Justice-Clan Ben Ali: Six ans de prison ferme à l'encontre de Leila Trabelsi et Nessrine Ben Ali    Tunisie-Maroc: Tunisair lance un programme de rapatriement des tunisiens bloqués au Maroc    Tournoi de Charleston 2 : Ons Jabeur se qualifie en finale    Par Henda Haouala – La série TV « Ken ya Makenech » : délicieuse, grave et soignée    Les lieux de culte qui ne respecteront pas le protocole sanitaire seront fermés    Covid-19 : Tous les chiffres de la situation sanitaire en Tunisie    Covid -19 : Suspension des cours et autres mesures annoncées    Covid-19 : Interdiction de circulation aux voitures, motos et transport urbain    Athletic Bilbao – FC Barcelone : sur quelle chaîne voir le match ?    Ligue 1 française : Wahbi Khazri égale Pauleta    384.6 millions de dinars d'investissements agricoles déclarés, à fin mars 2021    L'ANSI recommande l'installation de YouTube Kids    La prochaine mission habitée vers la Lune se fera dans un vaisseau de chez SpaceX    Groupe QNB : Résultats Financiers du premier trimestre 2021    Coupe du monde Qatar 2022: Qatar veut vacciner tous les visiteurs contre le Covid-19    MEMOIRE : Lilia AOUIJ    L'athlète tunisienne Raouaa Tlili remporte la médaille d'or au tournoi de Jesolo en Italie    CONDOLEANCES : Mohamed Aziz Ben DHAHRI    CONDOLEANCES : Feu Wassila CHARFEDDINE    Hausse des services de la dette extérieure cumulés de 10%    Covid-19 : une conférence, samedi, pour annoncer de nouvelles mesures    La balance commerciale alimentaire déficitaire de 251,7 MD à fin mars 2021    Foot-Europe: le programme du jour    L'UTAP réclame un tirage au sort pour l'octroi de permis de pêche du thon rouge    La Tunisie ne respecte pas les normes internationales de détention, accuse Fathi Jarray    La Russie interdit l'entrée sur son territoire de responsables de l'administration Biden    Clôture des candidatures aux élections municipales partielles de Sakiet Eddaier à Sfax    Covid-19 : 86 nouveaux décès et 2401 nouvelles contaminations enregistrés le 15 avril 2021    Météo : Temps pluvieux et températures en baisse    AMEN BANK 2020 : solidité et résilience    Habib Mellakh - Tunisie : La vaccination contre la covid-19 telle que je l'ai vécue    Othman Kechrid, une école (Album photos)    Tunisie-Enseignement : La Fédération Générale des Surveillants appelle à la suspension immédiate des cours    Tunisie – Les priorités du plan du gouvernement pour une sortie de crise !    FTDES -Immigration clandestine: Augmentation du nombre de cadavres retrouvés après le naufrage d'un bateau    Sfax | 3 migrants clandestins secourus et 21 corps repêchés    Tunisie – Projets d'attentats terroristes et d'assassinats politiques pendant Ramadan    Tataouine, le nouveau roman de Fawzi Mellah: la description des péripéties d'une randonnée dans le grand sud tunisien sans tomber dans le piège de l'orientalisme    Tunisie: Vers l'inscription de deux sites Tunisiens dans le patrimoine mondial de l'Unesco    Europa League : Les résultats des quarts de finale retour et les qualifiés    Vers l'inscription des sites d'el Magtaa et Sbeïtla au patrimoine mondial de l'UNESCO    Décès d'un citoyen dans l'explosion d'une mine à Kasserine    L'Agora abrite l'expo-vente Ramadan'ART By le collectif des créateurs    Zellige, l'un des piliers de l'artiste Slim Gharbi    400 éditeurs tiendront en septembre 2021 à Tunis les états généraux du livre francophone    Appel à des mesures efficaces en faveur des professionnels des arts dramatiques    L'entreprise autrement | Processus grippé, rêve brisé (*)    Militant des droits de l'homme et farouche critique des états unis, Ramsey Clark est mort    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





''Iran-Tunisie : la diagonale de la colère'', l'analyse à lire de Dominique Moïsi
Publié dans Leaders le 02 - 02 - 2018

« Notre politique doit consister à contenir l'Iran des mollahs en espérant des « jours meilleurs » et à consolider l'exception démocratique tunisienne. Soyons lucides : le second objectif est sans doute encore plus difficile à atteindre que le premier. » C'est la conclusion d'une analyse comparative des récents évènements survenus en Iran et en Tunisie que tire le politologue et géopoliticien français Dominique Moïsi dans une chronique publiée par notre confrère parisien Les Echos. Sous le titre de « Iran-Tunisie : la diagonale de la colère », il rappelle que « l'Iran et la Tunisie sont tous deux touchés par des mouvements de contestation. Si la nature des régimes et leur poids géopolitique diffèrent, ils doivent affronter un même défi : la colère de leur population, et en particulier de leur jeunesse, confrontée à des conditions de vie toujours plus dures.»
Cette chronique, mentionnée par le président Béji Caïd Essebsi dans son interview avec Jean-Pierre Elkabbach, jeudi matin sur CNEWS, mérite lecture attentive.

De l'Iran à la Tunisie - expression d'une colère, d'un désespoir et d'une humiliation face à une situation économique et sociale, qui laisse les plus fragiles toujours plus nombreux avec un sentiment d'abandon, sinon de trahison toujours plus grand - la rue s'est soulevée spontanément au cours des dernières semaines. Pourquoi s'engager dans de coûteuses aventures extérieures, en Syrie ou en Irak, alors que « nous manquons de pain et de travail », se plaignent les Iraniens ? La situation a-t-elle vraiment changé de manière positive en sept ans depuis le début de ce que l'on appela à tort le printemps arabe ? s'interrogent les Tunisiens.
La Tunisie reste sous haute tension
On ne saurait certes comparer un géant régional de plus de 80 millions d'habitants d'un côté et un pays du Maghreb d'un peu plus de 11 millions de l'autre, même si dans les deux nations les jeunes de moins de 30 ans représentent presque 50 % de la population totale. Au-delà de la différence démographique quantitative entre les deux pays, il existe une distance considérable sur le plan politique entre les deux régimes. Une « démocratie illibérale » contrôlée étroitement depuis près de quarante ans par le régime des mollahs d'un côté et un pays qui, depuis le renversement du régime Ben Ali, connaît une confuse, certes, mais véritable ouverture démocratique de l'autre.
La jeunesse, fer de lance de la contestation
Le régime autoritaire en Iran, la démocratie en pointillé en Tunisie font pourtant face à des défis très proches. Une colère populaire devant des conditions de vie toujours plus difficiles, des promesses non tenues et des allégations de corruption plus que probables. Dans ces deux pays en pleine croissance démographique, c'est la jeunesse - diplômée, surqualifiée et sous-employée - qui constitue le fer de lance de la contestation. Même si, en Iran, en 2018, c'est avant tout la classe ouvrière qui exprime son insatisfaction profonde - contrairement à ce qui était le cas en 2009, lors des derniers grands mouvements de contestation populaire du régime.
Comment contenir l'Iran ?
Les mêmes causes produisent les mêmes effets de Téhéran à Tunis. Pourtant le regard que « nous », Européens, portons sur les deux pays est très différent. En termes géopolitiques, l'évolution de l'Iran est bien sûr plus importante. Un régime fragilisé se tiendra-t-il plus « tranquille » sur la question essentielle du nucléaire, mettra-t-il des limites à sa politique d'expansionnisme dans la région ou, à l'inverse, sera-t-il tenté par une fuite en avant pour rallier derrière la « grandeur de la nation chiite » sinon celle de « la Perse éternelle » une population humiliée socialement et économiquement ? Contrairement aux théories du complot propagées par le régime, il n'est pas nécessaire de se tourner vers Washington, Riyad ou Jérusalem pour expliquer les origines d'une protestation populaire qui est née de la manière la plus spontanée et donc potentiellement la plus dangereuse pour le régime. Les Etats-Unis, l'Arabie saoudite ou Israël peuvent se réjouir des difficultés que connaît l'Iran des mollahs - conservateurs et réformistes ensemble, les critiques populaires visant les deux camps -, ils n'en sont pas responsables.
Comment préserver « l'exception tunisienne » ?
La Tunisie est, bien sûr, un enjeu géopolitique de moindre importance que ne peut l'être l'Iran. Mais en dépit de sa taille modeste, la Tunisie représente un enjeu central. En Iran, notre objectif en tant qu'Européens ne peut consister qu'à fixer des limites aux ambitions nucléaires et à l'appétit d'influence, sinon de contrôle, de l'Iran dans la région. Autrement dit, à l'international, il s'agit de contenir l'Iran. Sur le plan interne, on peut préférer la branche modérée du régime à ses éléments les plus radicaux, mais la différence entre les deux camps n'est pas toujours claire. On a parfois le sentiment qu'il existe comme une « division des rôles » entre eux. De plus, soutenir trop visiblement un camp contre l'autre n'est-ce pas prendre le risque de l'affaiblir ? Dans le cas tunisien, la seule question qui se pose est la suivante : comment préserver « l'exception démocratique tunisienne », celle d'un pays où cohabitent principes démocratiques et libertés religieuses, et où la parité hommes-femmes constitue un des marqueurs de la Tunisie nouvelle ?
Ce qui est en jeu à travers l'exception tunisienne, c'est l'idée même de compatibilité entre l'islam et la démocratie. Si nous sommes pour l'essentiel des spectateurs impuissants et passifs, face aux événements internes en Iran, « nous », c'est-à-dire avant tout l'Europe, avons un véritable rôle à jouer pour sauvegarder l'expérience démocratique tunisienne. La Tunisie est non seulement un enjeu à la taille de l'Europe, mais elle constitue un modèle, un « cas d'école » qui va bien au-delà de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans son ensemble. Elle peut fournir la preuve que, face à la montée des régimes autoritaires à l'extérieur de ses frontières, et des forces populistes à l'intérieur de celles-ci, l'Europe démocratique peut défendre ses valeurs et ses intérêts à travers son soutien aux principes démocratiques. En somme il s'agit de faire exactement l'inverse de ce que fait la Russie, quand elle s'attache à déstabiliser et affaiblir nos modèles démocratiques de la Grande-Bretagne à l'Espagne. Défendre la démocratie tunisienne, c'est aussi envoyer un message indirect, mais fort, à l'intérieur de l'Union, de la Pologne à la Hongrie, à savoir : nous prenons la démocratie au sérieux.
Au moment où le rapport annuel publié par l'ONG Freedom House estime que les libertés reculent, y compris dans les démocraties, l'avenir de la Tunisie revêt une importance symbolique universelle. Au moment où la Turquie « dégringole » dans le classement des pays démocratiques, il serait bon que la Tunisie demeure ce qu'elle est, en dépit de tout, depuis 2011 : une oasis d'espoir dans un environnement toujours plus troublé.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.