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(Re)lire « Un thé au Sahara » de Paul Bowles
Publié dans Le Temps le 19 - 05 - 2020

Le premier roman de Paul Bowles situait, après-guerre, un couple d'Américains débarquant en Algérie. Un évangile des voyageurs.
Un Thé au Sahara est l'histoire d'une Américaine qui, saisie par une espèce de délire sensuel se jette à corps perdu dans l'aventure que représente pour elle la vie en Afrique. Comme dans ses livres ultérieurs, Paul Bowles cherche, ici, dans la culture arabe, un antidote à la civilisation du progrès.
Traduit de l'américain par Henri Robillot et S. Martin-Chauffier.
Le beau voyage en Afrique du Nord que j'avais imaginé en lisant ce livre s'est transformé en errance psychologique à travers le désert.
Ici, inutile de chercher les belles descriptions de paysages qui font rêver, seul, l'aspect négatif du pays transparait à travers le ressenti des personnages.
Et quels personnages ! Mais que font-ils là ? Apparemment jeunes, riches et désoeuvrés, les trois protagonistes reflètent un ennui mortel. Pourquoi ce couple Kit et Port, plutôt désuni et qui passe son temps à s'affronter verbalement dans des joutes philosophiques, ont-ils convié leur ami Tunner à les accompagner dans ce périple ? Ce dernier a l'air de les déranger et ils vont d'ailleurs tout faire pour l'inciter à prendre un chemin différent du leur.
Leur monde se trouve confronté à une langue et des coutumes qu'ils ignorent, la réalité politique de cette époque coloniale leur échappe et ils ne ressentent que du mépris pour la population locale.
La mort et la folie seront le terminus du voyage et moi, je suis restée avec mes questions, à errer dans ce désert, comme dans leurs vies vides de tout sens.
C'est le pionnier, le premier de cordée vêtu d'un costume en flanelle. Si Tanger devint la capitale des intellectuels américains de l'après-guerre, c'est Paul Bowles qui a planté le drapeau. Entraînant dans sa foulée William Burroughs, Tennessee Williams, Kerouac ou encore Francis Bacon. On a mis du whisky dans le thé à la menthe. Bowles ? C'est la bougeotte chevillée à l'esprit, le mouvement perpétuel, des cartes routières dans une main, une poignée de valise dans l'autre, un paquebot à attraper, un bus à réserver. Ce compositeur écrivit son premier roman à l'âge de 40 ans. Il était membre de ce club informel composé de riches oisifs, de flâneurs cultivés, et d'une assemblée d'artistes à temps partiel. Son autobiographie s'intitulera Without Stopping (Sans s'arrêter). L'éditeur français lui préférera Mémoires d'un nomade.
Un Thé au Sahara sera sa première fiction. Et sa meilleure œuvre d'écrivain, imbibée d'un épisode de sa vie avec son épouse Jane, tous deux partis à la recherche d'un nouvel Eden au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Ce sera l'Afrique du Nord, capitale Tanger. Mais le roman se déroulera pour sa part en Algérie, avant de glisser plus bas, dans le désert éternel. Bowles révélera au monde entier un jeune écrivain marocain : Mohamed Choukri. Il traduira en anglais Le Pain nu. Malgré des décennies d'une vie au Maroc, il explique en 1993 : « À moins d'être ou de devenir musulman, je reste toujours un étranger. » La force du livre réside dans son refus d'enjoliver les situations, niant un orientalisme de complaisance. Ses héros, entre guillemets, se perdent plus qu'ils ne se trouvent.
Deux voyageurs et un touriste au Maghreb
Quelque part en Afrique du Nord, peu de temps après la fin de la seconde guerre mondiale. Un couple d'américains, en quête de sensations propres à faire resurgir leur amour trop tôt disparu, débarque à Eckmuhl-Noiseux, un quartier d'Oran, alors sous administration française. Ils sont jeunes, beaux (du moins le suppose-t-on), riches et très désoeuvrés. Au cours de leur voyage, qui doit les mener au coeur du Sahara, ils sont accompagnés d'un ami, qu'ils semblent tous deux accepter à contrecoeur mais qui les aide néanmoins à dissiper leur ennui. En fait, rien ne se passera comme prévu car leur méconnaissance des langues et coutumes locales et leur inconscience des réalités sociales et politiques de l'époque vont les conduire progressivement vers la mort pour l'un et la folie pour l'autre. Une oeuvre étrange, aux confins du fantastique, dont les images envoûtantes ont inspiré Bernardo Bertolucci pour un film esthétisant. Ici, la beauté des paysages est absente, le désert étant avant tout le théâtre d'une errance intérieure. Un beau roman qui ravira les amateurs de méandres psychologiques...
Voici un couple de voyageurs accompagné d'un touriste. La nuance n'a rien d'une coquetterie. Pour Port, celui qui pratique le voyage n'a pas de billet ni d'idée de retour en poche. « La différence tenait, entre autres, au facteur temps. » Avec sa femme, Kit, ils arpentent le monde. Elle a écrit une pièce cinq ans auparavant, il a composé une neuvaine de partitions. En cet après-guerre, cap sur l'Afrique du Nord. Ils sont accompagnés d'un touriste, Tunner, qui garde son mode de vie côte est chevillé au corps. Depuis New York, « leur petit cargo les avait éjectés de sa panse confortable sur le quai brûlant » d'Afrique, en Algérie. Une flopée de valises-cabines les accompagne. Pour quelques pièces de monnaie, des centimes, il y aura des enfants, des coolies du Maghreb, pour les porter. Ils sont à l'assaut d'un paysage interdit, allant « d'une contrée de la terre à une autre ». Les explorateurs emmènent leur mode de vie. Ils ajustent leurs coutumes à l'environnement. Le trio va se fracturer sur les tentations locales. Le couple ne s'en remettra pas. Le prix du voyage…
La mythologie Paul Bowles
Dans la foulée du triomphe du Dernier Empereur », neuf oscars en 1988 et beaucoup de dollars, Bernardo Bertoluccci s'empare du roman, l'adapte fidèlement. L'échec commercial sera au rendez-vous. Le sujet, intellectuel et romanesque, séduira moins que la Chine de Puyi. Le livre, le premier et meilleur roman de Bowles, publié il y a 71 ans, franchira pour sa part l'épreuve du temps. Ce n'est ni un manuel à l'usage des Occidentaux avides d'orientalisme ni un évangile du voyage. Plutôt un bréviaire de la perdition. Une ode à se défaire, strate après strate, vêtement après vêtement, des contingences culturelles. Le couple américain ira jusqu'à l'ultime. Au point de perdre la vie pour le mari pendant que sa femme s'affranchira de toute limite sensuelle. Un voyage au bout de soi-même au Maghreb.


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