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Vers un boycott mondial des universités israéliennes?
Publié dans Leaders le 05 - 11 - 2015

343 professeurs des Universités britanniques ont décidé de boycotter les institutions académiques israéliennes pour protester contre les violations intolérables des droits humains commises par Israël contre le peuple palestinien. Mardi 27 octobre, ils ont fait paraître sur une pleine page dans The Guardian, un placard intitulé : « Un engagement des savants britanniques en faveur des droits du peuple palestinien ».
A l'heure où les soldats israéliens se muent en « procureurs, en témoins, en juges, en bourreaux et prononcent sur le champ des sentences de mort à l'encontre de tout Palestinien» (Amira Hass, Haaretz, 3 novembre 2015) comme a été exécutée, le 22 septembre 2015, la jeune Hadil al-Hashlamoun, âgée de 18 ans, arrosée par une impitoyable pluie de balles alors qu'elle était à quatre mètres des soldats du check point installé à l'entrée de la vieille ville d'Hébron, les universitaires du Royaume Uni s'engagent et s'expliquent.
Une première et un engagement majeur
« Nous n'accepterons pas, dit ce texte - signé par des savants exerçant dans les universités anglaises et galloises - d'invitations à nous rendre dans les institutions académiques israéliennes, nous refusons d'évaluer les travaux de leurs membres et nous ne participerons pas à des manifestations organisées ou financées par ces institutions ». Et de conclure : « Nous sommes profondément perturbés par l'occupation illégale des terres palestiniennes, par les violations intolérables des droits humains infligées à toutes les couches du peuple palestinien et à son évidente détermination de résister à toute forme de colonisation ».
Le professeur Jonathan Rosenhead, de la très célèbre London School of Economics (LSE), parlant au nom de ses collègues signataires, affirme que les universités israéliennes sont « au cœur des violations par Israël de la loi internationale et de l'oppression du peuple palestinien ». Il ajoute : « Ces signatures ont été recueillies en dépit des pressions exercées contre ceux qui critiquent l'Etat d'Israël. Maintenant que l'invitation est rendue publique, nous nous attendons à recueillir encore plus de signatures. L'oppression exercée par Israël à l'heure actuelle à l'encontre des Palestiniens a poussé des dizaines de milliers d'entre eux à faire des protestations de masse dans les rues. Ce qui a provoqué un changement radical dans les attitudes envers Israël à travers toutes les universités du Royaume Uni».
Quant au Dr Rachel Cohen, de la City University (Londres), elle explique ainsi son engagement : « Il incombe à ceux qui ont la liberté d'agir d'exercer leur liberté pour soutenir nos collègues dans les universités palestiniennes qui eux, ne jouissent pas d'une telle liberté. L'Etat d'Israël se présente comme un fondateur éclairé des activités académiques et pourtant il refuse systématiquement aux universitaires palestiniens et à leurs étudiants l'exercice de libertés fondamentales telle la liberté de mouvement nécessaire pour prendre part aux conférences académiques internationales ou tout simplement pour donner leurs cours à l'heure ».
De son côté, le professeur Malcolm Levitt, membre de la prestigieuse FRS*, enseignant la chimie à l'Université de Southampton, donne les raisons de son engagement : « Des décennies durant, Israël a joui d'une protection et de privilèges spéciaux malgré le fait que l'occupation et la politique de colonisation sont manifestement illégales. Ce statut privilégié a leurré Israël et l'a conduit dans une impasse avec des conséquences qui deviennent de jour en jour apparentes pour tout un chacun. Face au silence et à la complicité de nos représentants élus, les individus doivent exercer, autant qu'ils le peuvent, des pressions. Cet engagement me permet, en ma qualité d'universitaire, de collaborer avec des Israéliens, individuellement, comme l'exigent les meilleures traditions scientifiques alors que j'oppose une résistance déterminée aux tentatives des institutions israéliennes pour normaliser leur complicités dans des activités grossièrement illégales et injustes ».
Cet engagement pour la Palestine de la part de tout ce que le pays compte comme savants des meilleures universités britanniques a fait immédiatement réagir David Quarrey, l'ambassadeur de Sa Majesté en Israël, et a fait sortir de ses gonds l'ambassade de l'Etat sioniste à Londres.
Cette initiative des universitaires britanniques a en effet de quoi ébranler et inquiéter ces ambassadeurs, leurs gouvernements et les soutiens d'Israël.
Il s'agit en fait d'un pas nouveau et décisif dans le développement d'un mouvement mondial pour rendre Israël et ses institutions responsables des violations de la loi internationale et de la discrimination exercée contre les citoyens palestiniens. Par le passé, des textes nombreux et forts, critiques vis-à-vis de la politique d'Israël, ont été signés par de nombreux universitaires. Mais c'est la première fois que les signataires s'engagent personnellement à boycotter les universités d'Israël.
Rappelons qu'en février dernier, 1000 artistes en Grande Bretagne ont appelé au boycott d'Israël (Cultural Boycott Pledge) à l'initiative de la nouvelle organisation « Artists for Palestine UK » et exprimé leur soutien au peuple palestinien (Lire aussi sur le site de LEADERS en date du 19 novembre 2013 la déclaration du cinéaste Ken Loach).
Comment les universités israéliennes tordent le cou à la loi internationale:
1. Le Technion, l'Institut de Technologie d'Israël, a mis au point un bulldozer automatisé, à des fins militaires, destiné à la destruction des maisons palestiniennes. Cet établissement a créé une technologie spéciale pour détecter les tunnels que les Palestiniens utilisent pour briser le siège illégal et inhumain imposé à la bande de Gaza qu'Israël veut faire « revenir à l'âge de pierre ».
2. L'Université Ben Gourion conduit des recherches ayant pour finalité le maintien et l'aggravation de la discrimination actuelle dans le système de distribution de l'eau qui fournit aux colons un accès quasi illimité à l'eau alors que les Palestiniens ne bénéficient que d'un mince filet et que la Cisjordanie possède la plus importante nappe phréatique de Palestine. C'est pourquoi, en 2011, l'Université de Johannesburg (Afrique du Sud) a mis fin à un projet de recherche sur l'eau avec l'Université Ben Gourion.
3. Un institut dépendant de l'Université de Tel Aviv est responsable de ce qu'on appelle « la doctrine de la force disproportionnée » qui a permis à l'armée israélienne de planifier ses agressions contre des infrastructures civiles à Gaza en 2008-2009 et en 2014. Des crimes de guerre ont alors été commis.
4. L'Université hébraïque de Jérusalem a participé à la confiscation des terres palestiniennes puisqu'elle s'est agrandie en territoire palestinien occupé. Certains logements pour ses étudiants sont mêmes situés dans des colonies israéliennes illégales. (Lire Shlomo Sand, « Comment la terre d'Israël fut inventée », Champ Histoire, Paris, 2014).
Le boycott des universités israéliennes est déjà à l'œuvre dans plusieurs pays comme l'Espagne, la France, les Etats Unis… Nul doute que l'engagement des 343 universitaires britanniques catalysera ce mouvement au moment où l'on déplore « l'exécution », au cours du mois d'octobre, par la soldatesque israélienne de 69 Palestiniens manifestants pour leurs droits et contre la colonisation à Jérusalem et en Cisjordanie.
Nul doute que ce que donne à voir actuellement les terribles images des médias sociaux rallieront ceux qui ont une conscience et le sens de la dignité humaine à des démarches semblables à celle de ces universitaires. Gideon Levy écrit sous le titre « le processus de déshumanisation atteint un sommet» : « Sur les médias on peut voir à Hébron un colon armé, coiffé, bien sûr, de la kippa, regardant amusé et rieur le corps d'un Palestinien dont le sang coule de la tête. Le sang se répand sur la chaussée et le colon joyeux prend des photos avec son téléphone pour les montrer aux enfants quand il rentrera chez lui”. (Haaretz, 4 novembre 2015).
Mohamed Larbi Bouguerra
*Membre de la Royal Society de Londres fondée en 1660, équivalent par exemple de l'Académie des Sciences en France, fondée elle, six ans plus tard en 1666.


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