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Plus alarmiste mais plus précis
Cinquième rapport du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (Giec)
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 04 - 2014

Les craintes des experts confirmées et les incertitudes réduites
Publié en trois volets, le 5e rapport du Giec, réseau des experts scientifiques sur le Climat, vient confirmer les craintes des experts signalées précédemment et diminuer les doutes et les incertitudes. A la lumière de ce rapport, les experts internationaux sont en effet plus pessimistes et les pronostics selon lesquels le réchauffement climatique serait dû aux activités humaines a atteint, dans ce rapport, la barre des 95% de chance. «Auparavant, les experts travaillaient sur des éléments généraux et globaux; cette fois, le travail a été effectué par région», explique le scientifique et écologiste français Gilles Lemaire, ajoutant que le Giec ne publie jamais un rapport si ce dernier n'est pas adopté à l'unanimité par les gouvernements. Autrement dit, le monde entier est d'accord sur le fait que les activités de l'homme sont effectivement responsables de l'augmentation de la température de la Terre et de la dégradation de la vie sur cette planète mais personne ou presque ne veut tenter de changer les choses, c'est-à-dire les modes de production industrielle et agricole, de consommation et d'exploitation des ressources naturelles, ainsi que les modes de vie, des modes polluants et énergivores.
831 rédacteurs, 2000 pages et 1250 schémas et graphiques
Le premier volet du 5e rapport du Giec, rendu public le 27 septembre 2013, a présenté l'état des lieux du réchauffement climatique. Le second volet, publié le 30 mars 2014, a exposé les conséquences, déjà observables, du réchauffement climatique et les risques attendus. Le troisième volet, le plus récent, publié le 13 avril 2014, est une synthèse générale destinée aux seuls décideurs avec les recommandations des experts. Le rapport de 2000 pages et 1250 schémas et graphiques du Giec est le résultat d'un travail colossal réalisé par un réseau de milliers de scientifiques à travers le monde. Ainsi, ce 5e rapport publié par le Giec depuis sa création en 1988, sous l'égide du Programme des Nations unies pour l'Environnement et de l'Organisation météorologique mondiale, a mobilisé 831 rédacteurs pour l'élaboration des deux premiers volets et 235 rédacteurs de 57 pays pour la synthèse (30 pages). Dans ce rapport, les experts confirment les grandes conclusions du précédent rapport de 2007 et présentent une meilleure estimation de certains indicateurs relatifs à l'avenir du climat. Ceci revient à dire que depuis un siècle et demi, la température de la Terre a augmenté de 0,85° et que cette augmentation est de +2,2% par an entre 2000 et 2010. «Les trois dernières décennies sont probablement les plus chaudes depuis au moins 1.400 ans», indique le rapport. D'où une fonte de plus en plus rapide des glaces (banquise arctique, calottes du Groënland et péninsule antarctique) et une hausse accrue du niveau de la mer. Par ailleurs, «les concentrations actuelles de gaz à effet de serre (GES) sont sans précédent depuis 800 mille ans en termes de valeurs et de tendances».
Réchauffement de +2°C = - 2% de revenus annuels mondiaux
Les résultats de l'étude des impacts du Giec ne sont guère plus optimistes. Les scénarios étudiés, au nombre de deux, sont alarmants. Le rapport indique que les risques seront considérables dans le cas d'un réchauffement de 1 à 2°c : perte de 0,2 à 2% des revenus annuels mondiaux car il y aura moins d'eau pour l'agriculture, davantage de pauvreté et de conflits. Et dans le cas où le réchauffement atteindrait 4%, les conséquences seront encore plus désastreuses (extinction d'importantes espèces, insécurité alimentaire...). En conclusion, le rapport précise que si l'on continue à produire autant de GES, dès 2030, on dépassera les +2°C de réchauffement. Dans le cas échéant, les sacrifices seront encore plus importants et la consigne du Protocole de Kyoto de diviser par 4 à 6 les émissions de GES d'ici 2050 ne sera plus suffisante. Le rapport précise qu'au-delà de +2°C de réchauffement, les réductions des émissions de GES devront atteindre 40 à 70% à l'horizon 2050 et 100% à la fin du XXIe siècle.
Gilles Lemaire explique que diviser les émissions de GES par 3, c'est revenir au niveau de vie énergétique des années 60. Ce qui revient à dire : si la communauté internationale ne se mobilise pas à temps, pour le temps qui reste, les populations du monde entier devront tôt ou tard retourner au bœuf et à la charrue, avec la famine en sus. Pour l'écologiste activiste français, ce scénario n'est même pas envisageable et «si les gouvernements ne font rien pour éviter le pire, c'est aux populations civiles de se mobiliser et de faire pression sur les gouvernements afin de sauver ce qui peut encore être sauvé». Et Gilles Lemaire d'évoquer le mouvement Alternatiba, une mobilisation populaire dans différents pays d'Europe pour voir émerger 10, 100 voire 1.000 villages des alternatives, autrement dit des projets plus ou moins importants pouvant contribuer au changement des modes de vie et des mentalités. Cela, en prévision de la 21e Conférence des Parties (COP21) qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Lors de cette COP21, des décisions devront être arrêtées à propos des engagements à prendre pour la période 2020-2030, sachant que les précédentes COP se sont toutes soldées par un échec : le non-respect des recommandations par les pays. Alternatiba est un membre partenaire du Collectif pour une transition citoyenne. La Coordination européenne des Alternatiba a été créée à Nantes le 22 février 2014. Gilles Lemaire n'exclut pas la possibilité de voir émerger des Altenatiba tunisiennes et rejoindre le réseau européen dans le cadre d'un mouvement populaire mondial pour sauver la planète Terre. Le dynamisme de la société civile tunisienne après la révolution laisse penser, en effet, que les associations et organisations engagées dans la protection de la nature et la préservation de l'environnement ne resteront pas les bras croisés face à autant de risques et d'inertie des gouvernements.


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