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Voilà pourquoi je déteste Bourguiba, Ben Ali et tous ceux qui ont brisé mon avenir
Réforme du système éducatif
Publié dans La Presse de Tunisie le 06 - 10 - 2014


Par Souheïl MESTIRI
Notre pays, la Tunisie, se caractérise par la pauvreté qui touche quelques millions de personnes. Il y a des familles qui manquent de tout. Leurs habitations se distinguent par l'exiguïté. Le nombre des parents analphabètes est inimaginable. Le nombre des jeunes qui n'ont aucun encadrement dans leurs études est colossal. D'après les journaux, près de 20.000 jeunes quittent chaque année le système scolaire.
L'indigence et le dénuement obligent beaucoup de jeunes à quitter l'école pour travailler, afin d'aider leurs familles. Faire n'importe quel emploi est, parfois, indispensable pour faire face aux besoins de la vie quotidienne.
Regardons la réalité bien en face : la pauvreté ne facilite pas la reprise des études. Le baccalauréat lettres est basé sur huit épreuves; pour y arriver, le jeune a besoin de cours particuliers de la part d'au moins trois professeurs; donc, il ne peut pas affronter l'examen du baccalauréat et les frais nécessaires sont au-dessus de ses moyens.
Lorsque le gouvernement avait créé, en 1964, l'Institut Bourguiba des langues vivantes, beaucoup de jeunes s'étaient dit que c'est une chance propice et favorable pour la reprise des études. Il suffit de se spécialiser dans une seule et unique langue vivante. Nombreux sont les jeunes qui s'étaient inscrits aux cours du soir de la langue française ou de l'anglais. Ils ont, malheureusement, obtenu un diplôme qui ne permet pas d'avancer cycle après cycle comme recommandé, à maintes reprises, par l'Unesco. Bourguiba avait créé un diplôme que lui-même ne reconnaissait pas. Voilà un fruit de la licence en droit de Bourguiba, de sa compétence, de 58 ans d'indépendance et des droits de l'Homme en Tunisie.
Bourguiba avait étudié le droit à La Sorbonne à Paris, une excellente université. Ce qui est certain, c'est qu'on lui avait enseigné les droits de l'Homme, matière indispensable, laquelle traite, notamment, du droit à l'éducation. Les aspects de l'éducation sont nombreux et les situations des êtres humains diffèrent d'un citoyen à un autre. Bourguiba avait interdit l'accès à l'enseignement supérieur à tous ceux qui ne sont pas titulaires du baccalauréat. Cet interdit de la part de Bourguiba a, pour moi, l'interprétation suivante : «Pour t'autoriser à t'inscrire à la faculté des Lettres, je t'oblige à étudier huit (8) matières. Tu dis que tu es dans l'impossibilité d'étudier huit (8) matières; eh bien, tes difficultés ne me concernent pas et je me fous de ta situation et de ton avenir. Tu dis que tu veux poursuivre l'étude de l'anglais uniquement et que tu as une moyenne convenable, similaire à celle des élèves de la 7e année de l'enseignement secondaire. Je te répète que je m'en fous. Dis ce que tu veux, moi, chef de l'Etat tunisien, je ne reconnais que le titre du baccalauréat; je n'entre pas dans les petits détails». Voilà, c'est une image réelle de la dictature pernicieuse et novice de Bourguiba. Ben Ali et beaucoup d'autres responsables ne reconnaissent pas le droit du citoyen d'étudier une seule langue vivante et d'y poursuivre sa formation, cycle après cycle, conformément aux recommandations de l'Unesco.
Les huit (8) matières du baccalauréat permettent d'acquérir une culture générale. L'étude d'une seule langue vivante est intrinsèquement liée à la lecture, laquelle donne, aussi, une culture générale. Faisons une comparaison entre un analphabète, totalement ignare et un citoyen profondément instruit dans une seule et unique langue vivante. C'est criard, la différence entre les deux citoyens est colossale.
Les victimes des erreurs de Bourguiba, de Ben Ali et de leurs congénères se comptent par centaines de milliers dans le domaine de l'éducation uniquement. On ne peut pas en vouloir à Bourguiba et Ben Ali ; ils souffraient de la folie des grandeurs, ne se critiquaient jamais, n'acceptaient aucune critique et ne voulaient pas entendre les citoyens sous prétexte qu'ils savaient diriger le pays. Bourguiba, Ben Ali et leurs congénères ne savent que décider. Que leurs décisions soient justes ou uniques, ils s'en foutent totalement. Briser la vie des gens de la classe laborieuse ne les dérange nullement. Et dire que l'on nous rappelle, à tout bout de champ, que la Tunisie est le pays de la loi et des institutions. Comment faire confiance à Bourguiba (32 ans de pouvoir) et Ben Ali (23 ans de pouvoir), des présidents qui ont autorisé la pratique de la torture pendant 55 ans, plus d'un demi-siècle ?
A l'heure où j'écris ce papier, j'ai devant moi l'Internet et le CV de Thomas Edison (11 février 1847 - 18 octobre 1931), un inventeur, un scientifique, un technologue et un industriel, une fierté pour les USA. Sa compétence est rare sur la planète terre. Il n'avait étudié que pendant trois mois à l'école primaire ; il avait été renvoyé parce que son instituteur le considérait comme un hyperactif stupide car il se montrait trop curieux, posait trop de questions et n'apprenait pas assez rapidement. C'est sa mère qui lui donna l'instruction nécessaire et fit tout son possible pour le convaincre des bienfaits de la lecture. C'est ainsi qu'il devint avidement féru des livres, ce qui lui donna une culture générale très vaste. Son esprit de recherche lui a permis de devenir un des inventeurs les plus importants du globe terrestre avec 1.093 brevets. De plus, il créa General Electric Company, une puissante entreprise qui a son poids sur la scène internationale. En 1881, l'exposition internationale d'électricité de Paris qualifia Thomas Edison de «symbole international de la modernité et du progrès scientifique». Toutefois, il me semble que pour Bourguiba, le merveilleux Thomas Edison ne vaut rien. Il n'avait ni certificat d'études primaires, ni baccalauréat, ni licence en droit.
Le baccalauréat n'a pas étés créé par Dieu. Le baccalauréat n'a été énoncé ni dans la Thora, ni dans l'Evangile, ni dans le Coran. Le premier verset du Coran, révélé par Dieu, ordonne aux êtres humains de s'instruire. Le développement de ce commandement de Dieu et la mise en relief de tous les aspects de l‘éducation peuvent remplir un livre d'au moins cent (100) pages.
Etudier une seule langue vivante constitue un droit indiscutable et inaliénable juridiquement reconnu par l'Unesco. Organiser l'étude d'une seule langue vivante, cycle après cycle, est une obligation pour le gouvernement et elle s'inscrit dans les droits de l‘Homme. De 1964 à 2014, une période de cinquante (50) ans s'est écoulée, un demi-siècle. Du moment que le diplôme des cours du soir de Bourguiba School n'a aucune valeur permettant la poursuite des études, il suscite les constats suivants:
a. Le baccalauréat tunisien de lettres est basé sur, apparemment, huit (8) épreuves. Ce nombre est un 1er paramètre.
b. Le niveau pédagogique des épreuves est celui de la 7e année de l'enseignement secondaire, la classe terminale. Ce critères est un 2e paramètre.
c. L'examen du baccalauréat lettres comprend une (1) seule épreuve écrite d'anglais, laquelle, en cas de succès, permet au bachelier de s'inscrire dans le département d'anglais de la faculté des Lettres.
d. Parlons raisonnablement et logiquement : comme réforme du diplôme des cours du soir de Bourguiba School, je sollicite de votre haute bienveillance de le faire baser, sur :
– Huit (8) épreuves écrites d'anglais ou de français ou d'arabe selon la branche d'étude de l'élève des cours du soir : ce nombre est égal au total des épreuves du baccalauréat lettres, et un niveau pédagogique des épreuves égal à celui de la 7e année de l'enseignement secondaire; le même que celui du baccalauréat lettres.
– Ce qui est certain, c'est que ces deux (2) paramètres seront approuvés par tous les responsables parce qu'ils concrétiseront le principe de l'égalité des chances dans notre pays, de même, ils symboliseront une application juridique correcte du droit de l'Homme à l'éducation.
– Ce diplôme doit être ouvert à tout le monde, aussi bien aux élèves des cours du soir de Bourguiba School, que ceux fréquentant les écoles privées de langues vivantes ainsi que les autodidactures qui bûchent seuls.
– Cette idée que je viens de suggérer constitue une chance d'instruction et de rachat pour ceux qui ont interrompu leurs études, font face aux difficultés, aux tracas et à la pénibilité découlant de la pauvreté, de l'indigence et sont intéressés par l'étude d'une seule langue vivante.
– Se préparer à faire face à huit (8) épreuves écrites d'anglais ou de français ou d'arabe, exige de la part du candidat beaucoup de sérieux, des efforts continus, beaucoup de concentration et un esprit pondéré. C'est son affaire.
– Le principe de l'égalité des chances en matière d'éducation a fait l'objet de plusieurs lois dans les pays occidentaux. Il constitue un rêve et une aspiration légitimes de tous les citoyens et, en particulier, ceux des classes laborieuses.
Un fondement d'égalité entre tous les candidats : toutes les épreuves écrites de langue arabe ou de langue française ou de langue anglaise doivent avoir pour base un même programme et un même livre d'étude que ceux de la 7e année de l'enseignement secondaire lettres, la classe terminale.
Etudier une seule et unique langue vivante ne veut pas dire être en droit de changer, plus tard, de branche d'étude et de s'orienter vers la sociologie, les sciences économiques, la médecine ou l'informatique.
Le droit d'étudier une seule et unique langue vivante et de poursuivre les études cycle après cycle dans cette unique langue vivante, est une aspiration légitime de tous les raisonnements logiques.
Le fait d'étudier une seule et unique langue vivante éloigne le jeune de la délinquance et de la violence. Donc, la société en est bénéficiaire.
Les huits (8) épreuves écrites suggérées représentent un moyen indiscutable pour séparer le bon grain de l'ivraie. La moyenne des notes obtenue à l'examen montrera la capacité du candidat dans la langue étudiée.
Ma suggestion n'exige aucun investissement de la part du gouvernement. On peut requérir de chaque candidat le paiement préalable de 50 dinars, destinés à couvrir les frais du papier nécessaire aux huit (8) épreuves ainsi que le paiement des frais de surveillance et de correction des épreuves.
Cette réforme doit être concrétisée par un texte réglementaire n'exigeant qu'une demi-page ou une page tout au plus. La préparation de ce texte ne requiert pas plus d'une semaine. Le droit à la poursuite des études doit figurer sur le diplôme.


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