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Corps social, corps-vitrine
Avis du psy
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 02 - 2010


Mais d'où vient donc cette focalisation accrue sur l'apparence ? Pourquoi nous n'acceptons plus notre identité physique telle qu'elle est ? Pourquoi changer ce qui nous a tant distingués d'autrui et opter, par-dessus le marché, — et dans certains cas — pour des figures stéréotypées, voire standardisées ? Pour répondre à ces questions fondamentales, le recours à l'avis d'un psychologue s'impose. Selon le Dr Radhia Halouani, psychologue, le souci de l'apparence traduit automatiquement le soi, le souci du bien-être, de se sentir valorisé, admiré par l'autre, voire reconnu. «Il est vrai que ce besoin devient de plus en plus insistant, une réalité justifiée par plusieurs facteurs. La société moderne est, en effet, caractérisée par un environnement social nouveau qui tire la balance du côté de l'individualisation. Ce nouveau contexte place d'emblée l'individu dans une situation de concurrence, une situation qui l'incite à œuvrer plus efficacement pour s'affirmer dans la communauté», explique le Dr Halouani. Et pour parfaire cette tâche, il faut bien user d'outils. Le physique se présente alors comme un objet parmi tant d'autres, «une vitrine de soi» dans une société de consommation. L'embellissement du Paraître ne se limite en effet plus aux vêtements, mais aussi à ce qui est extra. «Le corps devient, désormais, un corps social, un corps soumis à l'appréciation sociale. Le look constitue aussi un moyen, plus une matière à vendre. La jeunesse devient également un objet vendable. Nous parlons de plus en plus du marché du corps», renchérit notre psychologue. Environnement social, mais aussi consommation de produits nouveaux, qui envahissent les médias et que l'on doit consommer. Le Dr Halouani rappelle que le principal but de la publicité consiste à atteindre le psychisme, à l'influencer et à susciter chez lui le besoin de consommer. Pour mieux s'intégrer donc dans l'environnement social, réussir à être reconnu dans une société de plus en plus exigeante, les Tunisiens recourent aussi bien aux produits de beauté, de rajeunissement mais aussi à la chirurgie esthétique. Les femmes rachètent leur jeunesse pour satisfaire un besoin psychologique, celui sans doute d'être en forme pour mieux affronter l'état social. «Les personnes qui recourent à la chirurgie esthétique sont surtout celles plus sensibles que les autres, celles fragilisées par l'âge, par le dépaysement, par le handicap peut-être. Ceux qui vivent mal leurs corps sont des personnes qui souffrent d'une perturbation du schéma du corps, de son image. Bien que cette perturbation soit inconsciente, elle demeure inhérente à la psychologie, à l'estime qu'on porte sur soi. Et il suffit parfois d'un évènement déclencheur pour faire ressortir le besoin tant refoulé de se sentir reconnu», explique le Dr Halouani. Et la mode dans tout cela ? Pourquoi les jeunes de nos jours préfèrent-ils transformer leur physique pour ressembler à telle ou telle star ? Ce choix ne trahit-il pas un problème psychologique plus consistant ? La spécialiste répond par «non», «car, précise-t-elle, les jeunes, notamment les adolescents, sont en pleine quête de leur image du corps,d'une image du corps, d'un schéma du corps qu'ils espèrent le plus sécurisant que possible. Cela traduit, également, une volonté accrue d'affirmer son identité sexuelle ce qui est tout à fait normal dans cette phase de leur existence».

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