Ooredoo Night Run by Xiaomi célèbre sa 5e édition et lance les inscriptions (Album photos)    En vidéo : Ooredoo Night Run by Xiaomi célèbre sa 5e édition et ouvre les inscriptions    Le drame occulté des Tunisiens morts "pour la France" durant la Première Guerre mondiale    Faut-il priver nos jeunes des réseaux sociaux?    Soupçons d'abus sexuel dans un jardin d'enfants : l'établissement contraint à la fermeture    Ramadan 2026 : horaires des pharmacies en Tunisie    Samsung Zero Trust : Leader dans le domaine de la sécurité mobile pour les entreprises    Hyundai Tunisie organise la troisième édition de l'initiative solidaire 'Couffin du Ramadan'    Ministère de la Santé : le vaccin dTCa devient obligatoire pour les femmes enceintes    Météo en Tunisie : temps partiellement nuageux sur l'ensemble du pays    Logement social : quand pourra-t-on s'inscrire au programme «Location-Vente» ?    Perturbations climatiques : le Ramadan pourrait ramener vents et pluies fortes    La Douane tunisienne lance un nouveau système d'information d'ici fin 2026    Tunisie en liesse à Dubaï : nos héros paralympiques enchaînent l'or et l'argent    La pratique enseignante pour l'éducation scientifique et le paradoxe de «l'innovation sans changement»    Moez Echargui brille à Pau et vise les demi-finales !    Epson Atmix annonce une nouvelle unité de production de poudres d'alliages amorphes    Casa Tarab, les Nuits musicales du Ramadan 2026, reviennent dans une 5ème édition au Théâtre Cléopâtre à Gammarth    Offre Saint-Valentin: 40 % de réduction sur vos vols nouvelair    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    Météo Tunisie : vents violents jusqu'à 100 km/h et pluies orageuses    Tunisie lance un appel d'offres international pour 50 000 tonnes d'orge    Du donnant-donnant en milieu académique: entre coopération éthique et dérive clientéliste    Fierté tunisienne : Ridha Mami ouvre un département arabe et islamique au Mexique    Le diplomate tunisien Mohamed Ben Youssef nommé à la tête de l'Institut culturel Afro-arabe    Raoua Tlili et Yassine Gharbi remportent 2 médailles d'argent aux Championnats internationaux de Fazza de para-athlétisme 2026    La danse contemporaine à l'honneur au Festival des Premières Chorégraphiques à Tunis et Sfax (Programme))    Elyes Ghariani - La doctrine Donroe: le retour brutal de l'hégémonie américaine    Changement à la tête de l'ITES : Kaïs Saïed démet le directeur général    Sous la surface: un voyage dans les abysses, royaume de la pression    La Galerie Saladin propose l'exposition Les 12 Art'pôtres de Carthage    Décès du Dr Badri Mimouna après une répétition théâtrale    Les taekwondoistes tunisiens dominent le classement de la Coupe arabe juniors avec 8 médailles    Magna Mater: La Grande Déesse de retour à Zama (Album photos)    L'Université de Tunis El Manar et l'Université japonaise d'Hiroshima signent un accord de coopération    Mondher Msakni: L'orfèvre    Israël intensifie sa politique d'annexion et de colonisation en Cisjordanie    Un pays arabe bloque Roblox pour protéger les enfants    La Tunisie à Ajaccio et à Bordeaux    Salon national des arts plastiques: des talents à promouvoir (Album photos)    Etude de cas - Venezuela: Anatomie d'une opération spéciale, l«Absolute resolve»    Ramadan 1447 en Arabie Saoudite : voici quand débutera le jeûne et l'Aïd al-Fitr    Le Conseil européen de la fatwa fixe la date du début du Ramadan    Nizar Chakroun fait rayonner la littérature tunisienne avec le Prix Naguib Mahfouz    Trump 2.0: l'avènement de l'Etat-entreprise et la recomposition de l'ordre mondial    Sidi Bou Saïd menacée par les glissements : comment protéger la colline ?    ATMEDIA lance la première session de formation sur l'intelligence artificielle pour les journalistes    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Cinquante ans dans un journal
Rencontre — Jelila Hafsia raconte ses instants de vie
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 04 - 2015

Elle est pétrifiée d'émotion, lorsqu'elle reçoit, un jour par la poste, une réponse de Simone de Beauvoir...
Sous un soleil resplendissant qui annonce déjà l'été, un public est venu nombreux à la rencontre de Jelila Hafsia, samedi dernier à l'Agora. Si c'était uniquement pour passer un moment avec notre Jelila nationale, cela aurait suffit, mais, la militante à longueur de vie, la journaliste et écrivaine nous a gratifiés, en plus, du tome 6 de ses « Instants de vie »*, le dernier-né de la série chronique familière qu'elle publie depuis 2007. L'ambiance intimiste de cette cérémonie de présentation et dédicace de livre a été doublée par le charme de l'espace hôte, foisonnant de vie et de verdure de la belle cité qui surplombe la mer, La Marsa.
Mohamed Ali Okbi, cinéaste et maître des lieux a été le premier à rendre hommage à celle qui « a marqué nos vies », celle qui a su transmettre son goût pour la culture et l'amour des gens, « d'ailleurs on n'allait pas à un lieu, mais chez Jelila, l'espace était chez elle, l'espace était elle » se souvient-il, reconnaissant. Jelila Hafsia est, comme tout le monde le sait, une pionnière dans le domaine. Depuis les années 1960, elle a été la première femme tunisienne, directrice de maisons de culture, club Tahar Haddad à la place pasteur, la maison de culture Tahar Haddad à la médina, et l'espace Sophonisbe à Carthage.
Neïla Jrad, universitaire, militante et écrivaine, s'est chargée de présenter le livre et un pan de vie de l'auteure, de 1988 à 1992, en ces termes : « Ce Journal intime que Jelila Hafsia a tenu scrupuleusement, presque au jour le jour pendant plus de 50 ans, il faut reconnaître que c'est une performance, s'inscrit dans une tradition littéraire, le journal, peu usitée dans notre pays et dans le monde arabe en général. Sous cet angle, il constitue une innovation littéraire qu'il serait intéressant d'analyser ». Et une source inestimable d'inspiration et d'informations pour les historiens, les cinéastes, les romanciers...Des indications ici et là tracent la relation privilégiée, quasi fusionnelle qu'entretient Jelila avec son ouvrage et l'écriture. Elle écrit à ce propos : « Je ne peux plus me passer de ce journal. Il est mon refuge, une sorte de canne depuis tant d'années. Ce journal m'a aidée à mieux supporter mes moments de grande lassitude, les journées difficiles, mes émotions. Ecrire est un remède efficace ».
En prenant le micro, Jelila Hafsia, avec son tact habituel et son bagout, remercie tout le monde « ceux qui l'ont accompagnée depuis toujours, ceux qu'elle a vu grandir, travailler, se marier ». Elle parle de son dernier ouvrage, un témoignage poignant et un miroir de vie qui reproduit des journées vibrantes d'événements, résumées en trois phrases, mais parfois plusieurs pages n'arrivaient pas à les contenir. Elle transporte son lecteur, en observatrice et actrice avisée, du récit d'une époque au domaine privé, qu'elle fait découvrir par touches et avec pudeur « un ami, une amie se reconnaîtra ».
Différente, et elle l'assume
Pendant les longues années Ben Ali, les années Kitch. Cette fameuse période « plate comme un trottoir de rue » dirait Emma Bovary, où le beau, l'art et la culture dérangeaient, Jelila Hafsia, n'étant pas une femme accommodante, a été inlassablement importunée. Ceci explique cela.
Pourtant, à l'époque de Bourguiba, bien que bourguibiste et ne s'en cachant pas, elle n'était pas, non plus, du côté du système. On disait d'elle « toute la gauche est chez Jelila, par la suite, ce sont les islamistes qui vont chez Jelila », racontait-elle amusée.
En fait, les parias, les stigmatisés pour leurs idées, pour leur différence, ceux que le conformisme politique et social chassait, trouvaient refuge chez elle. Sa magie opérait partout, à Tunis, à Londres, à Paris. Là où elle va, Jelila compte des ami(e)s et non des moindres. Elle n'avait pas de moyens pour les prendre en charge, plusieurs sont venus à leurs frais pour animer des rencontres avec le public tunisien. Elle parle du philosophe français, Michel Foucault, qui lui disait, « ne prends pas de taxi, là ou tu es je viens te chercher », ses amis français étaient étonnés, nous dit-elle, un brin fière.
La force de cette femme qui représente, à elle seule, l'exception tunisienne, c'est d'avoir su, pu imposer un mode de vie libre et indépendant : « j'ai compris que le mariage n'est pas pour moi. Mariée, je n'étais pas bien, je ne savais pas pourquoi, et ce n'était pas la faute de mes compagnons ». En revanche, elle est pétrifiée d'émotion, lorsqu'elle reçoit un jour par la poste, une réponse de Simone de Beauvoir à une lettre qu'elle lui avait écrite, « elle m'a écrit, j'étais changée, j'avais le regard lumineux ». Enfin, elle tient le bon bout.
Pour tout cela, Jelila Hafsia représente beaucoup. Elle a creusé son chemin avec la ténacité des bâtisseurs, sans se fatiguer, parfois seule et contre tout. Ceux et celles qui ont tenté de la suivre à la trace, avec toutefois moins d'audace et plus de compromis, lui disent aujourd'hui merci.
Jelila Hafsia, Instants de vie, chronique familière, Tome VI, 1988-1992, imprimeries Boussaa, janvier 2015.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.