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2 000 détenus tunisiens en Italie: Qui s'en occupe ?
Publié dans Leaders le 10 - 04 - 2017

Rome – De l'envoyé spécial de Leaders, Taoufik Habaieb - Au fond de sa cellule doublement verrouillée par cette nuit hivernale, Samir, 27 ans, est rongé par les remords, livré à son angoisse, abandonné à son sort. Condamné à une longue peine de prison pour vol et trafic de drogue, il ne compte plus les jours qui lui restent à purger et ne sait plus sur qui compter. Sa famille est bien loin en Tunisie, incapable d'obtenir un visa et de se payer des frais de voyage et de séjour pour lui rendre visite. Sa concubine l'a fui. Quant au consulat de Tunisie, il n'en connaît pas les coordonnées. Il ne lui reste plus qu'à choisir entre l'Eglise qui lui apporte de menus secours et quelque réconfort et «les frères» qui l'accablent, avant de lui «offrir la rédemption», c'est-à-dire l'enrôlement.
Comme Samir, ils ne sont pas moins de 2 016 autres Tunisiens, dont 13 femmes, à croupir dans les prisons italiennes. En France, on compte officiellement au moins 1 000 détenus tunisiens, hors les binationaux qui sont recensés en tant que citoyens français. Non sans surprise, on découvre des ressortissants tunisiens écroués dans des pays très éloignés, comme le Brésil, le Japon ou l'Australie. Le recensement officiel par les services consulaires relevant du ministère des Affaires étrangères vient juste d'être relancé. Celui des cas «suivis» par le réseau des attachés sociaux dépêchés à l'étranger par l'Office des Tunisiens à l'étranger qui, lui, relève du ministère des Affaires sociales, est très partiel. (Lire les dernières statistiques officielles obtenues par Leaders).
Entre assistance judiciaire et accompagnement social, qui s'occupe de quoi ? Avec quels effectifs et quels moyens ? Sur la base de quel manuel de procédures et quel système de reporting périodique ? Dans cet imbroglio institutionnel et administratif tunisien, Samir et ses semblables souffrent de l'oubli et de l'isolement qui se traduisent à la longue par un profond ressentiment d'être délaissés par tous. Ou presque!
Une première: les portes de la prison s'ouvrent à Leaders
Nommé ambassadeur de Tunisie à Rome, Moez Sinaoui a reçu des instructions fermes du président de la République : s'occuper tant des relations bilatérales que de la communauté tunisienne, avec une attention soutenue pour les Tunisiens en situation difficile. En visite officielle, début février dernier, dans la capitale italienne, Béji Caïd Essebsi n'a pas manqué de s'en enquérir. La brèche était ainsi ouverte à Leaders pour demander le soutien de l'ambassade auprès des autorités italiennes afin d'obtenir l'autorisation de rendre visite à des détenus tunisiens en prison. Mission quasi impossible, surtout avec les récentes restrictions sécuritaires très fermes. L'appui de l'ambassadeur a fini par nous faire ouvrir les portes de la plus grande prison, celle de Ribibbia, au nord-est de Rome, photographe compris (Lire «Voyage au cœur de Ribibbia»). Rencontrer des prisonniers face à face, en toute liberté, selon cependant un manuel de conduites à respecter, les écouter raconter leur abîme et recueillir leurs doléances vous secoue profondément. (Lire les interviews).Pourquoi en sont-ils arrivés là ? Comment pourront-ils s'en sortir ? Qui les sauvera de la récidive et de la radicalisation, première étape du recrutement des terroristes ?
La fabrique des Anis Amri
Anis Amri, ayant emprunté au départ un parcours identique à celui de nombre de détenus tunisiens en Italie, il a fini abattu à Milan, après avoir commis l'horrible attentat contre un marché de Noël, le 15 décembre dernier, au cœur de Berlin, qui a fait 12 morts et causé un grand préjudice à l'image de la Tunisie et des Tunisiens. Lui aussi avait embarqué clandestinement en 2011 pour l'Italie (fuyant une condamnation pour consommation de drogue). Lui aussi avait transité par Lampedusa et réussi à s'établir en Sicile. Lui aussi a sombré dans la violence et la criminalité, écopant une peine de 4 ans de prison. Lui aussi a été abandonné à son sort et est devenu une proie facile pour les recruteurs de Daech. On connaît le résultat. Malgré toute l'assistance que les autorités tunisiennes peuvent apporter aux détenus tunisiens à l'étranger, un seul cas délaissé pourrait devenir une véritable bombe terroriste. Les conséquences seront alors bien lourdes pour tous.
Qui sont les détenus tunisiens?
Le profil générique des détenus tunisiens à l'étranger est édifiant. Il s'agit pour la plupart de jeunes âgés de 20 à 35 ans, issus des quartiers populaires de la capitale, Tunis, ou d'autres villes, et de familles aux maigres ressources de subsistance, ayant quitté l'école primaire à un âge précoce. Particulièrement en Italie, nombre de ces détenus sont arrivés en émigrés clandestins, ont obtenu des permis de séjour, voire —pour quelques-uns— la nationalité italienne. En France, les ressortissants tunisiens issus de la deuxième génération - et à présent de la troisième - sont à prendre en considération.
Mais, un peu partout dans le monde, et en dehors des délits d'entrée illégale sur le territoire, la majorité des condamnations est essentiellement pour trafic de drogue, parfois en cumul avec d'autres affaires de violence, vols et escroquerie.
«Exportatrice de terroristes», la Tunisie, qui en a pâti lourdement, risque ainsi de devenir également un pays pourvoyeur de trafiquants de drogue, n'hésite-t-on pas à dénoncer dans nombre de capitales. Plus encore, sous le sceau de l'anonymat, certains officiels déplorent ce grand nombre de détenus tunisiens qui encombrent leurs prisons, souffrant déjà de surpopulation carcérale et augmentant les coûts de détention, en plus des risques sécuritaires post-libération.
Qui s'en soucie directement en Tunisie? Que fait-on au juste pour endiguer ce fléau ?
Revoir toute la stratégie, concevoir un nouveau dispositif
Si, depuis les premières années de l'indépendance, l'action consulaire relève du ministère des Affaires étrangères, l'encadrement social est assuré par le ministère des Affaires sociale à travers l'Office des Tunisiens à l'étranger (OTE). Pour y donner une marque d'attention particulière, certains chefs de gouvernement sont allés, depuis la révolution, jusqu'à nommer auprès du ministre des Affaires sociales un secrétaire d'Etat chargé de l'Emigration et des Tunisiens à l'étranger. Houcine Jaziri (Ennahdha) en sera le premier titulaire sous la Troïka dans les gouvernements Hamadi Jebali, puis Ali Laarayedh (2011-2014). Il entamera un bon travail. Mehdi Jomaa fera l'impasse sur ce département ! Habib Essid y désignera Belgacem Sabri (indépendant, 2015-2016).
Lui emboîtant le pas, Youssef Chahed essayera d'innover en plaçant, pour la première fois, ce poste auprès du ministère des Affaires sociales. Sans parvenir pour autant à lui rattacher l'OTE. Du coup, avec cette dichotomie, on n'est pas sorti de l'auberge. Même s'il n'y a pas, du moins publiquement, conflit d'architecture, la synergie est loin d'être parfaite, malgré les efforts des uns et des autres. Aux dernières nouvelles, apprend Leaders, un décret de rattachement aux Affaires étrangères est en cours d'élaboration, à la demande de la Kasbah. Est-ce suffisant ?
En cinq ans, le ministère des Affaires étrangères a vu son budget fondre (0.63% du budget de l'Etat en 2017), les nouveaux recrutements gelés et les départs à la retraites remplacés pour la moitié seulement. Au siège comme dans les 78 postes diplomatiques et consulaires à l'étranger, les effectifs totaux ne dépassent guère 1 200 agents et diplomates. L'OTE n'en est pas mieux loti. S'il faut élaborer une nouvelle stratégie, il est nécessaire de la doter des effectifs et du budget nécessaires.
Dans l'obscurité de sa cellule, Samir, la voix nouée et le cœur serré, ne veut pas perdre espoir. Il attend, du moins, la lueur du jour... porteuse de bonnes nouvelles.


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