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Le revers de la médaille
Reflexion : Printemps des Arts Fair Tunis 2012
Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 07 - 2012

Dans un texte intitulé Editorial et figurant dans le catalogue de l'exposition artistique Printemps des Arts Fair Tunis , du 1er 06 au 10-06-2012, M.Paolo Perrelli, directeur artistique de cette exposition, écrit :
«...La Tunisie est actuellement un réel laboratoire culturel. La mission du Printemps des Arts Fair Tunis sera principalement d'orienter les projecteurs sur cette réalité artistique en pleine effervescence et ainsi donner une visibilité aux artistes tunisiens, tant au niveau national qu'à l'étranger.
Mais ce qui nous importe le plus, c'est de mettre «l'œuvre» au centre de l'intérêt et lui donner l'occasion d'occuper un espace qui a été longtemps vacant...ajoutant une forme, une émotion, un doute et une autodétermination qui n'étaient pas là avant...»
Nous ne pouvons que nous réjouir face à ces bonnes intentions voulant rendre visibles nos artistes tunisiens dans leur environnement tant au niveau national qu'international. Toutefois, quelques propos figurant dans ce texte nous ont interpellé et nous ont imposé les questions suivantes : est-il possible d'affirmer qu'en Tunisie l'espace de l'œuvre est depuis longtemps vacant ? S'agit-il d'admettre que l'œuvre plastique, et en dépit des problèmes qu'elle a rencontrés et continue de le faire, a été absente de nos espaces culturels et de notre réalité quotidienne ?
Quelle baguette magique M. P. Perrelli peut-il avoir, lui permettant de mettre au centre de l'intérêt et dans une première, une œuvre déjà supposée absente de la scène culturelle dans cette nouvelle édition de l'exposition Printemps des arts ? Quelle forme n'existant pas avant, quelle émotion, quel doute et quelle autodétermination, va-t-il pouvoir ajouter pour atteindre son objectif ?
Propos discriminatoires et exclusifs
De tels propos figurant dans le texte éditorial et traçant la politique de la direction artistique de cette manifestation ne peuvent être que discriminatoires et exclusifs. M.Paolo Perelli semble sous-estimer tout le parcours des arts plastiques modernes en Tunisie dont l'effervescence ne date point exclusivement d'aujourd'hui mais plutôt depuis bien longtemps. Un art qui est le résultat d'un parcours de générations d'artistes, si actifs, si originaux, si enracinés et si ouverts. Y a-t-il art dans un pays donné, en dehors d'une construction et d'accumulation d'expériences s'effectuant dans le temps et dans l'espace? Non.
Les fondements de ces propos
Pour quelles raisons de tels propos ? Quels sont leurs fondements ? Quelle est la nature de cette «œuvre» désignée par l'auteur et qui est censée annoncer la naissance des arts plastiques en Tunisie ?
Dans le même texte, l'auteur ajoute, plus loin, que cette expo s'intègre dans le cadre d'un projet stratégique visant à créer une plate-forme et un repère pour l'art contemporain en Afrique du Nord. Nous comprenons désormais que cet éditorial est une annonce de l'arrivée d'un art contemporain porteur d'un genre esthétique déjà défini et voulant se substituer à l'actuelle production artistique aussi bien en Tunisie que dans tout le Maghreb. L'exposition artistique Printemps des Arts Fair Tunis 2012 en est la première étape.
Sommes-nous alors face à un art international, véritable traduction d'une mondialisation culturelle? Un art fondamentalement conceptuel et souvent éphémère, naissant des grandes ruptures des années 60 et 70 survenues aux Etats-Unis et en Europe, et devenant aujourd'hui référence aux valeurs artistiques mises en valeur par les foires et les grandes manifestations internationales, essentiellement américaines, qui jouent, comme le précise Alain Quemin, sociologue français, «un rôle de qualification des artistes. Elles font le point et donnent le ton, contribuant ainsi à la standardisation des choix, tant des professionnels de l'art que des collectionneurs» ? Ainsi, les artistes fascinés par cet art international risquent-ils de se donner à un art d'imitation, voire de singerie, pour être dans les rouages de l'avant-garde ?
L'art contemporain est une appellation usurpatrice et dénuée de sens
L'art contemporain en se définissant comme genre esthétique et en s'emparant injustement de la contemporanéité, révèle son caractère hégémonique. A ce propos, Fabrice Thuriot écrit: «Or, si l'on admet que la notion d'art intègre forcément et cumulativement celles d'esthétique et de réflexion sur son environnement et sur le monde, et si contemporain veut bien dire actuel, vivant, de son temps, alors on perçoit l'imposture de l'appropriation de la locution «art contemporain» par l'art conceptuel essentiellement. En arts plastiques, tous les genres coexistent, ce qui empêcherait normalement de qualifier de contemporain l'un plus que l'autre, sauf par usurpation comme tel est le cas actuellement».
Déjà en 1999 et dans le catalogue raisonné du Salon des Indépendants Jean Monneret, s'est opposé également à cette nomenclature:
«L'art contemporain ? Tous les artistes vivants font partie de l'art contemporain. Ce sont les artistes qui font l'art. Tous les artistes. Librement ! Or, l'Etat veut faire croire au public qu'il n'y a qu'un art digne d'intérêt, l'art dit «contemporain», c'est-à-dire l'art d'Etat».
Comme si l'installation, la performance ou l'art inculte – pour peu que la légende qui l'accompagne relève de la logorrhée – soient, à eux seuls, la suite historique, linéaire, indiscutable de la tradition artistique ...
Il en est de même pour le grand artiste contemporain, Daniel Buren, qui, en septembre 2011, et dans la revue L'Œil n'a pas hésité à confirmer l'incapacité, la confusion et la faillite de l'expression «art contemporain» :
«Contemporain» est un terme complètement dénué de sens, mais c'est l'une des trouvailles les plus performantes jamais trouvées afin d'annihiler dans l'œuf tout ce qu'un artiste pourrait présenter d'un tant soit peu neuf et dérangeant [...]».
L'art contemporain ne peut être qu'au pluriel
L'adjectif «contemporain» ne qualifie-t-il pas plutôt ce qui existe ou a existé simultanément, et surtout, ce qui a son origine à la même époque ? Ainsi l'art contemporain ne peut être considéré qu'au pluriel. Il est toutes les nouvelles démarches artistiques, confession d'expressions authentiques, différentes et créatives, relatives aux talents de personnalités individuelles issues de pays différents et de cultures différentes qui ont leur origine à notre époque actuelle et qui sont en train de se développer dans une relation de simultanéité, rendant ainsi possible les chocs, les échanges, les recherches communes et les inter-influences dans ce domaine.
Enjeu géopolitique de la culture et perspectives
Toutes les idées qui vivent en dehors de cette universalité supposée par l'art contemporain, risque-t-elle d'être considéré comme une sorte de tiers monde culturel ?
Le caractère monopoliste de l'art contemporain risque-t-il alors de mettre en péril la diversité artistique planétaire et les identités nationales? Y a-t-il là une revendication légitime, voire un combat politique pour la défense de la diversité artistique et culturelle, et la survie des pays?
Face à cet enjeu géopolitique de la Culture, quelles solutions pouvons-nous envisager ?
Conscient de la menace de l'uniformisation, culturelle et marchande, l'Unesco, dans sa Déclaration universelle de l'automne 2001, a prôné les valeurs de l'exception culturelle et a appelé à une vision humaniste des rapports entre l'économie et la création, ainsi elle a procuré à ses Etats membres l'assistance juridique et technique pour la formulation de politique nationale et de stratégie de développement des industries culturelles pour le respect du pluralisme.
La question qui s'impose alors à chaque Etat aujourd'hui est la suivante : comment pouvoir contrer une hégémonie artistique et une culture globale, et parvenir à contribuer à la construction d'une mosaïque artistique et culturelle internationale?
La réussite dans un tel projet dépend de deux facteurs:
Primo, de la capacité de chaque pays à formuler des politiques nationales et des stratégies de développement culturelles, susceptibles de participer à la promotion du statut de l'artiste, d'une part, en tant que profession, faisant partie de la sphère culturelle, d'autre part, en tant qu'acteur économique.
Secundo, de la dynamique de sa diplomatie. La diplomatie la plus réussie face à cet enjeu géopolitique de la culture n'est-elle pas alors celle qui parvient à promouvoir le plus son art et sa culture et d'établir le plus d'échange et de coopération? Un tel échange, fondé sur la tolérance, la fraternité et la reconnaissance mutuelle, est susceptible d'assurer la promotion active et nécessaire d'un dialogue universel entre les artistes du monde, et par-là entre les différentes cultures de notre planète.
Monsieur Paolo Perrelli, vos propos sont indiscutablement discriminatoires et exclusifs : permettre à l'œuvre tunisienne d'occuper l'espace qu'elle mérite à l'échelle nationale et internationale, c'est lui permettre nécessairement de contribuer avec ses différences qui ne peuvent être que conséquence de son histoire propre. Il n'y a «œuvre» que sincère et fruit d'une construction personnelle et spécifique dans le temps. Mais jamais il y a un art supérieur à un autre. Kandinsky, artiste moderne et grand défenseur de la spiritualité dans l'art, vertu qui est perdue dans les méandres de l'art contemporain, à écrit tout au début du XXe siècle : «On est amené de la sorte à constater que chaque art possède ses forces propres. Aucune de celles d'un autre art ne peut s'y substituer. Ainsi, aboutira-t-on enfin à l'union des forces de tous les arts» (Du spirituel dans l'art. Ed Médiations. P.78)
Artiste plasticien, professeur d'enseignement supérieur


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