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La Tunisie est irrémédiablement féminine
Fête nationale de la femme
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 08 - 2014

Et en tant que telle, cette nymphe fantasque est l'objet de toutes les contradictions : les pieds ancrés dans le sable, elle a la tête perdue dans les flots et offre son ventre fécond à tous les vents du large, qu'ils soient porteurs de tempêtes ou de gloire
Imprévisible, changeante, capricieuse, dévouée, généreuse, courageuse, bouleversante, révolutionnaire, conservatrice, fidèle, inconsistante, cette terre callipyge est celle de tous les contrastes, mais aussi de toutes les merveilles. Et sa constante, le fil rouge qui sous-tend son histoire, lui donne sa cohérence, sa lisibilité, et son harmonie, est, bien sûr, la femme tunisienne.
Femme de bure ou femme de soie, elle déroule, hiératique, le fil des civilisations. Elle a humanisé les grottes, foulé les marbres des palais, glissé sur les grèves argentées, sillonné les sentiers de montagne, parcouru les déserts dont on ne revient jamais. Elle a pris le maquis, porté la guerre, lutté contre l'envahisseur, récompensé le vainqueur et consolé le vaincu. Elle a gardé les maisons, les enfants, les villages, les traditions, les usages, perpétuant la mémoire et conservant intact le fil de la pérennité. Amazone ou courtisane, mendiante ou princesse, diablesse ou déesse, fille de roi, ou fille de gueux, elle a façonné un peuple dont elle est la mère, la servante, la reine et la pythie.
Elyssa, La Kahena, Sophonisbe, Jazia, Tanit, Aziza Othmana, Sayda El Manoubia, Arwa la Kairouanaise, Om El Banine, qui créa l'université de Fez, ces femmes sublimes d'exigence et d'orgueil, bouleversantes de courage et de dévouement, ont pour fils Hannibal le conquérant, Magon l'agronome, Himilcon le coureur des mers, Saint Augustin le sage, Darghouth Raïs l'audacieux, Aboulkacem Chebbi le poète, Kheireddine le réformateur, Tahar Haddad qui les a si bien comprises
Et pour petits-fils, ce Tunisien à nul autre pareil, à qui elles ont appris à plier sans jamais rompre, à assimiler les invasions sans les repousser, à transformer les défaites en victoires, à souhaiter la nouveauté sans renier la filiation, à respecter la sagesse tout en professant un épicurisme tranquille.
Ces femmes de Tunisie ont façonné leur destin, créé des civilisations, modelé l'avenir. Mais avant tout, et pour toute éternité, elles sont les gardiennes du foyer, les déesses Lares, mères nourricières qui alimentent le feu et protègent les hommes du froid et de la faim.
Elles sont les lieux du savoir et du passage, et il est peu d'espaces de notre quotidien que leurs mains n'habitent pas. Car ce qui n'est pas fait par elles est fait pour elles.
Femmes du bout des doigts
Si Georges Duhamel chantait les potiers poètes de Djerba, c'est que personne ne lui avait parlé des potières magiciennes de la Tunisie profonde. A Sejnane, à Kasserine, à Sidi Bouzid, à Tabarka, à El Hamma, des femmes, qui ne se sont jamais rencontrées, liées par on ne sait quelle atavique mémoire, moulent des formes similaires. Sans jamais avoir réussi à l'expliquer, les anthropologues, stupéfaits, voient renaître, dans ces cellules rurales isolées des voies de communication, les poteries néolithiques, inchangées. Elles ont cédé la poterie tournée et vernissée aux hommes et continuent à modeler, sécher et cuire ces formes archaïques, séculaires et primitives. Avec les mêmes gestes, venus de la nuit des temps, la « malassa », ou potière, travaille à plein ciel, cuit ses poteries sur la même tabouna où elle fait son pain, la polit avec un galet ou un coquillage.
Ces femmes de glaise et d'argile ont inventé leur propre iconographie, à base de harkous, d'ocre rouge ou de jus de lentisque, vernis à la bave d'escargot pour illuminer un quotidien aride où le partage du pain et du sel est une des règles d'or.
Quant à l'autre, la poterie tournée et vernissée dont les hommes réclament l'exclusivité, ce n'est qu'une exclusivité toute relative puisqu'elle est faite pour les femmes, pour leur usage domestique ou l'embellissement de leur intérieur.
Femmes de bure ou femmes de soie
Protéger sa famille du froid et des intempéries est une autre mission dévolue à la femme. Dans les patios des villes, comme dans les « houchs » des campagnes, elles tissent donc leur quotidien, Pénélopes patientes, à leur métier attachées. Qui leur a appris la façon de blanchir la laine, d'équilibrer la trame, de doser le subtil mélange de laine, de poil de chameau ou de chèvre ? Qui leur a donné les secrets de ces teintures végétales, garance ou indigo, dont elles sont les dernières à posséder la maîtrise ? Qui encore leur a transmis les subtilités de ces motifs prophylactiques, animaux ou végétaux qu'elles seules savent décrypter et reproduire les yeux fermés sur les tapis, les tentures, les couvertures, les châles...
Mais au-delà de la nécessité viennent le rêve et l'imagination. Et la laine sage s'enrichit de toute la créativité de ces femmes que Tertullien accusait de coquetterie. Mais est-ce une erreur que de vouloir sublimer leur quotidien de fils de soie et de coton ? Que de vouloir, sur leurs métiers, raconter des histoires que les petites brodeuses ne savaient exprimer avec des mots. La Tunisienne, qu'elle soit rurale ou citadine, est une magnifique conteuse. Et les châles qu'elle brode, du nord au sud du pays, les voiles qu'elle enrichit, les soies tissées par les hommes, mais rebrodées par elle de fils d'or et d'argent, de paillettes et de canetilles, les volutes, les arabesques, les passementeries, les galons sont de véritables peintures à l'aiguille. La profusion des couleurs, la complexité des compositions, la sophistication des motifs, l'harmonie de l'ensemble font de la broderie tunisienne un art complet, une peinture gracieuse et une mélodieuse partition. Et de celles qui les portent de somptueuses idoles, reines en majesté.
Le repos de la guerrière
Quand toutes les batailles ont été gagnées, quand elle a pourvu au bien-être des siens, quand le quotidien a été maîtrisé, alors vient le temps de la séduction et de la parure.
En ces termes-là, la Tunisienne est l'héritière sophistiquée de la Capsienne qui, déjà, enfilait des coquillages sur des liens de cuir, de la Phénicienne, fille d'Elyssa, qui avait inventé le miroir, et porté au plus haut degré le sens de la parure, de l'Andalouse raffinée et de l'Ottomane pour qui l'esthétique était un code de vie. Aussi est-ce au creux des médinas ombrées, secrètes, discrètes, chatoyantes, bruissantes et parfumées, dans leurs dédales et mystères, que se cache un art de vivre féminin par excellence. Protectrices et sereines, ces médinas sont le domaine privilégié des femmes. Elles leur offrent le secret de leurs ruelles et le mystère de leurs patios, l'ombre de leurs claustras et la lumière de leurs terrasses. Complices de leurs rêves innocents et de leurs escapades fantasques, elles recèlent, dans de sombres officines, des parfumeurs magiciens qui connaissent les secrets millénaires des alliages du musc et de l'encens, de l'ambre et de la civette, du bois de Comores et du benjoin, du oud et du jasmin.
Ces médinas accueillent également, dans les souks les plus anciens, le meilleur ami de la Tunisienne, l'orfèvre-Vulcain qui martèle, cisèle, grave et repousse pour elle de somptueuses parures d'idoles qu'aucune modernité n'a réussi à abolir. Depuis la nuit des temps, l'or et l'argent constituent, pour la femme de Tunisie, une valeur refuge et une valeur symbole : assurance pour les mauvais jours, le bijou est également un objet signe qui parle le langage que lui ont transmis les traditions séculaires. Plus que partout ailleurs, il dira qui est celle qui le porte : fille du sud profond, bardée de parures massives, au tracé puissant, au stylisme épuré. Native des îles où se croisent les influences historiques et géographiques et où l'on trouve la trace des sultans ottomans des deux continents et des deux mers. Femmes du Sahel, qui sont les dernières à arborer ces bijoux émaillés d'origine andalouse et dont on a perdu le secret. Mais il dira aussi son appartenance à une Méditerranée où tout est signe et symbole, où le poisson, la main de Fatma, le scarabée, le signe de Tanit, se retrouvent et se chevauchent sur les poteries, les tentures, les broderies, les bijoux, tout ce qui relève de l'univers féminin.


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