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Le «fléau» qui touche les femmes rurales
KAIROUAN — Analphabétisme
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 07 - 2018

Malgré la gratuité de l'enseignement public et la loi obligeant les parents à scolariser leurs enfants jusqu'à l'âge de 16 ans, le fléau de l'abandon scolaire et de l'analphabétisme s'amplifie d'année en année, dans le gouvernorat de Kairouan.
Ce phénomène touche surtout les jeunes filles à cause de plusieurs facteurs dont l'éloignement des écoles, la dispersion des habitations en milieu rural, la pauvreté et la mentalité rétrograde qui accule la gent féminine aux travaux domestiques, à l'élevage et au travail agricole.
En outre, le clivage entre les filles et les garçons est tellement grand que le taux d'interruption de la scolarité ne cesse d'augmenter dans la catégorie des élèves âgés de moins de 15 ans, et ce, malgré les nombreux programmes pour atténuer le taux des illéttrés qui ne savent ni lire ni écrire et qui peinent à faire face aux difficultés de la vie.
Notons que, l'année dernière, le taux général de l'analphabétisme dans le gouvernorat de Kairouan a atteint 33,8% et on a recencé 161.343 analphabètes dont 104.960 femmes et 56.476 hommes. En fait, les responsabilités sont partagées entre les acteurs de la société et ceux du secteur éducatif. En effet, les grandes perturbations ayant atteint leur paroxysme avec les grèves successives des enseignants, les troubles de l'apprentissage, les rapports conflictuels avec le corps enseignant et administratif, le manque de moyens de transport, l'incapacité des parents à assurer les charges scolaires, l'état de dégradation avancée de plusieurs écoles rurales et l'absence prolongée du cadre enseignant obligent beaucoup de parents à arrêter la scolarisation de leurs enfants.
En somme, le fléau de l'abandon scolaire a beaucoup de causes qui sont d'ordre social et économique, sans oublier le côté organisationnel des établissements scolaires et la gestion du secteur éducatif.
Témoignages
Mokhtar Brahmi, père de 4 enfants à Ennahala (délégation de Oueslatia), nous parle du désarroi de toutes les familles dont les enfants sont inscrits à l'école de leur village montagneux : «Cette institution éducative, fréquentée par 150 élèves, souffre du délabrement de toute son infrastructure avec des murs fissurés et des plafonds qui risquent de s'écrouler à tout moment. Et puis, les toilettes sont impraticables, sales et sans portes. D'où la colère de tous les parents et des élèves dont la plupart habitent à plus de 6 kms et qui sont obligés de faire leurs besoins en pleine nature avec tout ce que cela comporte comme risque, surtout pour les filles. En outre, l'école d'Ennahala manque des nécessités les plus élémentaires avec l'absence répétée des enseignants, de cantine et d'eau potable. C'est pour toutes ces raisons que j'ai fini par baisser les bras et par laisser mes deux filles à la maison afin qu'elle s'initient à la cuisine et aux activités agricoles champêtres...».
Ces mêmes revendications nous ont été signalées par des familles de Oueslatia dont les enfants sont inscrits dans les écoles de Ras El Itha, d'Aouled Ayar, de Zaghdoud, de Tawsa et de Oued El Qssab.
Lotfi Oueslati, 53 ans, a été contraint d'interrompre les études de ses deux filles : «La plupart des écoles situées dans les zones montagneuses de Oueslatia sont dépourvues d'eau potable, ce qui pose le problème de l'hygiène et oblige les responsables à recourir aux citernes dont certaines sont rouillées. D'ailleurs, on enregistre chaque année des cas d'hépatite.
En outre, la plupart des écoles n'ont pas de clôture, ce qui cause le désarroi des jeunes élèves dont la vie est menacée par les serpents, les chiens et les sangliers, et cela devant les salles de classe. Enfin, la pédagogie est elle aussi en déroute car beaucoup de mutations d'enseignants ont lieu au milieu de l'année, ce qui entraîne un désordre stressant pour les apprenants qui se retrouvent sans enseignants pendant plusieurs semaines, et qui font, quotidiennement, plusieurs kilomètres à pied, en vain, avec tous les risques d'être agressés par des clochards ou par des animaux.
Ainsi, les habitants des villages aux conditions climatiques et géographiques difficiles, trouvent que la précarité de leur existence n'a jamais été atténuée... et dans la plupart des écoles rurales, tout fait défaut !». Meriem Khammari, 23 ans, originaire de Djebel Oueslat, nous parle de son amertume de n'avoir pu continuer ses études : «Comme nous habitons à 7 km de l'école primaire et que nous ne disposons pas de moyens de transport, j'ai connu avec mes petites voisines les dangers des longs trajets à pied surtout en hiver avec la présence de délinquants, de loups et de chiens, cela sans oublier l'absentéisme répétée des enseignants ; c'est pourquoi, mon père m'a obligé à quitter l'école à l'âge de 9 ans. Et depuis, c'est la galère et la fatigue. Tantôt je m'occupe des moutons, tantôt je vais chercher l'eau et le bois, tantôt je fais le ménage et j'aide ma mère à laver le linge et à préparer le repas. Et quand il m'arrive de rencontrer des jeunes filles de mon âge qui ont eu la chance de terminer leurs études, une grande tristesse m'envahit...».
Notons que parmi les conséquences de l'abandon scolaire, on peut évoquer celle de la main-d'œuvre féminine qui a envahi le secteur agricole en contre-partie d'un salaire misérable comme journalière, supplantant dans la plupart des cas les hommes dans diverses tâches pénibles et qui requièrent beaucoup d'efforts.
Plusieurs grands propriétaires s'en sont accommodés et disent que pour eux, c'est vraiment une chance d'engager des ouvrières qui ne soient pas trop exigeantes, surtout pour la cueillette et le désherbage où le travail est très rentable grâce à leur sérieux et leur application dans les tâches les plus exténuantes.
Programme de lutte contre l'analphabétisme
La stratégie d'alphabétisation d'enseignement pour adultes et d'éducation non formelle vise à accélérer le rythme de lutte contre l'analphabétisme, notamment parmi les femmes âgées entre 15 et 60 ans. Et des mesures ont été prises avec pour objectif de relier le système de l'enseignement pour adultes aux différents aspects de la vie sociale et économique afin de lutter notamment contre le décrochage scolaire.
Notons dans ce contexte qu'au cours de l'année dernière, on a ouvert à Kairouan 58 centres ayant accueilli 600 apprenants âgés entre 15 et 65 ans et qui ont fini par vaincre les ténèbres de l'ignorance.
Hallouma Rebhi, 54 ans, mère de 4 enfants, nous confie ses impression : «Comme je n'ai pas eu la chance de terminer mes études à cause des conditions indignes et dangereuses du déplacement vers mon école à El Ala, j'ai décidé, aujourd'hui que mes enfants ont grandi, de dire adieu à l'illettrisme. Ainsi, je me suis inscrite à mon centre d'apprentissage pour adultes et maintenant, je sais lire et écrire. C'est fou comme je me sens libre et libérée du fardeau de l'ignorance».


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