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Pourquoi ne pas écouter ce qu'on dit et croire ce qu'on lit ?
Publié dans La Presse de Tunisie le 12 - 08 - 2018

Le rapport de la Colibe (Commission des libertés individuelles et de l'égalité) continue de susciter les critiques. Depuis sa publication en juin dernier, il anime toutes les conversations et autres déclarations
Ayant proposé certains changements relatifs aux droits des femmes et aux libertés individuelles, ce rapport controversé divise les Tunisiens : critiqué et rejeté par certains, il est inlassablement justifié par d'autres qui œuvrent à contrecarrer les affabulations de ses détracteurs.
Le rendez-vous du 13 août a toujours été un événement majeur, déterminant pour la femme tunisienne. Bien qu'il célèbre l'adoption du Code du statut personnel (CSP) en 1956, il est depuis ce jour le symbole de la résistance des femmes et de la protection de leurs acquis qui se voient menacés par les forces conservatrices. Mais cette année, le 13 août ne ressemblera pas à ceux qui l'ont précédé. Le rapport de la Colibe a rendu cet événement plus décisif. C'est une date qui rangera les défenseurs dudit rapport face à ses détracteurs, les conservateurs qui y voient une menace contre les principes religieux, la charia, qui fondent la société tunisienne.
Ce clivage est déjà en train de provoquer bien des dégâts. Les intox qu'on appelle désormais les fake news ont inondé les réseaux sociaux pour discréditer le rapport et les membres de la Colibe qui l'ont élaboré, et ce, en lui faisant dire ce qui n'est pas dit ou en le nuançant, comme pour la question sur l'héritage ou sur les liens familiaux et les rapports sociétaux.
Les mensonges autour de l'héritage et de la circoncision
Un communiqué signé par l'Association tunisienne des imams a été publié sur les réseaux sociaux où sont inscrits, brièvement, «les commandements de la commission que préside Bochra Belhadj Hamida». Celui-ci n'est pas anodin car y figurent des données qui faussent le sens du rapport. Ce communiqué dénonce, par exemple, la limitation des peines à des sanctions pécuniaires par rapport à «l'atteinte aux mœurs», les pratiques homosexuelles et la prostitution, et condamne également la liberté accordée aux œuvres artistiques à travers «l'abolition des freins religieux et moraux dans le secteur artistique et cinématographique». Alors que la présidente de la commission a révélé, à plusieurs occasions, ne pas chercher à encourager les pratiques dénigrées par la société et qui suscitent une récusation unanime, soutenant également ne pas vouloir les criminaliser avec des peines infamantes.
Mais, il est certain que la grande controverse a tourné autour de la question de l'héritage. Ses détracteurs, qui ne cachent pas leur intention de raviver le feu, dénoncent la volonté dudit rapport d'instaurer l'égalité dans l'héritage, «ce qui contredit les enseignements coraniques». D'un autre côté, les modernistes dénoncent le manque d'audace et d'aplomb des propositions du rapport. Car, comme ne cessent de le répéter les membres de la Colibe, le rapport n'impose pas directement l'égalité successorale mais propose trois hypothèses qui tentent de s'affilier au côté de la femme héritière et de respecter sa volonté ou non de faire appliquer la loi islamique quant au partage de l'héritage. Ainsi et comme le réaffirme Slim Laghmani, professeur de droit et membre de la commission, «la question de l'héritage a été la plus litigeuse et celle qui a nourri le plus d'amalgame et de critiques. Cependant, notre rapport n'impose pas l'égalité successorale comme un principe exclusif. Nous avons, cependant, publié trois propositions : la 1ère propose directement l'égalité entre l'homme et la femme, la deuxième offre un choix personnel à celui qui détient l'héritage avant sa mort et la troisième suggère que la femme qui hérite avec ses frères, choisisse entre la loi islamique ou l'égalité». Et c'est ici qu'on perçoit l'esprit même du rapport, celui de faire entendre la voix de la femme sur des questions sur lesquelles elle a toujours été omise.
Autre fait poignant paru dans ce communiqué : «La volonté du rapport d'abolir la dénomination de musulman et de l'Islam». Or, le rapport a été plus nuancé que les affirmations publiées et qu'on tente de faire passer. «Nous voulons qu'il n'y ait plus de discrimination entre musulman et non-musulman et qu'une femme tunisienne qui épouse un étranger ait droit aux même privilèges qu'un homme qui se marie avec une étrangère. Nous respectons la société et la religion de la majorité, mais nous refusons que des lois aillent à l'encontre de nos citoyens selon leur religion et leurs croyances», a maintes fois expliqué la présidente de la Colibe, Bochra Belhadj Hamida.
Par rapport au concept de «chef de famille», le rapport condamne fermement ce principe qui, selon lui, la femme participe également aux affaires intra et extradomestiques et aucun membre du couple ne doit avoir la domination sur l'autre, du fait que la famille soit un noyau solidaire. Les affabulations sont, quant à elles, allées un peu plus loin et dans le communiqué, on y lit : «En cas de divorce, la garde des enfants est assurée dans tous les cas par la maman». Or, le rapport a clairement tranché son avis sur cette question en prônant «l'intérêt de l'enfant quand il s'agit de divorce, au-delà de la discrimination parentale».
Quant à la question de la circoncision, elle est venue alimenter le champ des discussions depuis quelque temps alors qu'elle n'a pas été évoquée dans le rapport. Le communiqué publié par les imams dénonce «l'interdiction de la circoncision des garçons qui est considérée par la Colibe comme un viol et est punie de 12 ans de prison». Cette phrase est ahurissante. Car, loin de vouloir jouer les avocats, nous tentons de clarifier les points à nos lecteurs, aux jeunes, aux moins jeunes, aux profanes et aux moins instruits, qui n'ont pas eu l'occasion de lire le rapport ou d'y jeter un coup d'œil. Le rapport a, toutefois, fortement condamné les traitements médicaux qui peuvent toucher à l'intégrité physique de l'individu ou lui porter préjudice, mais la circoncision n'a pas été nommée ou insinuée.
Pour ou contre le rapport, telle est la question ?
La liste des intox n'est pas exhaustive. Il est pourtant impératif de rectifier et surtout relativiser quelques points considérés comme «déterminants» et qui ont été largement échangés sur les réseaux sociaux contribuant à propager un discours de haine et d'aversion envers les membres de la commission et leurs plus fervents défenseurs, dans le but de diviser la société entre modernistes et conservateurs.
Le rapport a nourri beaucoup d'hostilité à son égard mais paradoxalement aussi beaucoup d'admiration. Il a, toutefois, été critiqué également par des réformistes et des modernistes qui y ont lu un manque de courage de la part de ses concepteurs. «On a l'impression que le rapport propose puis se désiste », disent-ils. La portée réformiste et révolutionnaire qu'il apporte s'effrite en bout de texte, la résistance n'est pas si ferme. Il faut avoir plus d'audace et d'imposition», se lamentent certains progressistes. D'autres, dont Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, estiment que certaines propositions du rapport vont à l'encontre des acquis de la femme apportés par le CSP en 1956.
Depuis la publication du rapport, la Tunisie vit une nouvelle bipolarisation. Etre pour ou contre le rapport, ainsi se définissent les Tunisiens aujourd'hui. Le rapport est dans toutes les conversations, comme s'il était déterminant pour l'avenir du pays. Les événements attendus dès demain devraient marquer un tournant dans cette affaire, tel que le discours du président de la République demain 13 août, fête de la Femme, à Carthage, un an après l'annonce du président Caïd Essebsi de la création de la Colibe, à son initiative. Mais également les manifestations qui auront lieu le même jour, en soutien à la Colibe et à son rapport ou encore celles qui soutiennent son retrait et à la préservation des lois islamiques, comme celle qui a eu lieu hier devant le Parlement.


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