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La révolte au féminin
La Presse Lettres, Arts et Pensée : Al korsi al hazzez de Amel Mokhtar
Publié dans La Presse de Tunisie le 05 - 11 - 2010


Par Saloua RACHDI
Le «Rocking-chair» a été édité par Cérès en 2002, puis libéré à la vente en 2008 après une longue… attente ! C'est le deuxième roman de Amel Mokhtar. L'écrivaine a, entre-temps, publié deux recueils de nouvelles, puis un troisième roman, Maestro, en 2006, pour lequel elle a obtenu le Comar du jury.
Le «Rocking-chair», sur ses 130 pages, décrit la condition d'une jeune femme émancipée, souvent en décalage avec la société où elle vit, et dévoile ses blessures, ses craintes, sa rébellion, sa force et son désarroi face à un entourage qui change sans toujours changer, les mentalités n'évoluant pas au même rythme que les autres composantes de la vie.
Le cadre de l'action dans ce récit se situe dans la ville de Tunis avec ses avenues, ses rues, ses restaurants et bars, et aussi la banlieue d'El Marsa, la ville de Hammamet, un certain village de montagne…, des lieux réels qui donnent un goût de vrai ou de vraisemblable aux événements, qui ancrent les actants dans le vécu, qui rapprochent les situations de notre quotidien, et nous impliquent davantage dans l'histoire de ces personnages.
La narratrice dans ce roman est la protagoniste Mona Abdessalem. Le «je» garantit une unité du texte en favorisant une vision unique; cependant, il n'empêche pas la variation des angles, car il représente un personnage complexe, riche d'expériences, capable de créer des surprises et de provoquer des émotions.
La voix du «je» raconte, se raconte, s'auto-psychanalyse, se cherche, se mesure par rapport aux situations qu'elle vit, s'autocritique, communique avec les autres morts et vivants; mais comme elle n'a pas toujours de retour — surtout de la part du père qui la boude —, cette voix semble souvent intérieure : «J'ai appris à être discrète, à adopter ma solitude, à vivre avec et même à en faire une amie» (p. 115).
Mais ce «je» qui se raconte se multiplie aussi au nombre des versions qu'il donne d'une même histoire. Cette voix est manipulatrice, car dotée d'une imagination créatrice, fabulatrice, qui n'est que le fruit d'une mentalité sociale rigide qui pousse à l'hypocrisie et même à la schizophrénie. Ainsi, Mona donne quatre versions différentes des conditions dans lesquelles elle aurait perdu sa virginité, toutes aussi vraisemblables les unes que les autres. N'y a-t-il pas dans ces versions multiples un cynisme fulgurant à l'égard de cette société qui lie l'honneur au sort d'une membrane dérisoire qui peut être perdue au premier virage de la vie, de la façon la plus contingente qui soit.
Mona, cultivée, émancipée, apparemment équilibrée, vit pourtant un mal-être profond qui la ronge et détermine sa relation avec les hommes ; relation qui, malgré quelques moments de répit, est souvent conflictuelle.
Le rapport déterminant dans la vie de Mona est celui qu'elle entretient avec son père.
Hamed Abdesslem, droit, froid, incontournable, est resté jusqu'au bout comme un roc contre lequel viennent se briser les vagues de Mona, ses tentatives de réconciliation. Celui qui l'a instruite, qui l'a dotée d'une personnalité forte, semble avoir négligé le côté affectif par un excès de pudeur, trop de réserves à l'égard d'une fille unique qui est restée trop longtemps sous le même toit que lui. Un incident vient amplifier l'écart creusé entre les deux : il l'aurait aperçue dans une posture compromettante avec Mourad, un jeune étudiant, justement sur ce fameux rocking-chair, geste qu'il considère comme un affront à tout son héritage culturel et une atteinte à son autorité paternelle. Le choc fut tel qu'il en est devenu paraplégique. Réduit à l'impuissance, dépendant de celle qui l'a agressé en quelque sorte, il se réfugie dans le silence qu'il utilise comme la pire des sanctions contre sa fille.
Mona ne voit pas seulement son droit le plus naturel contesté, mais aussi son droit à l'amour paternel confisqué. Elle cherche vainement le pardon : par les gestes les plus simples mais aussi par les actes les plus graves, tels que le mariage conventionnel. Toutefois, sentant qu'elle met à l'épreuve sa patience, elle arrête à temps le flux des concessions et refuse de se lier avec quelqu'un qu'elle méprise. Son mariage non consommé, bafoué par sa virée dans une nouvelle passion avec l'ami de son prétendu mari, remet en question l'institution même dans sa mauvaise conception.
La relation amoureuse qui a compté le plus dans la vie de Mona est celle qu'elle a vécue avec Mejdi. Elle a pris le temps de la construire, de l'affermir, mais elle n'a pas hésité à prendre des risques pour perpétuer la passion, et cela lui a été fatal. Elle garde cependant de Mejdi l'image de l'homme oriental libéré de ses complexes, et garde aussi un tableau symbolique qu'il a fait d'elle, signe d'un bonheur furtif et éphémère.
Un autre personnage masculin compte beaucoup dans la vie de Mona, surtout depuis qu'il a renoncé à convoiter en elle la femelle : c'est Mohamed, un ami qui l'accepte comme elle est sans la juger, qui l'aide à surmonter ses crises, qui est au diapason avec elle du point de vue intellectuel, qui l'écoute, absorbe ses peines et lui permet de retrouver son équilibre.
La présence féminine dans le roman est dominée par celle de la protagoniste. En effet, à part Mona, les autres femmes dans l'histoire ont un caractère plus ou moins négatif : la mère qui n'existe que dans ses souvenirs et ses songes est l'exemple même de la maman traditionnelle, soumise, qui n'a d'autre avis que celui de son mari; et qui ne peut en aucun cas la soutenir dans sa rébellion contre les idées conservatrices ou rétrogrades.
Deux autres femmes sont citées : Olfa, présentée pour son rôle de rivale à écarter absolument de son chemin, et Houda, sa cousine, quelconque, du genre cuisine et bain maure, qui se rend utile comme elle peut par de petits services ne dépassant pas le quotidien. Les deux semblent là juste pour confirmer et mettre en relief le caractère très différent et très affirmé de Mona.
Le mouvement de narration dans le roman d'Amel Mokhtar est en spirale. L'intrigue s'installe dès le départ, par l'incident qui provoque la fêlure dans la relation de Mona et de son père, qui la laisse tourner en rond. Elle cherche un refuge dans son passé, dans ses souvenirs avec sa mère, avec son amoureux… Quand elle pense pouvoir surmonter la crise en se mariant, elle en lance une autre encore, plus aiguë, qui rouvre la plaie en accentuant le scandale. Elle tente de se rapprocher de son père en lui faisant des aveux et en le culpabilisant. N'ayant pas de réponses de sa part, elle sort pour le retrouver plus tard mort avant de recevoir son pardon.
Cet enfermement n'avait d'autre issue que dans la mort. Le père est parti en laissant sa fille à ses questions existentielles sans réponses et à son rocking-chair, tel un trône vide et souillé.
Consciente du poids du tragique avec lequel elle a fini l'histoire de Mona et de son père, Amel Mokhtar, en bonne professionnelle, ouvre à la fin la porte du songe.  Elle unit ces deux êtres dans une autre dimension plus clémente, plus propice aux réconciliations : la dimension du rêve.


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