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Les œuvres sculptées et peintes de Najet Gherissi: A la tôle, comme à la toile
Bâtisseurs de l'imaginaire
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 05 - 2010

Il nous faut savoir prendre du recul, dans notre métier de journaliste, et c'est ce que nous avons fait. Prendre un bon bol d'air durant la journée et, le soir venu, «faire son examen de minuit», comme le disait Baudelaire. On ne peut pas, tout le temps, être à sa fenêtre et se regarder passer, en même temps, dans la rue, sans faire l'usure de ce dédoublement de la personnalité. Le persona, c'est le masque, c'est-à-dire ce qui cache le vrai visage, comme dans les tragédies de Sophocle ou d'Euripide.
Nous revenons, donc, à cette rubrique : «Bâtisseurs de l'Imaginaire» après, comme l'avait fait à travers son film Roger Vadim: «Le repos du Guerrier».
Depuis trente-cinq ans que nous décryptons ces milieux d'artistes — ils sont très, très nombreux aujourd'hui (ce qui est un signe de vitalité et de progrès, voyez du côté du Printemps des Arts), nous n'avons eu de cesse de les encourager à aller de l'avant, en explorant tous ces espaces gagnés, ou terre sans fin réelle de leur imaginaire.
Les peintres, bien sûr, mais aussi les autres : les graphistes des techniques les plus diverses et les plus évoluées érigées en œuvres d'art raffinées et d'une grande noblesse, ainsi que, grâce aux technologies nouvelles, les infographistes les plus surprenants !
Le grand hiatus cependant, c'est que, après Hédi Selmi, Hechmi Marzouk, Zoubeïr Turki, Kostantini Bel Haj Taïeb et quelques autres, l'art de la sculpture et, encore moins, celui de la statuaire n'ont jamais vraiment (re)pris racine ou évolué. A travers la nouvelle génération, nous avons quand même perçu quelque désir de transgression dans ce métier, de loin le plus visible à travers les diverses strates de notre passé lointain — M'hamed Hassine Fantar vous le dira —, s'interdire de «figurer» là où nous avions des traditions exemplaires — et toujours enviées —, dans nos modèles architecturaux, de l'art de la statuaire, de la mosaïque et de la tapisserie (le margoum), art cinétique par excellence qui a influencé Vasarely et consorts et même de notre langue tunisienne, ce «dialecte» conglomérat de celles de nos riverains de la Méditerranée et qui ont, durant les années soixante-dix-quatre-vingt, fait les beaux jours du théâtre tunisien dans la langue de nos… indigènes.
Alors, pourquoi s'interdire de «figurer» — non pas des images pieuses — dans un pays où des milliers de générations d'«artistes-artisans», soldats de l'ombre et de la lumière, ne signaient leurs œuvres que par le style reconnaissable grâce à leur savoir-faire.
Dans la rubrique de ce jour, nous vous présentons, chers lecteurs, Najet Gherissi, à travers ses sculptures monumentales toutes en bleu outremer, ainsi que ses «tableaux», des tôles «chalumeaunées» et peintes et qui iront faire leur mostra, à la mairie d'Aix-en-Provence, du 14 au 26 juin prochain. Analyse que voici.
Les œuvres sculptées de Najet Gherissi, depuis ses débuts, dans les métaux, le fer et l'acier, ont toujours été impressionnantes de par leurs dimensions hors norme, leurs formes curieuses, humaines ou animalières et souvent propices au rêve et à l'onirisme, comme dans l'univers de Jérôme Bosch. Enfin, de par leur couleur unique et quasi mystique, comme dans l'œuvre d'Yves Klein : le bleu, mais le «bleu outremer» qui rappelle les origines profondément méditerranéennes de cette artiste qui n'a pas fini de faire parler d'elle.
Pourquoi? Eh bien parce que, déjà, rares aujourd'hui sont les adeptes de la sculpture ou de l'art de la statuaire en Tunisie, alors que l'on voit, encore si bien préservées dans les musées et les sites archéologiques, des œuvres souvent anonymes accomplies par des «soldats de l'ombre» et de la lumière, durant les ères punique, carthaginoise et romaine.
Ensuite parce que Najet Gherissi est une femme, parmi de rares femmes et parmi de rares sculpteurs de la gent masculine, et que de ce corps menu et frêle puisse à ce point se dégager tant de force, d'énergie et d'humeur, légère ou intempestive, à faire voler en éclats ce concept plutôt castrateur d' «interdit figuratif» en terre d'Islam, d'images taillées et d'objets d'adoration en 3D projetant leurs ombres sataniques ! Faut-il rappeler que toute l'œuvre sculptée de cette artiste est, en soi, le résultat d'un brassage de civilisations dont a hérité, depuis les temps les plus immémoriaux, cette terre d'Ifriqiya, petite par sa géographie mais immense par ses richesses patrimoniales multiples et diversifiées de par leurs origines.
L'imaginaire de Najet Gherissi est conforme à l'esprit de notre temps, curieux de tout, plein de fantaisie comme l'est l'humeur de notre époque remuante, fluctuante et changeante. Comme l'est la Méditerranée, cette mare nostrum qui a mal à son identité ou, plutôt, à ses identités de plus en plus sectaires, ou nombrilistes, obscurantistes ou en totale déperdition.
Le fait, aussi, que cette artiste passionnée et inventive ait fait de la scuplture son cheval de bataille, loin des facilités de la représentation virtuelle des technologies nouvelles, est en soi un acte de sincérité en art, encourageant par là même de jeunes recrues ou adeptes de ce métier encore inexploité et où le génie de la manu-tention est encore capable d'entrer de plain-pied dans la modernité. Les adeptes de l'Ecole de Nice, Arman, César, Tinguely, Klein, Nivèse, auraient sûrement apprécié le talent de cette artiste pour ses «images taillées» dans le fer et qui n'ont rien à voir avec ces notions d'un autre temps. Ceci, sans oublier les sculpteurs modernes irakiens, dignes héritiers de la plus célèbre civilisation au monde : la Mésopotamie.
Les rares mécènes de la new wave, dans ce grand Tunis, mécènes de plus en plus branchés, sont devenus des accros des sculptures bleues de Najet Gherissi. Ce sont des patrons ou des représentants de grosses boîtes internationales qui les affichent maintenant dès l'entrée de leurs sièges aux allures futuristes.
Chalumeau et acrylique sur tôle
Il faut savoir aussi que Najet Gherissi dessine et peint. Du moins, ce travail préparatoire entre esquisse et peinture, sur le papier ou la toile, lui a-t-il servi d'abord et avant tout à réaliser ses sculptures.
Le fait nouveau, dans son parcours, actuellement, est qu'elle s'est mise à l'idée de naviguer a contrario, du moins pour un temps, guidée par son propre instinct. Celui, non pas de délaisser la sculpture, mais de revenir à la peinture tout en respectant la tradition des métaux et, notamment, les «toiles» d'acier. Ainsi, l'artiste s'est-elle mise à la tôle comme s'il s'agissait d'une toile ? Elle s'est appropriée la «feuille» de tôle comme support à une peinture où c'est le chalumeau qui va servir de crayonné ou de dessin pour la gent animalière (moutons, vaches…) ainsi que les scène de la vie quotidienne à Tunis, desquelles l'artiste s'inspire pleinement avec humour, tendresse et poésie. C'est en quelque sorte un travail en à-plat et, cette fois-ci, les sculptures de Najet Gherissi ont plus ou moins perdu de leur tridimensionnalité.
Dans son atelier de la banlieue nord de Tunis, les hauteurs de «Mégara» qui ouvraient, jadis, l'œuvre romancée de Gustave Flaubert, nous sommes un peu surpris, d'abord, par un certain désordre qui y règne : entre les sculptures bleues, majestueuses, ainsi que des travaux en fer forgé. Un design de sommier à l'italienne, des cadres en motifs floraux et divers bibelots métalliques qui représentent, un peu, le gagne-pain quotidien de l'artiste.
Et puis, dans un autre coin, voici les «feuilles» d'acier. Des tôles étamées, forées au chalumeau-fusain, découpées, soudées et peintes enfin. Les tableaux métalliques ont trouvé des vocations picturales saisissantes.
Des hommages à Cézanne et à Picasso. Aux Demoiselles d'Avignon. L'artiste n'a pas froid aux yeux. Elle peint comme on brûle le métal ou on tranche dans le vif du métal, comme s'il s'agissait d'une chair animale. L'œuvre «chalumeaunnée» d'abord, sent bien l'odeur âcre et particulière du métal : celle du combustible à forte chaleur pour percer dans la matière, parfois écorchée avec des rébus laissés pour compte et en épaisseur ce qui nous renvoie encore à la troisième dimension. Et puis, posée sur une table métallique, une palette carrée de grand format où s'agglutinent les couleurs acryliques, le temps de les poser, en à-plat sur les tôles déjà dessinées et y revenir, par couches successives, pour leur donner ces vibrations chromatiques. Ce sont des plaques carrées ou rectangulaires de moyens et grands-formats qui servent de peinture. Et point besoin de chevalet. Accoudées, elles-mêmes à d'autres métaux ou sculptures qui règnent dans l'atelier, et les toisant du regard, la peinture ? Elle est instinctive. Des portraits de femmes, des nus exécutés d'une manière gestuelle, d'une manière primitive ou naïve selon le contexte. L'atmosphère, l'ambiance, tout est à voir dans cette société humaine où plus rien n'est à voiler. L'œuvre peinte est loufoque à plus d'un titre. Elle ne montre rien de ces particularismes qu'on voudrait d'ici, même s'ils nous rappellent aussi les femmes au bain, au hammam (comme dans le film de Boughedir). C'est une manière de faire de la provoc quand on prend une peinture de chevalet… pour ce qu'elle n'est pas. Ce que disait d'ailleurs Magritte à propos de son œuvre La Pipe‑! A la toile de lin s'est substitué le métal. Y mettre de la couleur ? «Elle résiste à toutes les intempéries», nous dira l'artiste. «Même dans les parcs, jardins et plages». Un bel entracte, dans tous les cas, pour ces plaques-peintures qui vont aller faire leur mostra du 14 au 26 juin prochain à la mairie à Aix Provence (y compris les sculptures bleues).
Ce sera, pour nous, Tunisiens, et à travers l'œuvre de Najet Gherissi, une façon de souligner encore notre présence à cette mère-mer : la Méditerranée.


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