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L'âme tunisienne spoliée
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 02 - 2012


Par Brahim EL AISSI *
De par la position géopolitique de son pays et la structuration de la société à laquelle elle appartient, l'âme tunisienne a montré toujours sa capacité adaptative et sa plasticité psychologique pour s'accommoder de toutes les civilisations qui l'ont façonnée tout au long de l'histoire humaine.
Imbue de sa foi religieuse et respectueuse de toutes les valeurs humaines, sans polémique ni confusion, elle a toujours été attachée à un modèle de vie modéré et tolérant, et a prouvé au fil des années une réelle compatibilité entre les vraies valeurs de l'Islam et les évolutions sociales, ce qui l'a amenée à s'émanciper de la tyrannie coloniale, et à enregistrer depuis des progrès significatifs et salutaires dans tous les domaines technico-économiques, éducatifs et socioculturels.
Mais, depuis le 7 novembre 1987, cette âme, si tolérante, a été mise à rude épreuve par un pouvoir pernicieux et despotique qui l'a soumise à sa totale volonté : il lui a fait subir toutes les formes de calvaires et de souffrances qu'elle a accumulées durant 23 ans, au point qu'elle a fini par exploser sur deux plans :
– Sur le plan individuel, par l'immolation de deux jeunes en 2010: celle du jeune Triméche à Monastir et celle du jeune Bouazizi à Sidi Bouzid pour les mêmes raisons, à savoir «gagner leur pain à la sueur de leur front».
– Sur le plan national par sa révolution du 14 janvier 2011, où elle a montré à l'unisson son exaspération d'un pouvoir incompétent et mafieux, et les limites supérieures de sa tolérance.
Aussitôt sa révolution accomplie avec la fuite du dictateur, elle s'est engagée, en faisant preuve de maturité politique et sociale, dans un réel processus démocratique qu'elle ne pouvait mener à son terme que si ses deux systèmes de valeurs, religieuses et civiles, qu'elle a profondément respectés, ne se confondaient pas, et ne venaient pas embrouiller sa quiétude et sa paix spirituelles.
D'ailleurs, l'Histoire a toujours et partout enseigné que le pouvoir civil et le pouvoir religieux ne peuvent jamais cohabiter dans une même âme.
En effet, si on observe attentivement, on constate que tout système de valeurs, civil ou religieux, se manifeste toujours à travers un ensemble d'attitudes et de comportements distinctifs qu'on doit saisir dans leur double aspect :
– Un aspect visible et matériellement apparent, sans équivoque, exprimé par les tenues vestimentaires, les postures, les expressions verbales et physiques, les actes, les modes de vie, les langages utilisés, les rites et les mœurs, etc.
– Un aspect caché, qui n'apparaît qu'à travers une analyse profonde pour pouvoir réellement dissocier le visible et l'apparent, du dissimulé et du profond, le dit du non-dit, le motif évoqué du mobile caché.
Et, dès qu'elle a amorcé avec succès son processus démocratique, cette âme profondément permissive fut prise en otage par des exaltés d'obédience religieuse qui cherchaient à exploiter son affabilité pour la spolier sans raison ni fondement, et à incarner les deux pouvoirs, en mettant en question les fondements de sa personnalité authentiquement arabo-musulmane. Ils ont mis en œuvre leur stratégie d'une manière concrètement dangereuse avec le port du niqab, les exhortations paroxystiques dans les mosquées, l'agressivité matérialisée à l'occasion de la diffusion d'une œuvre culturelle ou artistique, les propos malveillants et intimidants à l'égard de la femme et des jeunes filles, etc.
Et, à chaque fois qu'ils jugent, selon leurs fausses conceptions, qu'une de leurs propres valeurs est bafouée, ou que quelque chose est contraire à certaines règles sociales qui régissaient le vécu quotidien à une époque où on ne trouvait ni lame de rasoir, ni électricité, ni radio, ni télévision, ni internet, ni satellite, ni bombe nucléaire, ils se manifestent avec la même obstination en se servant des mêmes tactiques agressives, au point qu'on a le droit maintenant de penser ceci :
• Ces groupes d'illuminés éparpillés dans toutes les régions de la république ne sont pas nés d'une manière spontanée, mais ils sont bien structurés et organisés.
• Ils s'imaginent qu'ils sont les seuls détenteurs de la vérité pour se donner tous les droits d'exercer sans scrupules tous les pouvoirs, et d'imposer par la force, au nom de la loi divine, une hégémonie plus pernicieuse et plus meurtrière que toutes les autres formes de domination politique ou idéologique : les propositions des châtiments corporels (amputation des membres du corps humain et, pourquoi pas, la lapidation en public des femmes par la suite) ne sont que des signes révélateurs de cet aspect invisible du nouveau système de valeurs qu'ils veulent greffer par pur cynisme à l'authentique et vrai système de valeurs de l'Islam.
•Ils agissent en petits groupes mus par une idéologie, qu'ils ont en charge d'imposer jusqu'à ce qu'ils arrivent à leurs fins et instaurer un régime «intolérant, intransigeant», fondé sur une stratégie à double face :
– Verbale et manipulatoire à ses débuts, par des argumentations d'apparence religieuse, comme si cette âme tunisienne s'était convertie, depuis sa révolution du 14 janvier, en une âme impie ou mécréante.
– Physique, par la coercition, l'agressivité et l'épée, comme à l'aube de l'islam, pour celle qui demeure récalcitrante et insoumise à leur volonté.
• Ils n'ont pas pris réellement conscience qu'avec leurs élucubrations, ils n'arriveront jamais à vider le réservoir inépuisable de cette âme déjà émancipée du joug colonial et du despotisme individuel, ou à en faire une source tarie et un terrain aride pour exploiter à leurs fins sa vulnérabilité et sa fragilité.
D'ailleurs, si on analyse profondément leurs comportements, on peut affirmer que :
• Ces groupes d'exaltés ne cherchent, par leur brutalité, qu'à se distinguer et à se servir de la couverture religieuse pour exprimer en réalité leurs tendances caractérielles d'agressivité et de xénophobie, signes d'une profonde frustration affective, et d'une carence dans leur processus d'éducation et de socialisation. • Non éduqués pour vivre en communauté, ils délirent, avec leur obscurantisme mental et leurs errements spirituels, et espèrent ancrer dans les usages la négation de l'autre et semer la discorde et la dissension dans une société profondément unie et réellement modérée en valeurs, en principes, en comportements et en actes.
• Réduisant leurs stratégies à l'agressivité ou à la brutalité physique, ils apportent réellement la preuve de leur incompétence intellectuelle pour saisir la quintessence et la portée humaine de tous les principes fondamentaux de la démocratie, universellement partagés, qui ont stimulé tous les Tunisiens et les a poussés à scander le 14 janvier 2011 : égalité (de traitement ), dignité (respect des droits civils, sociaux et politiques), liberté (de confession, d'expression et d'opinion, créativité culturelle et artistique).
La manifestation pacifique organisée le 28 janvier à l'initiative des instances civiles et non gouvernementales prouve que cette âme tunisienne veut bien vivre comme l'a bien dit Abou El Kacem El Chebbi, non pas à la manière qu'ils cherchent à lui imposer par la force et la négation de l'autre, mais selon le modèle qu'elle veut construire pour son proche et lointain avenir, fondé sur la modération et la tolérance.
Mais, devant l'escalade de leur violation de toutes les règles de la civilité, partout et dans toutes les régions de la République, il devient urgent et inévitable de mettre fin réellement à leurs hallucinations par une franche et efficace prise de décision officielle de tous les responsables politiques et gouvernementaux. Faute de quoi, leur spoliation risque de s'étendre, et la déchirure de cette âme de s'approfondir davantage, au point qu'il serait difficile de la cicatriser.
En effet, plus vite cette décision officielle annihilera leur ridicule tentative de spoliation, plus vite cette déchirure éphémère se cicatrisera, et plus vite cette âme tunisienne retrouvera à l'unisson sa patience et sa quiétude psychologique pour pouvoir orienter sereinement son talent et son énergie vers le progrès et le travail utile.
Le progrès, le travail, le savoir et l'investissement intellectuel ne sont-ils pas les principes fondamentaux de l'Islam pour ceux qui sont de réels et authentiques musulmans dans leur foi et dans leurs comportements?
*(Psychologue du travail, consultant)


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