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La grève, expression légitime de la protestation des salariés
OPINIONS
Publié dans La Presse de Tunisie le 12 - 04 - 2011


Par Enis GAALOUL *
Je reviens sur les mouvements sociaux que notre pays a connus depuis le 14 janvier. Pour simplifier, ici et là, certains salariés opportunistes ont profité de la situation pour exprimer leur révolte au sein des entreprises. L'Ugtt n'a eu d'autres choix que de les soutenir. Ces mouvements qui au début étaient manipulés par les extrémistes de gauche, trouvent désormais refuge auprès des salafistes et autres mouvements extrêmes en dépit de tout bon sens.
Plusieurs de ces mouvements se terminent par la défaite des salariés qui demandent à revenir au travail, poussés par une population qui ne comprend plus ces mouvements qui défient l'autorité des entrepreneurs et qui disent «dégage» aux dirigeants de ces entreprises.
Dans d'autres circonstances, s'agissant de services publics indispensables à la population, comme le transport, c'est carrément les usagers qui mettent le holà en disant trop c'est trop!
Tout ça est regrettable, car ces actions ne mènent à rien, et elles détruisent au lieu de construire, elles inscrivent à jamais une blessure entre les salariés et les entrepreneurs à un moment où le pays a besoin de tous ses enfants pour se reconstruire.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le droit de grève a été, dans ce pays, malmené, au risque de voir l'une des libertés fondamentales des salariés mise à mal et contestée.
En trente années d'expérience professionnelle dans l'industrie européenne, j'ai vécu les grèves aussi bien du côté des salariés, que du côté des patrons ou chefs d'entreprise, et je propose de partager ma modeste expérience.
J'ai eu, en effet, le privilège d'avoir été des deux côtés de la barrière, ayant rempli en début de carrière les fonctions de délégué syndical, puis chef d'entreprise salarié pour finir patron.
La grève est un droit légitime
Dans tous les pays avancés, le droit de grève est, à l'instar de certaines libertés fondamentales, prévu par la Constitution.
C'est une forme de protestation, un cri d'alarme des salariés devant l'incompréhension de leurs employeurs, de la société et de ses dirigeants.
La grève est supposée être le moyen de pression ultime quand il n'y a plus de solution négociée en vue. A tort, certains syndicalistes l'utilisent pour développer un rapport de force en faveur des salariés, qui, par expérience, n'a que très peu d'effets : il conduit les employeurs à prendre définitivement leurs précautions et limite les effets de la grève, la rendant inopérante par des techniques diverses et variées.
Les employeurs avisés n'ont pas besoin de la grève pour négocier avec les salariés, ils considèrent, qu'à lui seul, le mécontentement des salariés ou leur incompréhension est déjà inacceptable et le dialogue doit être enclenché sans attendre.
La grève a des règles précises
Evidemment, comme toutes les libertés, la grève a des modalités qu'on peut résumer en trois principes:
– La prévenance : elle comprend les différentes formes de préavis, de service minimum, de modalités spécifiques pour assurer la continuité et la sauvegarde de l'outil de travail. En général, les autorités sont informées de la grève pour prendre des dispositions, comme la conciliation, la présence de services de renseignements ou de police.
– Les revendications : il est important de mettre des mots en face du mécontentement des salariés. Le cahier des revendications est indispensable pour une sortie honorable de la grève pour les parties. Il permet aussi de définir les niveaux de satisfaction des salariés.
– Le droit au travail : il se caractérise par le fait d'assurer la liberté de travailler pour ceux qui ne souhaitent pas faire grève. Dans plusieurs pays, cet aspect inclut l'interdiction d'occuper les locaux, l'interdiction du piquet de grève et la pénalisation de l'entrave au travail.
Il est évident que récemment, dans notre pays, ces règles ont été bafouées, certainement par méconnaissance et par manque d'exercice effectif du droit de grève.
Quand elle ne respecte pas les règles, la grève devient clairement un trouble à l'ordre public et est condamnable, et ses meneurs sont en général poursuivis en justice, alors que la grève légale est un acte revendicatif respectable.
Comment aborder la grève
La grève est une opportunité pour les parties si elle est conduite convenablement. Dans le cas contraire, elle peut conduire à tous les dangers et aux extrêmes, voire à la violence.
Avant le 14 janvier, les choses étaient relativement bien organisées pour étouffer les mouvements de mécontentement des salariés. Rapidement, le syndicat, le délégué, au besoin le gouverneur et bien souvent les hauts responsables de l'ex-parti RCD font pression des deux côtés pour qu'une solution soit trouvée dans les plus brefs délais, sous la pression et la menace.
Bien entendu, les parties sortent de la grève toutes insatisfaites, voire mécontentes et frustrées.
Après le 14 janvier
La disparition des structures du parti-Etat, l'affaiblissement de l'autorité du délégué, du gouverneur, ainsi que l'autorité relative du syndicat unique l'Ugtt mettent les employeurs et les salariés dans une situation nouvelle. Elle les oblige à envisager leur relation de façon nouvelle. En effet, l'absence d'encadrement, observé dans le passé, donne plus de libertés aux parties, mais aussi plus de responsabilités.
Pour ma part, et compte tenu du niveau de chômage dans le pays, je considère que les salariés ne sont pas en position de force, car ils ne disposent pas toujours de l'information économique et des enjeux tels que vécus par les employeurs.
Il est difficile d'être exhaustif sur le sujet. Aussi je vais exposer un certain nombre d'idées qui pourraient permettre aux parties de sortir de la grève par le haut.
Les salariés menacent de faire grève. C'est normal parce qu'ils sont mécontents et la menace de grève est une expression normale de leur mécontentement. Donc rien d'extraordinaire, et mieux vaut s'y habituer.
Message aux employeurs
Essayez de comprendre pourquoi vos salariés sont mécontents avant d'entamer toute négociation.
Enclenchez le dialogue avant le démarrage de la grève, veillez à ce que les discussions se passent dans le respect et le formalisme attaché à votre fonction. En aucun cas la grève n'autorise des écarts, vous êtes le patron avant la grève et continuerez à être le patron après.
Si vous êtes propriétaire de l'entreprise, utilisez un médiateur qui négociera à votre place mais qui n'a pas mandat pour vous engager, car vous n'êtes pas le mieux placé ni pour écouter, ni pour négocier. Cela vous permettra aussi de prendre les décisions avec le recul nécessaire comme le font les représentants des salariés, qui reviennent toujours à leur base pour valider les accords.
Le premier agenda du dialogue doit impérativement porter sur la formulation précise des revendications. Elle doit être exhaustive : les salariés ne peuvent pas revenir avec une nouvelle revendication en cours de négociation.
Dans la mesure du possible, un planning doit être discuté pour fixer les modalités et la durée de la négociation. Les salariés chercheront à ce que les chosent ne durent pas, alors que l'employeur a besoin de temps pour étudier les demandes. Alors prenez votre temps.
Ayant déclenché les négociations avant le démarrage de la grève, l'employeur est en position de force pour demander le report de la grève, mais il doit prendre son temps pour prendre les décisions qui engagent l'avenir de l'entreprise.
Les salariés en grève, alors que de bonne foi l'employeur négocie, sont en position difficile. Ils veulent que les choses aillent vite et sont prêts à faire des concessions.
L'employeur doit être à l'affût pour trouver le compromis et une sortie gagnant/gagnant.
Côté salariés : pour les représentants des salariés
La grève naît d'un mécontentement d'une population hétérogène de salariés. La mobilisation ne tiendra que si la cause est juste. Mais même une cause juste ne tiendra pas sous la pression économique et l'incertitude de la grève. Le salarié gréviste ne sera pas payé et cela peut conduire à une situation dramatique pour certaines familles.
Donc, le plus important quand on déclenche une grève est de trouver les moyens d'en sortir le plus rapidement possible.
J'ai tellement vu de situations où des syndicalistes déclenchent une grève dure et illégitime, pour finir par supplier les pouvoirs publics de faire pression sur l'employeur pour un retour à la table des négociations.
Message aux syndicalistes et représentants des salariés
Assurez-vous que le clan des grévistes soit largement majoritaire et que la cause est juste. Dites-vous que sous la pression familiale, vos collègues vont abandonner un par un la grève, et sans majorité importante, vous allez devenir minoritaire et la grève va s'arrêter, sans rien obtenir !
Permettez à ceux qui veulent travailler d'aller travailler immédiatement. En tant qu'organisateur de la grève, vous êtes responsables de vous assurer qu'il n'y a aucune entrave au travail.
Fixez clairement les revendications. Assurez-vous qu'elles soient comprises par tout le monde. Fixez un niveau minimum de revendications.
Recherchez les possibilités de négociation sans attendre.
Vous devez convaincre votre employeur de la légitimité de vos revendications, dites-vous qu'il a beaucoup plus d'éléments et d'informations que vous.
Essayez de trouver un compromis si possible avant le démarrage de la grève, tout le monde en sortira gagnant.
En conclusion, réglementer le droit de grève dans notre pays est à mon sens l'une des urgences pour tout prochain gouvernement. A défaut, les modes de protestation de substitution vont proliférer et une forme de chaos pourra revenir dans le pays après le 24 juillet.
Les idées forces de cette réglementation pourraient être un délai de prévenance long (préavis de l'ordre de quinze jours ouvrés) pour permettre aux parties de négocier ; mais aussi, l'obligation de prévenir les autorités et leur communiquer le cahier des revendications, réaffirmer le droit au travail, l'interdiction formelle de l'occupation des locaux et la pénalisation des actes d'entrave au travail.
Le rôle de l'Etat doit être limité à un rôle d'observateur, qui tient les statistiques et rend compte des tendances. Les autorités locales élues pourraient intervenir en tant que conciliateur dans la recherche de sortie rapide de la crise constituée par la grève.
Moyen nécessaire d'expression des salariés, la grève mal comprise et mal appliquée par les salariés après le 14 janvier aura coûté à notre nation la perte de 20.000 emplois et, selon des dires d'un membre du BE de l'Utica, si des mesures d'urgence ne sont pas prises au profit de certaines entreprises, un nombre similaire de pertes d'emplois sera à déplorer dans les semaines qui viennent, portant le total des emplois pour conséquences de grèves illégales à plus de 40.000 emplois.
Ceci est inacceptable dans un pays en reconstruction, et ce chiffre est à rapprocher à celui du plan du gouvernement BCE qui promet la création de 20.000 emplois dans le secteur public.


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