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Béchir Ben Yahmed: Tunisie, une guerre non assumée
Publié dans Leaders le 09 - 07 - 2015

En parlant de «guerre contre le jihadisme », nous entretenons l'illusion d'une guerre conçue et menée par nous contre les jihadistes. En réalité, ce sont les jihadistes qui nous ont déclaré la guerre, qui la mènent contre nous selon des règles qu'ils observent, ou n'observent pas. Un peu partout, ils sont à l'offensive, et nous sommes dans la situation de ceux qui subissent. Les jihadistes choisissent leurs cibles et agissent sans états d'âme. Comment savoir, si on ne les a pas infiltrés, où et qui ils frapperont demain ? Que risquent-ils d'autre que de perdre les hommes et les femmes dont ils ont fait leurs exécutants zélés? Pourquoi se soucieraient-ils de les perdre, puisqu'ils en trouvent d'autres aussitôt, en nombre presque illimité ? Il y a une semaine, le 26 juin, ces jihadistes ont ciblé la Tunisie pour la deuxième fois en moins de cent jours, plus précisément son tourisme, plus précisément encore les touristes européens qui s'y trouvaient à leur portée. On a plaint la Tunisie et les Tunisiens, frappés au Musée du Bardo, en mars, et de nouveau, en juin, dans un hôtel de touristes à Sousse. On a dit sa compassion à un pays sur lequel les jihadistes semblent s'être acharnés et où, en deux attaques, ils ont fait 60 morts et une centaine de blessés : plus qu'en Egypte, plus qu'au Maroc, beaucoup plus peuplés.

On a dit et redit de cette Tunisie qu'elle était l'un des pays les plus menacés par le jihadïsme, qui y dispose d'un vivier de terroristes internes d'autant plus redoutables qu'ils sont jeunes, éduqués et insoupçonnés : ils ont surpris tout le monde, au Bardo et à Sousse, ont choisi leurs victimes et ont froidement tué. La Tunisie a en outre pour voisin, au sud, la Libye, où la centrale du jihadisme qu'est Daesh dispose de l'un de ses plus importants relais : ceux qui ont frappé la Tunisie, y compris ces terroristes de l'intérieur nourris en son sein, s'y arment, s'y entraînent et y préparent leurs actions. Le jihadisme a donc précipité la Tunisie dans la guerre. Mais tout se passe comme si ce petit pays, où il est si agréable de vivre, n'en avait pas pris conscience : la Tunisie n'a pas encore assumé la guerre que le jihadisme lui a déclarée. Il y a une semaine, lors du massacre de Sousse, il a été révélé aux Tunisiens et au monde que la Tunisie ne dispose ni des moyens gouvernementaux ni même des institutions nécessaires pour lutter contre le terrorisme. Tout se passe comme si l'avertissement du Bardo n'avait servi à rien et qu'aucune mesure sécuritaire digne de ce nom n'en avait découlé. Le jeune jihadiste qui est passé à l'acte à Sousse, Seifeddine Rezgui, n'a pas été repéré et empêché d'agir. Mais, plus grave, il a disposé de beaucoup de temps et d'une grande latitude pour tuer sans susciter de riposte et n'a été éliminé, au lieu d'être capturé, qu'une fois sa mission accomplie. Un tel laxisme a suscité l'étonnement de tous les observateurs, et leur jugement sur l'inaction et l'impréparation des autorités tunisiennes est accablant. Du bout des lèvres, ces dernières ont reconnu leurs défaillances, mais elles ont botté en touche : « Seule, la Tunisie n'y arrivera pas », ont-elles déclaré. Elles auraient été mieux avisées de reconnaître plus nettement encore que ne l'a fait le président de la République qu'elles auraient dû faire beaucoup mieux. Dans sa guerre défensive contre le jihadisme, la Tunisie doit, comme le Maroc, l'Algérie, l'Egypte ou la France, confrontés à la même équation, compter d'abord sur elle-même et se dire : ce n'est pas comme cela que nous y arriverons.
Ni après l'attentat qui a visé le Musée du Bardo ni même après celui de Sousse on n'a pris les sanctions qui s'imposaient. Qui a démissionné ? Qui a été révoqué ? Ceux qui ont fini par être sanctionnés sont-ils, à leur niveau, les vrais coupables ? Il est permis d'en douter. L'Etat, le gouvernement et la société elle-même doivent comprendre qu'ils sont en guerre, qu'il y a péril en la demeure. Et qu'il faut changer de mode de vie et de comportement. Leurs services de sécurité ? Leur armée ? Ils sont à la hauteur de la tâche et n'ont besoin que d'être renforcés, encore mieux équipés et surtout bien commandés. Ayant vécu successivement deux secousses, celle du Bardo et celle de Sousse, les Tunisiens ont senti que leur jeune démocratie et le gouvernement qu'elle a mis en place manquaient de souffle, de vision et même d'un programme d'action. Ils en sont arrivés à réclamer plus d'autorité et même à chercher... un sauveur. . Au-delà même de la conjoncture, la situation générale de la Tunisie incline au pessimisme.
1. Son tourisme, frappé de plein fouet, était déjà malade, mais tout indique qu'il survivra en évoluant : les touristes européens qui ont déserté le pays seront remplacés par les Algériens, qui ont annoncé leur arrivée en masse dès la fin du mois de ramadan, dans quinze jours.
2. On ne dira jamais assez le mal durable qu'a fait au pays la troïka au pouvoir entre 2012 et 2014, dirigée par les islamistes d'Ennahdha. Ces derniers ont fait passer dans le rouge les principaux indicateurs de l'économie et, bien plus grave, ont permis aux salafistes de prendre racine en Tunisie : c'est parmi ces derniers que se recrutent les terroristes de l'intérieur du type Seifeddine Rezgui.
3. J'adhère au diagnostic de mon ami Radhi Meddeb : « Politiquement, le navire vogue sans cap. Socialement, les inégalités n'ont jamais été aussi fortes, les relations sociales aussi tendues, les nerfs de tous autant à fleur de peau et le sentiment d'injustice autant partagé. Economiquement, des secteurs entiers sont au bord de l'effondrement : le phosphate est à l'arrêt mais personne ne s'en émeut, le textile va très mal, les industries mécaniques et électriques perdent de leur compétitivité, les investissements directs étrangers se détournent, le tourisme agonise et le drame de Sousse risque de lui porter l'estocade.
4. Les finances publiques sont en crise structurelle profonde et durable. Les entreprises publiques, les banques publiques, les caisses de retraite sont en grande difficulté, sinon pour certaines en situation de faillite déguisée. ».
Béchir Ben Yahmed
JEUNE AFRIQUE


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