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Les blocages à la mise en œuvre des réformes (3e partie)
Le chômage et les forces sociales en Tunisie


Par Sghaïer SALHI *
Certaines analyses considèrent que l'une des clés pour la compréhension des problèmes de l'économie tunisienne, y compris celui de l'emploi, découle d'une certaine représentation de la position de la centrale patronale.
Contrairement à son discours, le modèle économique implicite de l'Utica, tel qu'il se déduit de son action au quotidien, reste basé sur la défense des activités à faible valeur ajoutée, vivotant grâce à des protections invisibles, à des rentes et à des privilèges fiscaux et autres, bref un fonctionnement de l'économie en «symbiose» avec l'Administration. Les «insuffisances» dénoncées de temps en temps par les instances dirigeantes de l'Utica, telle que la prolifération de l'économie parallèle, ne sont faits que pour absorber la contestation des adhérents. Les «imperfections » du système fiscal et autre sont tolérées par l'Utica. Il suffit de constater l'impact insignifiant des représentants de l'Utica dans les instances législatives.
Agissant différemment, les corporations et autres conseils de l'ordre (médecins, pharmaciens, architectes, avocats, commissaires aux comptes) défendent en fait les mêmes positions. Ils verrouillent le marché, limitent l'accès au métier en agissant en amont des formations ou en aval de celles-ci. Ils constituent une grande force de résistance et d'opposition aux politiques de réformes (La Cnam par exemple).
Ils rejoignent l'Utica et l'Utap dans la peur du changement dans lequel ils voient un risque potentiel de pertes d'acquis et de positions et préfèrent garder un modèle par lequel leurs membres ont réalisé une ascension sociale.
Mais cela n'est pas compatible avec la création d'emploi : tant pis c'est un problème qui ne concerne, ni eux, ni leurs enfants. Et si cela limite le développement des entreprises, c'est tant mieux, la concurrence n'est pas de leurs valeurs.
La formation, solution de facilité, souvent engagée à la légère
L'inadéquation de la formation avec des exigences de l'emploi (ou manque de qualification de la main d'œuvre) est souvent pointée du doigt comme étant la cause majeure du chômage. Ce diagnostic sous-entend que le chômage, phénomène quantitatif, est l'expression d'un problème qualitatif.
Les remèdes traditionnellement suggérés sont connus : ils sont la combinaison d'une ou de plusieurs parmi les quatre mesures suivantes :
a) Subventionner les salaires et les maintenir à un niveau bas.
b) Réduire les charges patronales
c) Faire glisser le taux de change de la monnaie nationale
d) Améliorer la formation des employés présents et futurs.
Les trois premières mesures ont pour objectif de permettre à des employeurs peu compétitifs de dégager, quand même, un petit profit bien qu'utilisant une main d'œuvre de qualité médiocre. Il est clair que ces mesures ne peuvent être appliquées indéfiniment et sans limites. Les subventions et la prise en charge par l'Etat des charges sociales ont des limites budgétaires. Les salaires et le taux de change ne peuvent pas descendre excessivement bas sans risques de rompre des équilibres sociaux.
L'impact de la quatrième solution, la formation, se trouve souvent hypothéquée par l'approche centralisée du système de formation et par sa déconnexion avec les entreprises.
Les modes de formation et les règles d'organisation et de fonctionnement du système, nécessaires à une vraie réforme, ne sont pas en fait autorisés, quant à leurs implications, par la réglementation en vigueur, qui se contente souvent de les mentionner sans prévoir concrètement leur déclinaison au quotidien.
L'adoption de la thèse expliquant les difficultés d'accès à l'emploi par des carences au niveau de formation, s'est faite sans grandes difficultés, mais aussi sans débats ni études critiques. On est passé vite à l'action : des universités ont été agrandies ou créées, un millier de filières différentes ont été conçues, des réformes se sont succédé, des programmes ont été lancés, des fonds débloqués. Le nombre d'étudiants est passé de près de 100.000, au milieu des années 90, à plus de 300.000 au milieu des années 2000, le nombre des diplômés du supérieur à presque doublé sur la même période.
On a même confié à des universités le soin de former une seconde fois (moyennant un financement par le fonds 21-21) des jeunes qui ont été amenés au chômage par une première formation assurée par ces universités!
On a avancé gratuitement l'hypothèse que des filières courtes facilitent l'insertion et on a généralisé tous azimuts ces formations avec la conséquence que l'on connaît aujourd'hui sur la mauvaise insertion des diplômés de ces filières. Une enquête réalisée fin 2005 par le Ministère de l'emploi et de l'insertion professionnelle des jeunes, en collaboration avec la Banque mondiale, a conclu que les diplômés de ces filières courtes, supposées (et conçues pour ?) posséder une plus forte employabilité, sont en fait les plus exposés au chômage. (50% environ après 3 ans).
Ces actions et réformes, avec leurs lots de «réussites», n'ont pas eu d'effets mesurables sur la croissance ou sur la réduction du taux de chômage. Au contraire, le taux de chômage des diplômés de l'enseignement supérieur a doublé au cours de la dernière décennie.
Ainsi, on peut se poser légitimement la question de la capacité de la solution « formation», telle qu'elle est mise en œuvre, à offrir davantage de progrès substantiels dans la lutte contre le chômage, compte tenu de son peu d'impact positif sur l'emploi et sur l'économie.
On pourrait même aller jusqu'à réfuter le discours dominant, expliquant le chômage par l'inadéquation de la formation et des exigences de l'emploi, car ce discours perdure moins par la démonstration de sa pertinence que par sa convenance aux acteurs :
• Convenance pour le patronat représenté par l'Utica, qui se trouve exonéré de toutes responsabilités.
• Convenance pour le système de formation, à qui ce discours apporte crédits, postes, pouvoir et intérêt des autorités publiques.
• Convenance pour les autres institutions de l'environnement de l'entreprise (Banques, Douanes, Administration, etc..), qui voient leurs insuffisances reléguées au second plan, voire marginalisées.
Par convenance ou par facilité, par calcul ou par entêtement, la thèse qui a été privilégiée, au cours de la dernière décennie pour expliquer le chômage, a donné lieu à un énorme gaspillage de ressources.
Il n'est nullement dit que la formation ne souffre pas d'incohérences avec les exigences de l'emploi, mais je pense que ces incohérences n'ont qu'un effet secondaire en termes de chômage par rapport à ceux des dysfonctionnements dans la structure de l'organisation sociale du travail et de l'économie.
Que faire ?
Il ressort de ce qui précède que la solution du problème du chômage nécessite un ensemble de réformes dans plusieurs domaines. Or l'expérience récente de la Tunisie montre que, depuis une quarantaine d'années, les réformes engagées aboutissent très rarement. Soit elles ne sont pas mises réellement en œuvre, soit déviées ou vidées de leur substance, soit abandonnée en cours de route, soit différées.
Il y a de ce fait un grand risque que les réformes élaborées pour lutter contre le fléau du chômage ne subissent le même sort.
La principale raison de la défaillance dans la mise en œuvre des réformes est à mon avis la domination d'une alliance de classes sociales qui agit pour maintenir un modèle d'organisation socio-économique « administré », incohérent avec le cadre libéral de l'économie, peu créateur de valeur ajoutée et peu créateur d'emploi. L'opposition aux réformes est à l'intérieur des structures qui sont chargées de leur mise en œuvre !
Ainsi la proposition principale dans ce cadre de réflexion est de rendre possibles, réalisables, et effectives les réformes prônées par le pouvoir politique.
Cela nécessiterait probablement une régénération de la dynamique sociale, une nouvelle alliance entre le pouvoir politique et les forces vives de la nation, qui croient au potentiel économique de la Tunisie et qui agissent pour le développer.


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