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Une vie et une mort pour l'indépendance de la Tunisie
Hommage au docteur Abderrahmane Mami
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 07 - 2011


Par Mondher Mami*
C'est en 1920 qu'Abdelaziz Thaälbi, fondateur du Destour, publiait «La Tunisie martyre» pour, d'une part, évoquer la volonté d'existence des Tunisiens en tant que tels face aux méfaits du protectorat et, d'autre part, exprimer des revendications ayant pour but de soustraire ces mêmes Tunisiens à l'oppression qui régnait dans le pays depuis l'occupation française.
A cette époque, La Tunisie était considérée comme un centre de culture et de civilisation, avec un peuple homogène, solidaire, attaché aux valeurs arabo-islamiques et encadré principalement par des structures religieuses dirigées par des ulémas.
Le Collège Sadiki fondé en 1875 par kheireddine est venu enrichir l'enseignement de la culture islamique et de la littérature arabe par un enseignement de l'histoire, de la géographie des mathématiques et des langues étrangères. De plus «La Khaldouniya» créée en 1896 par le mouvement «Les jeunes Tunisiens» organisait des cours publics de droit, d'économie et assurait ainsi une formation complémentaire aux élèves de la Zitouna.
C'est dans ce contexte que les autorités coloniales, se prévalant des conventions de 1881 et 1883, s'engagèrent dans une politique d'accroissement de l'influence française en introduisant des réformes des systèmes d'enseignement et d'éducation destinées à contrer les institutions d'enseignement arabes et islamiques excitantes.
A cet effet, l'enseignement du turc et de l'italien a été supprimé au profit de celui de la langue française dans le but d'inculquer aux Tunisiens de nouveaux systèmes de valeurs devant faciliter la légitimation du nouvel ordre imposé par les armes.
Ainsi, la Tunisie se retrouvait progressivement asservie politiquement économiquement et surtout intellectuellement par des colonisateurs venus pour conquérir un peuple avec la protection des lois coloniales et avec la complicité de collaborateurs tunisiens soudoyés pour la circonstance.
Le mouvement instinctif du Tunisien fut, d'une part, de repousser la culture française et, d'autre part, de se réfugier dans les valeurs de sa propre civilisation.
En effet, la réaction à ces tentatives de l'influence française fut tout d'abord la création en 1907 du mouvement «jeunes Tunisiens», dirigé par Ali Bach Hamba, qui, à travers les cercles culturels que sont La Khaldouniya et l'Association des anciens élèves de Sadiki (1905), œuvrait pour la réhabilitation de l'identité tunisienne, sans remettre en cause le protectorat.
Ensuite ce fut l'appel lancé par Cheikh Abdelaziz Thaâlbi en faveur de la création d'écoles libres et pour la défense de la langue arabe; tout en réclamant la création d'un Etat tunisien indépendant. En publiant, en 1920, «La Tunisie martyre», Thaâlbi mettait en accusation la colonisation et exprimait clairement ses revendications. Pour structurer son action, il créa avec ses partisans, le 7 mars 1920, le parti Destour avant de le proclamer officiellement le 4 juin 1920.
Enfin, la fondation du Néo Destour par Habib Bourguiba et de jeunes intellectuels, à la suite d'une scission avec le Destour, visait à l'origine la libération de l'Etat husseïnite du protectorat français avant de privilégier, par la suite, une stratégie adaptée aux nécessités du moment pour convaincre l'opinion française du bien-fondé des revendications tunisiennes.
Certes, comme le disait Tahar Haddad, les Tunisiens ont pu apprécier, au cours de cette période coloniale, la création des partis politiques et des syndicats où l'on proclamait les valeurs de liberté et d'égalité entre les citoyens.
C'est ainsi qu'en janvier 1925, Mohamed Ali Hammi crée, avec l'appui du Destour, la confédération générale des travailleurs tunisiens et que Farhat Hached fondait,en janvier 1946, l'Union générale des travailleurs tunisiens dont la naissance dote le Néo Destour d'un allié de poids.
C'est dans ce contexte politique et social que le mouvement nationaliste, inspiré par l'idéologie «des jeunes Turcs», se développe progressivement et s'organise politiquement avec comme stratégie l'alternance entre négociations et affrontements armés.
Les revendications formulées par les nationalistes avaient pour objectif final l'indépendance de la Tunisie et le plein épanouissement de ses richesses. Tous les Tunisiens agissant par la parole ou la plume demandaient une nouvelle définition de la citoyenneté en application des principes de libertés individuelles d'association, d'expression et de travail.
Toutefois, la colonisation qui croyait que la force et la pression étaient seules capables d'assurer la pérennité du protectorat préféra s'engager de nouveau dans un cycle de violence sans précédent en mobilisant dans les années cinquante plus de soixante-dix mille soldats et en créant avec le concours du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece) l'organisation terroriste la Main rouge dotée de moyens évolués et jouissant des protections les plus élevées dans l'administration coloniale.
En réaction, le mouvement national tunisien créa de son côté un comité national de la résistance confié à Ahmed Tlili et encouragea l'installation de dix unités de combat dans les différentes régions.
Pendant cette période de rupture, l'organisation criminelle la Main rouge se lança dans des actions terroristes en effectuant, d'une part, une quarantaine d'attentats aveugles (en mitraillant ou en lançant des bombes sur des espaces à forte concentration de Tunisiens) et, d'autre part, en planifiant des attentats ciblés visant des personnalités tunisiennes, dont l'action nationaliste était prépondérante, telles que Farhat Hached en décembre 1952, Hédi Chaker en septembre 1953, le frères Haffouz en mai 1954 et le docteur Abderrahmen Mami le 13 juillet 1954.
Le docteur Mami, à qui nous rendons hommage aujourd'hui en raison de la date de son assassinat, est originaire de la ville de La Marsa, un des fiefs de la résistance. Il se fait connaître comme étant le médecin des pauvres qu'il soignait gratuitement, le médecin de Bab Souika où se trouve son cabinet et le docteur de La Marsa où il réside.
Doté d'un patriotisme profond et d'un sens aigu du nationalisme, il use de toute son influence pour inciter le Bey régnant, dont il était le premier médecin, à prendre les décisions recommandées par les nationalistes et à ne pas céder aux nombreuses pressions des autorités coloniales.
Très jeune, il fit partie de la délégation de nationalistes qui se rendit auprès de Naceur Bey en 1920 pour solliciter sa souscription à l'engagement patriotique du parti destourien.
Son assassinat provoque, selon la presse tunisienne et étrangère, une émotion considérable dans toutes les couches sociales de la population.
Le dirigeant nationaliste Habib Bourguiba adressa pour sa part une lettre de condoléances à la famille dans laquelle il soulignait que cet assassinat reflétait le désarroi des autorités coloniales et que son martyr encourageait les Tunisiens à s'unir pour poursuivre la lutte pour la libération du pays. Dès son retour à Tunis, il se rendit au cimetière Sidi Abdelaziz à La Marsa pour se recueillir sur sa tombe avant d'inaugurer personnellement l'hôpital Abderrahmane Mami en présence des membres du gouvernement, du corps diplomatique et de personnalités étrangères du monde de la phtisiologie venues spécialement pour la circonstance.
Cet événement semble avoir déclenché également un enchaînement de violence (au vu de la multiplication des attentats commis pendant cette période) et aurait conduit le gouvernement français à réexaminer le problème de son autorité sur notre pays.
Aussi, le président du Conseil, Pierre Mendès France, reçut le 15 juillet 1954 son ministre des Affaires tunisiennes et marocaines, à la suite des attentats en Tunisie, pour définir avec lui sa nouvelle ligne politique qu'il devait exposer devant l'Assemblée nationale française le 21 juillet 1954. Il se rendit ensuite en Tunisie le 31 juillet pour proclamer la reconnaissance par la France de l'autonomie interne.
C'est grâce à l'engagement du peuple pour défendre sa souveraineté et sa personnalité que la Tunisie a pu obtenir son indépendance. La résistance contre toute capitulation trouve son origine dans la propre histoire du pays. S'agissant de l'occupation française, la résistance n'avait jamais cessé depuis l'invasion de Jules Ferry en avril 1871. Grâce à notre unité, à notre attachement à nos valeurs et à notre volonté à combattre l'occupation, nous avons pu récupérer la part de nous mêmes que la France nous avait aliénée. Malheureusement, cela ne nous a pas empêché de la perdre de nouveau tout au long du règne des deux présidents qui nous ont gouverné et qui nous ont privé des valeurs de liberté et de démocratie depuis l'instauration du régime républicain.
Si le président Bourguiba, libérateur de la femme, ouvert aux valeurs occidentales et hostile envers les défenseurs de l'identité arabo-islamique qu'il chercha à neutraliser, a été le fondateur de la Tunisie moderne, il n'en demeure pas moins que c'est sous son règne que les principales valeurs de liberté et de droits de l'Homme ont été confisquées aux Tunisiens. Son régime, avec l'instauration du système du parti unique et d'une présidence à vie, portait en lui les germes de la dictature et sa succession ne pouvait se réaliser autrement que par un coup d'Etat.
Son successeur, poursuivant la même politique de confiscation des libertés et privative de culture démocratique, instaura un régime portant en lui même les germes de la Révolution compte tenu du degré de développement atteint par la Tunisie. Inéluctablement, celle-ci se réalisa grâce au sacrifice de plusieurs centaines de martyrs auxquels nous rendons aujourd'hui un hommage appuyé.


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