égyptiens, tchadiens ou autres; elles ont surtout équipé des groupes jihadistes terroristes de tous ces pays. Ces trafics étaient facilités par les liens qui se sont tissés entre les deux camps et certains contrebandiers se sont reconvertis à la cause terroriste à l'aide d'une corruption généralisée des quelques membres des agents de sécurité et de la douane. Ainsi, des quantités considérables d'armements ont pu transiter de la Libye vers la Tunisie : des armes ont été bien dissimulées dans des caches au cœur de Tunis et qui allaient servir par la suite à des opérations terroristes telles que la liquidation des activistes politiques comme l'avocat Chokri Belaïd et le député Mohamed Brahmi ou bien lors d'opérations tristement célèbres : l'attaque du musée du Bardo et celle de l'hôtel Impérial à Sousse...
Un commerce structuré et hiérarchisé
Mais il faudrait souligner également, bien que le trafic d'armes durant les premiers mois après la chute du régime libyen ait constitué la principale source de financement des groupes terroristes, que la contrebande et le commerce transfrontalier sont devenus très vite leur principale source de financement. Le commerce informel s'est alors structuré et hiérarchisé, avec les barons, les grossistes et les détaillants. Ce commerce illicite est désormais une pratique bien organisée, obéissant à des normes et des standards, les paiements se faisant à terme en se basant sur les relations de confiance issues des anciens liens tribaux. Les barons se sont également spécialisés dans des secteurs bien déterminés comme le textile ou l'électroménager. Ils se sont réparti le marché de façon à ce que les uns n'empiètent pas sur les secteurs et activités des autres.
Cette économie parallèle a très rapidement investi pratiquement tous les secteurs et activités économiques structurés, grevant lourdement les recettes de l'Etat en raison du manque à gagner fiscal qui en découle. Dans la zone frontalière de Ras Jedir, les 60 grossistes qui monopolisent le marché de la contrebande disposent à eux seuls d'un capital avoisinant les 18 millions de dinars. Le volume de change journalier oscille entre 1 et 3 millions de dinars avec une cotation journalière de la monnaie et un taux de change journalier fixé la veille. L'ensemble de ces éléments fait que le montant annuel des transactions commerciales dans la zone de Ras Jedir est estimé à 1.100 millions de dinars. Ainsi, le chiffre d'affaires total du commerce de la contrebande est évalué à 6.5 milliards, soit 15 à 20% des flux de marchandises transitant par le circuit réglementaire, engendrant, de ce fait, des revenus annuels de l'ordre de 2 milliards de dinars. Il s'agit, en réalité, d'un phénomène de développement du commerce de contrebande infiltré par le crime organisé et le terrorisme ; la prolifération de ces groupes sous l'impulsion de nouveaux barons qui ne reconnaissent à l'Etat ni souveraineté ni légitimité s'accompagne d'une réduction considérable des options et des alternatives pouvant juguler ce phénomène.
Aujourd'hui, le pays se trouve confronté à une situation des plus complexes : l'étau hermétique dressé le long du tracé frontalier pour lutter contre toute forme de crime organisé se révèle manifestement insuffisant à cause des connexions entre les chefs des groupes terroristes et les parrains du commerce informel. L'Etat entame donc une lutte qui se veut sans merci contre toute cette économie informelle se caractérisant par l'existence d'une grande complicité entre la contrebande, la corruption et le terrorisme. Ce terrorisme, certes résiduel, risque, en raison de la prolifération de la corruption, de regagner du terrain très rapidement grâce aux nouvelles ramifications de contrebandiers qui ne se limiteront plus aux régions frontalières.
L'effort national pour faire face à cette situation critique nécessite une action de l'Etat sur plusieurs fronts : si l'aspect sécuritaire de l'intervention requiert une attention particulière, c'est surtout aux niveaux législatif et institutionnel qu'elle doit se concentrer. Les institutions de l'Etat doivent être bien armées et outillées dans le but d'éradiquer toutes formes de criminalité financière découlant de la prolifération du terrorisme, de la contrebande et de la corruption. Elles doivent disposer de textes de loi solides et efficaces qui feront l'unanimité au niveau des différents opérateurs économiques. L'objectif est de se doter d'un arsenal législatif impliquant toutes les parties concernées en prévoyant des sanctions sévères dissuasives.
Mettre fin à la marginalisation et l'exclusion
De ce fait, une coordination plus grande doit être mise en œuvre entre les actions nationales et internationales dans ce domaine dans le but de comprendre ce phénomène sous ses différents aspects : social, économique, politique, sécuritaire... pour trouver une meilleure réponse à ce fléau.
A cet égard, nous avons établi auprès de notre instance un centre d'études, de recherches et d'information sur la corruption qui sera d'une grande aide dans la lutte à mener. Des stratégies de lutte adaptées à ces phénomènes avec des plans d'actions notamment sectoriels doivent rapidement être élaborées en direction des corps sensibles comme la douane, la garde nationale, la police, ainsi que les services des ministères du Transport et du Commerce...
Le pouvoir judiciaire a vocation à suivre le rythme des réformes et des opérations de coups de points qui ont pour objectif de circonscrire ce phénomène.
Enfin et surtout, nous devons mettre fin à cette situation de marginalisation et d'exclusion de ces régions infestées par ce mal. Une situation qui a trop duré et qui n'a profité en fin de compte qu'aux groupes mafieux et aux terroristes. Il s'agit là d'une autre question qui devra être abordée si nous voulons parvenir à construire un avenir meilleur pour notre pays et les générations futures.
* Président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption


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