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Justice sociale : cœur de la gouvernance ?
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 08 - 2012


Par Ezzeddine Ben Hamida*
La problématique de la justice sociale renvoie indubitablement à s'interroger sur la question suivante : les inégalités que nous observons sont-elles justes ?
La justice est un idéal qui se traduit, au regard d'un système de valeur, par un traitement équitable de chaque individu. Concrètement, si un individu transgresse une loi ou un règlement, il est juste donc qu'il soit puni.
La justice sociale est un idéal se traduisant par des principes qui précisent ce qu'est une répartition équitable (juste) des ressources matérielles ou symboliques (revenus, biens et services, honneur) d'une société. La justice sociale consiste donc à définir ce qui doit être distribué, comment, et à qui ?
Dans les sociétés modernes, le débat de fond oppose ceux qui font confiance au marché (la loi de l'offre et de la demande) pour répartir des ressources rares et ceux qui ne fond pas confiance au marché et souhaitent par conséquent une intervention, une action correctrice, de l'Etat. Friedrich Von Hayek (1899-1992) économiste autrichien ultralibéral (prix Nobel d'économie en 1974), désapprouve catégoriquement le concept de «justice sociale» car l'intervention de l'Etat, d'après lui, se traduit forcément par une réduction des libertés individuelles. De plus, l'action redistributive de l'Etat, qui se manifeste par des prélèvements excessifs, pénalise l'offre (l'entreprise) et donc la croissance. En somme, la justice sociale s'opposerait à l'efficacité économique. Les keynésiens, qui contestent une telle approche, estiment que les inégalités sociales excessives justifient une action redistributrice des pouvoirs publics afin de réduire les inégalités de revenus. L'augmentation des revenus des ménages les plus pauvres par la redistribution, certaines prestations sociales (prestation familiales, aides au logement...) et services rendus par les administrations publiques (gratuité de l'école, médiathèques ...), favoriseraient la croissance par le biais de la consommation et donc la demande. Dans cette optique, contrairement à la première approche, justice sociale et efficacité économique iraient de pair.
Ces dernières années, ce débat s'est renouvelé particulièrement grâce aux travaux de John Rawls (philosophe et politologue américain) et Amartya Sen (philosophe et économiste indien).
1/ Le libéralisme égalitaire de John Rawls : l'équité comme fondement
Dans la Théorie de la justice publié en 1971, John Rawls soutient qu'une société est juste si elle respecte à la fois un principe de liberté (civique et politique ainsi que celle d'être propriétaire), un principe d'égalité de chance (tous les individus ont le même droit d'accéder à une position sociale) et un principe de différence (interdiction d'une inégalité qui se ferait au détriment des plus défavorisés). Le premier étant supérieur au second, qui est lui-même supérieur au troisième.
Une société juste, au sens de John Rawls, est une société qui accorde à chaque individu les mêmes libertés et les mêmes droits d'accéder aux différentes positions sociales et qui, ensuite, distribue les autres biens valorisés de façon à maximiser la situation des plus défavorisés. Il en ressort que les inégalités sociales sont toujours injustes lorsqu'elles portent sur les libertés fondamentales et sur le droit d'accéder aux positions sociales, mais elles sont justes lorsqu'elles bénéficient aux plus défavorisés. Concrètement, à titre d'illustration de ce dernier point, l'augmentation du revenu d'un cadre dirigeant d'une entreprise n'est juste que si elle permet l'amélioration de la situation de l'entreprise et, indirectement, des augmentations de salaires ou des embauches ; elle est injuste si elle est la contrepartie d'une baisse des salaires ouvriers ou de licenciements.
John Rawls justifie une redistribution des revenus qui bénéficierait aux plus défavorisés : personnes âgées et ménages pauvres. C'est ainsi qu'il introduit la notion « d'équité » dans le débat social. Celle-ci désigne un principe selon lequel chaque individu doit être traité de façon spécifique selon la situation dans laquelle il se trouve: exemple de la «discrimination positive» aux Etats-Unis. L'«équité» s'oppose donc à l'«égalité», qui est un principe affirmant que chaque individu doit être traité de façon identique. Toutefois, cette opposition est fictive, l'équité visant ici à se rapprocher de l'égalité réelle.
2/ L'approche d'Amartya Sen : la «capabilité» comme principe
Dans son ouvrage fondamental Repenser l'inégalité (éd. Seuil, 2000), Amartya Sen considère qu'une société juste est une société qui permet à tous les individus de choisir réellement leur mode de vie : c'est le principe de « capabilité ». Celle-ci étant une liberté réelle qu'a un individu de choisir une façon de vivre dans une situation donnée.
Cependant, les individus sont par nature différents les uns des autres, que ce soit par le sexe, l'âge, les aptitudes générales ou le milieu social. Il ne suffit donc pas d'accorder un même ensemble de libertés à tous les individus, la faiblesse des revenus étant un obstacle à l'accomplissement des choix. Il ne suffit pas non plus d'accorder un même revenu à tous pour garantir une même liberté. Une personne handicapée a besoin évidemment de plus de ressources matérielles qu'une personne valide pour acquérir une même liberté réelle.
En conséquence, la justice sociale consiste à accorder à tous les hommes les mêmes libertés, les mêmes droits, mais aussi une «égale liberté d'accès aux moyens externes et aux aptitudes personnelles grâce auxquelles une personnes peut mettre en œuvre ses libertés».
Il est donc juste de construire des logements sociaux pour les personnes mal logées, d'accorder une couverture maladie aux ménages défavorisés et de faciliter l'accès des lieux publics aux handicapés. Mais aucune théorie de la justice sociale ne peut dire quelle mesure est prioritaire. C'est une affaire de choix politique.
*(Professeur de sciences économiques et sociales)


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