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Les deux chaos
Chronique de Youssef Seddik
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 03 - 2011

Comme les dix millions de Tunisiens à des niveaux différents mais tout aussi intense, j'ai vécu pendant ce mois révolutionnaire un indescriptible mouvement de flux et de reflux entre la peur et l'espoir, la déprime et la fierté, la tentation de folie et le désir de raison garder. Jusqu'à ce soir 17 janvier à 19h, j'analysais ce qui me parvenait des sombres coulisses où se cuisinait la mise en œuvre institutionnelle de la victoire de mon peuple pour toute la planète époustouflante.
Après avoir parcouru comme un dément les avenues et les rues de Paris d'un média à un autre pour participer au concert général de cet hymne à la liberté que la Tunisie a entonné et entonne toujours à la face hideuse de la tyrannie, je retourne content de moi à la maison. Ma dernière intervention sur France 24 (version arabe) m'apparaît d'une cohérence qui pouvait convaincre ceux que ma parole aurait pu atteindre. J'ai dit dans cette dernière intervention défendant cette étape du gouvernement d'«unité nationale» que la formule était la seule à même de maintenir la glorieuse position de notre armée nationale. Celle-ci en effet ne peut, ai-je dit, que défendre une Constitution existante. Le peuple a déjoué une première entourloupe qui méprisait son intelligence, s'appuyait sur l'article 56 de la Constitution et laissait la porte grande ouverte au retour du monstre. Bis : cela a été explicitement dit par le président de la République de quelques heures Mohamed Ghannouchi.
Seule la vigilance de mon peuple, toujours lucide même au bord d'un abîme qui menaçait déjà de l'engloutir, a fait avorter l'initiative. Il a ainsi imposé la fin du tyran constitutionnellement en obligeant les «intérimaires» autoproclamés de passer à l'article 57. En justifiant toujours mon attitude optimiste, j'ai dit dans cette intervention sur France 24 que seule ainsi l'armée continuera à défendre les assises constitutionnelles de la République d'autant que j'ai souligné dans la déclaration de M. Ghannouchi l'importance de cette «séparation de l'Etat et des partis politiques» sûrement imposée par l'opposition. J'avais l'illusion d'avoir bien terminé ma journée, encore une, dans ma très modeste participation ici dans mon exil à Paris, à l'effort inouï de ce grand peuple dont je suis. J'ai dû déchanter. Que quelqu'un parmi ceux qui nous ont servi cette potion que je croyais salutaire il y avait encore quelques instants, réponde, me réponde, vous réponde à une seule question : comment au moment même où M. Mohamed Ghannouchi nous présentait son gouvernement avec l'accord de tous ceux de l'opposition radicale d'hier qui l'ont rejoint par compromis, il déclarait et sans ciller là encore qu'il a eu avec le despote mauve du 7 novembre une conversation téléphonique, déclaration sur une chaîne, Al-Jazira, devenue soudain une «confidente» pour M. Ghannouchi, ex-Premier ministre du tyran déchu ? De deux choses l'une, et je ne sais laquelle est la pire, ou M. Ghannouchi est un homme naïf et complètement dépourvu d'intelligence pour n'avoir pas su cacher une telle monstruosité. Ou alors, c'était un message à Zine El Abidine Ben Ali et aux Etats qui ont explicitement annoncé leur soutien au bourreau de notre peuple, qu'avec cette étape d'un gouvernement d'unité nationale précisément, la porte est rouverte pour son retour après qu'elle eut été «provisoirement fermée avec l'abandon de l'article 56. Pensez aux déclarations largement diffusées par Al-Jazira qui ne sont pas aussi folles que l'on ne croit ; gardez en mémoire l'empressement du palais royal saoudien accueillant dans un communiqué largement diffusé lui aussi» son excellence «le Président Zine El Abidine Ben Ali et sa famille ; enfin, n'oubliez pas que quelques jours avant la cristallisation de la Révolution, l'Etat de Dubaï accueillait Leïla Trabelsi lestée de millions de dollars en lingots d'or, selon une rumeur confusément démentie, et que M. Ahmed Fria, le ministre de l'Intérieur de Ben Ali devenu celui de cette étape-ci de notre Révolution n'a pas daigné démentir dans son souci affiché de rassurer et de calmer […]»
Là s'arrête un écrit que nous avons glissé le 19 février dans la Toile sur Facebook. Depuis cette date, des événements de la plus haute importance se sont frénétiquement succédé qu'il est inutile de rappeler, tant ce journal et tous les médias nationaux et étrangers s'en sont largement emparés. Le tout dernier, le départ de Mohamed Ghannouchi, constitue sans aucun doute l'aboutissement d'un cycle. Jusqu'à l'annonce par le premier concerné de ce départ, tout mon entourage, confrères et collègues, amis ou contradicteurs m'ont reproché une analyse rigoriste ou absurdement pessimiste, voire excessivement et insolemment prophétisante. Il ne s'agissait de ma part que d'un désespérant appel à ceux qui voulaient bien m'écouter ou parcourir mes chroniques sur ces colonnes, de lire le chiffre, souvent les hiéroglyphes d'un cataclysme politique que personne en Tunisie ne pouvait prévoir, dont personne ne possédait les diagrammes, le lexique et l'échelle. Les meilleurs d'entre nous guettaient une pièce du puzzle, ou provoquaient plus ou moins artificiellement son apparition pour compléter un tableau dont nul ne concevait la finition. En réalité, seule la population tunisienne soulevée comme un seul homme bien plus lucide que ces élites politiques avait commencé, dès la veille du 14 janvier, à faire valoir un alphabet élémentaire, le seul d'avenir, pour lire, dynamiser et créer l'évènement, le vrai.
Au seuil de ce nouveau cycle qui commence par la nomination d'une personnalité qui «sent bon» pour beaucoup l'ère bourguibienne anté-Ben Ali, un chiffre de cet alphabet élémentaire nous paraît celui de ce fameux mot de «chaos», fawdhâ en arabe. Il est indispensable en effet de savoir qu'il y en a deux. L'ancien ministre de l'Intérieur, Ahmed Fria, a payé le prix fort pour les avoir confondus quand il a nommé «chaos» la révolution elle-même. Il y a donc «chaos» et «chaos». Celui surgi lors du règne Ben Ali, sa famille et son parti, qui allait engloutir dans un trou noir le pays tout entier. Ce chaos-là, l'alphabet primordial et élémentaire, seule grille de lecture fiable actuellement disponible, exige que les politiques sincères et patriotes en prennent acte pour le dépasser et en liquider les séquelles, toutes les séquelles. Il en va ainsi de l'abcès : si on n'en expurge pas toutes les insanités et les moindres impuretés, l'abcès peut enfler derechef, s'aggraver et se muer en gangrène. L'autre chaos, plus maîtrisable, peut-être même moins durable, est celui qui annonce les contours du monde nouveau dont tous les Tunisiens, toutes opinions politiques confondues, attendent la naissance.
* Philosophe et anthropologue, président de l'Association de vigilance et d'engagement pour la Révolution tunisienne et pour son immunité (AVERTI).
Passions, pouvoirs et institutions
Plus d'un mois après l'abolition du système dictatorial en Tunisie qui a fait transmuter les comportements, les rapports entre citoyens, les visions et les espoirs, lors de ce qu'il faut bien appeler une révolution, et à la lumière de tant d'événements aussi rapides que décisifs qui font de l'expérience tunisienne un vrai modèle pour des changements politiques déjà avérés ou en gestation, il est devenu nécessaire que le penseur et l'intellectuel, l'analyste et l'universitaire se penchent sur un fait qui s'inscrit dès son éruption dans le torrent de l'Histoire.
Aussi l'Association de vigilance et d'engagement pour la révolution tunisienne et son immunité (Averti) que préside M. Youssef Seddik organise-t-elle un colloque international sur le thème "Passions, pouvoirs, institutions" dont les articulations et les moments théoriques explorent les questions des multitudes, des "peuples" et de ce qui en déclenche les soulèvements et les colères. Cette manifestation aura lieu à Tunis (Hôtel Sheraton) du 11 au 13 mars 2011
Il sera demandé aux intervenants de proposer au débat les questions des mécanismes d'établissement de l'ordre et de la légitimité, des contraintes ou de l'abus de pouvoir qui réifient la vie et déshumanisent.
Le grand penseur Stéphane Hessel a bien voulu être des nôtres lors de cette rencontre ainsi que le Professeur Michel Peterson de l'Université de Montréal, psychanalyste, spécialiste de la question de la torture, de ses mécanismes dans le comportement des instances qui en usent comme pour les victimes de ses ravages sur le corps et sur l'espace de la citoyenneté.
Des penseurs et universitaires tunisiens présenteront dans le cadre de ces travaux des communications autour de tous ces thèmes.
Les Editions Alif publieront à l'occasion du colloque l'ouvrage de Stéphane Hessel, désormais célèbre, "Indignez-vous!" en version arabe, texte français en regard.


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