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Thèse pour une Constitution modèle faisant suite à une révolution modèle
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 03 - 2012


Par Mohamed HABIB DAHMOUNI*
«Chaque naissance est accompagnée de cris de mécontentement mais aussi de possibilités énormes de croissance».
Le propre des révolutions est de faire naître l'espoir de la naissance d'une société nouvelle sortant de la carapace brisée de la société précédente.
Dans la phase transitoire où la nouvelle carapace n'est pas encore solide, le corps social est en danger à cause des difficultés de fonctionnement, d'une part, et par la contre-révolution opportuniste, d'autre part.
Par ailleurs, ceux qui ont réussi la révolution (souvent l'Occident héberge les opposants, forme les internautes...pour mettre sous pression les régimes qui sont à sa solde, mais il a perdu le contrôle de la situation en Tunisie) ne sont pas structurés et sont encore au stade de graines à la différence des mouvements politiques et syndicaux qui ont déjà des racines et des feuilles. Aussi le copiage naïf du système démocratique à l'occidentale (qui a démontré ses limites et ses carences) aboutit à un résultat électoral qui ne reflète pas les aspirations véritables de la population.
Cela ajoute à la précarité de la situation, d'autant plus que le poids du passé et l'absence de préparation aux responsabilités font que les nouveaux élus, malgré leur bonne foi et leurs nobles intentions, finissent par fonctionner sur le modèle ancien faute d'alternative (parti au pouvoir et opposition, gouvernement bureaucratique, inertie administrative...)
Un célèbre commentateur américain a prédit que les Etats-Unis et leurs alliés, en collaboration avec certaines composantes du monde arabe, ne laisseront jamais le processus démocratique aller jusqu'au bout parce que autrement les régimes seraient incontrôlables. Même si c'est vrai (avec leurs tentatives de nous noyer dans les dettes et nous garder dans le même modèle économique) le fait est que l'on assiste à un clivage entre laïcs et religieux qui traduit un manque de maturité évident de l'actuelle classe politique.
Cette classe politique devrait se poser la question simple : «Pourquoi après avoir été les pionniers en sciences et en culture, on assiste à l'actuelle décadence du monde arabe ?»
Cette décadence a connu sa source dans la confiscation de la khilafa par un système monarchique héréditaire qui, tant que le monarque est puissant, la société connaît un essor parce que les besoins des 2 parties coïncident les uns avec les autres. Mais lorsque les rois khalifes sont devenus faibles et étroitement autoritaires, ils ont tué les libertés créatrices des premiers temps et desséché ainsi la société musulmane. Cela a donné naissance au fanatisme occidental qui a mené à la colonisation et à la naissance du fanatisme au sein de l'Islam qui devait nécessairement contrecarrer le fanatisme occidental et préserver l'indentité des citoyens musulmans. Hélas, à l'indépendance, nous avons perdu une occasion en or pour remonter la pente. D'une part, les régimes politiques ont récupéré le pouvoir, écarté les religieux et mis la religion carrément sous tutelle.
Du reste, même les syndicats et les partis politiques minoritaires qui ont travaillé pour l'indépendance ont subi le même sort, d'où la précarité innée de ces régimes.
Par ailleurs, les religieux ont continué à lutter avec les mêmes dogmes conservateurs datant de la décadence et utilisés (avec raison) pendant la colonisation pour récupérer les masses par la simple mémorisation de textes sélectionnés orientés comme pression pour faire sauter le pouvoir central.
Double faute donc de la part du pouvoir politique et des religieux alors qu'il fallait se mettre ensemble pour redresser la société et la pousser vers le développement. Dans le Coran, 750 versets recommandent l'étude des sciences, 150 versets l'étude du droit et on constate cependant que le seul Japon dispose de 10 fois plus de chercheurs que l'ensemble du monde arabo-musulman.
Il est à craindre que la chance donnée par la révolution va être perdue comme l'occasion de l'indépendance.
Est-ce que les laïcs ou les religieux ont le droit d'imposer un modèle précis à l'ensemble de la société. L'Islam est une religion qui confie le spirituel à l'individu et même le Prophète ne cesse de répéter qu'il est un simple homme et qu'il ne pouvait représenter le divin.
Le modèle occidental est en ruine puisqu'il a perdu ses valeurs humaines et tout est devenu financier et amoral. Après tout, les droits de l'Homme font partie de la morale qui est pêchée par la religion.
Par ailleurs, le Coran a dit : «Nous avons assigné à chacun de vous un code et une règle de conduite. Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous tous un seul peuple» (S. La Table V48).
Cela prouve qu'en dehors du divin qui est au-dessus des humains pour la chose publique, la jurisprudence humaine est la règle en fonction de l'évolution de la société. L'Islam n'a rien à craindre de l'Occident, il ne faut ni prendre l'accident comme modèle ni le diaboliser.
Il ne faut pas non plus chercher avec mauvaise foi le mot «démocratie» dans le Coran, c'est un mot récent qui date de quelques siècles seulement. Mai en quoi consiste un régime démocratique. C'est essentiellement ;
A/ Une structure fondamentale :
- Constitution
- Législation
- Direction
B/ Des valeurs fondamentales :
- Liberté de conscience
- Egalité des droits et des devoirs
- Liberté d'opinion.
Tout cela est permis et même recommandé par l'Islam à condition de :
- Se rappeler que l'Islam sépare entre le divin et l'humain et que personne ne peut prétendre représenter Dieu sur terre.
- Faire une lecture vivante du Coran sans diaboliser les conservateurs qui sont après tout de bonne foi, et ce, pour l'éthique, donc pour la Constitution, et pour démontrer en cette occasion historique l'universalité de préceptes de l'Islam (la 1ère Constitution élaborée le Prophète Mohamed avait comme devise: solidarité, égalité, tolérance).
- Construire des institutions civiles garantissant les droits fondamentaux et permettant aux diverses tendances de coexister tout en donnant la liberté à chaque tendance de vivre sans contrainte, car ce n'est qu'avec la conjugaison de tous les efforts que le pays d'abord (comme modèle) le monde arabe ensuite peuvent connaître un essor durable.
- S'inspirer dans la conception des institutions civiles de systèmes naturels telle que dans la proposition qui suit et qui est inspirée du corps humain.
*(Ingénieur polytechnique et chercheur)


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