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Plein d'humour sans caricatures
Publié dans Le Temps le 02 - 09 - 2020

Outre la mise en avant des maux de la société tunisienne après la révolution de 2011, «Un divan à Tunis» de la scénariste-réalisatrice franco-tunisienne Manele Labidi est rempli d'humour sans caricatures.
Que l'on ne se trompe pas. «Un divan à Tunis» n'est pas un film tunisien même si la scénariste-réalisatrice Manele Labidi est franco-tunisienne, même si l'histoire, qui se déroule dans le Grand-Tunis, parle, avec un certain humour, des maux qui gangrènent, indirectement ou directement, notre société, et même si le casting (à part pour l'héroïne, Selma, interprétée par la Franco-Iranienne Golshifteh Farahani), réussi soit dit en passant, est tunisien. Ce premier long métrage de Manele Labidi, qui, avait, juste, réalisé un court en 2018, intitulé «Une chambre à moi», est de nationalité française à 100 % dans sa production.
Pour nous, le moment le plus important dans «Un divan à Tunis» (moment que nous considérons comme charnière) se situe vers la 40', soit un tout petit peu moins que la moitié du long métrage qui fait 1h28. Olfa (Aïcha Ben Miled), la cousine de Selma, dit à cette dernière : «Pourquoi t'es rentrée Selma ? Tout le monde rêve de foutre le camp d'ici(...)». Et Selma de répondre : «A Paris, j'avais deux confrères dans mon immeuble et dix dans ma rue. Je ne servais à rien là-bas».
Ce passage est assez important car, au début du film, on a l'impression que Selma, 35 ans, qui est psychanalyste, est revenue en Tunisie (qu'elle avait quittée à l'âge de 10 ans) pour aider les gens après la révolution. Mais l'on s'aperçoit, à ce moment, qu'elle se psychanalyse elle-même à travers les autres et en essayant de les aider pour que «chacun repart avec quelque chose qui lui appartient». Son auto psychanalyse atteint son paroxysme quand, suite à une panne de «sa» 404 bâchée en pleine campagne, elle est prise en stop par un homme d'un certain âge qui ressemble étrangement au portrait de Sigmund Freud (sans la chéchia rouge), «son patron». Dans cette séquence, on voit Selma parlait encore et encore comme si elle était en séance de psychanalyse. Elle se retrouve à la place de la patiente et le conducteur, silencieux, la laisse parler, comme s'il était le psychanalyste. Du fait, on ne sait plus si Selma s'imagine la scène ou si celle-ci a réellement lieu, d'autant plus qu'elle était en panne avec sa cousine et que celle-ci n'apparaît pas, même en arrière-plan. De plus, cette scène se déroule en pleine nuit ; on peut très bien imaginer ce que la réalisatrice a voulu rendre par cette atmosphère : une sorte d'introspection qui extériorise.
Selma et Freud
Cette «relation» entre Selma et «son patron» est assez complexe jusqu'à ce que la psychanalyste se libère du père de la psychanalyse. En effet, les premières séquences d'«Un divan à Tunis» montre Selma et le conducteur d'une camionnette de déménagement en train de regarder quelque chose à l'arrière du véhicule. Le chauffeur demande à Selma : «C'est ton père ?», «Alors, c'est ton grand-père ! Sa tête me dit quelque chose. C'est un barbu. Un frère musulman». Selma lui répond : «Il est juif». Et le bonhomme : «Juif ? Ça va pas toi ? Fais attention, tu vas avoir des ennuis avec les voisins !». Selma de dire : «C'est mon patron». Et lui : «Ton patron ?». A ce moment, la caméra montre un portrait de Sigmund Freud avec une chéchia rouge sur la tête et emballé avec amour et humour. Il y a un petit clin d'œil, voulu ou non, mais cela nous a sauté aux yeux. A côté du portrait, l'on peut voir (mais très vite) la moitié d'un carton où était inscrite l'adresse de Selma : rue Chedli Khaznadar, poète et militant du Vieux-destour. Ce parallélisme entre deux figures, quelque part, diamétralement opposées, est comme si, inconsciemment, Selma était en opposition avec elle-même, voire en «apposition».
La rencontre «surnaturelle» entre Selma et le sosie de Freud va remettre les pendules de la psychanalyste à l'heure. A la fin du film, lorsque Selma remet droit le portrait de «son patron», on a l'impression qu'elle ne s'est pas libérée du père de la psychanalyse. Mais juste après son geste, elle pose un acte en faisant deux doigts d'honneur au portrait. Autre chose qui montre, à ce moment-là, que Selma a réussi sa propre psychanalyse : elle ne fume pas. Tout au long du film, on la voit toujours en train de fumer, sauf à de rares moments. Mais, à la fin, pas une cigarette...
Selma et l'administration
De l'humour aussi dans la relation de Selma avec l'administration tunisienne, que ce soit la police ou au ministère de la Santé. Quand Naïm (Majd Mastoura), l'inspecteur de police, lors d'un contrôle routier, parle de restriction budgétaire pour justifier l'absence d'alcootests, qu'il doit sentir l'haleine de Selma pour voir si elle a bu ou non, et qu'après avoir senti il lui lance «harissa», cela peut paraître ridicule, mais c'est, quelque part, une réalité, et ça fait rire ; d'autant plus que la manière de filmer rappelle les films romantiques où les deux héros sont sur le point de s'embrasser. Quand les deux autres policiers, Amor (Zied Mekki) et Chokri (Oussama Kochkar), veulent jouer aux super flics mais ressemblent, dans leur attitude, à Laurel et Hardy, ça fait rire aussi, surtout par leur inculture, car ils sont bêtes tout en essayant d'être méchants.
Quand Selma, après avoir parcouru des bureaux vides, rencontre Nour (Najoua Zouhair), secrétaire au ministère de la Santé, pour avoir une autorisation d'exercer et que celle-ci essaye de lui refourguer de la lingerie, ça fait rire. Ce n'est pas de la caricature, car cela se passe réellement dans les administrations tunisiennes. Et à chaque fois que Selma va la voir, Nour fait quelque chose qui n'est pas son boulot : écosser les petits pois, manger, par exemple, des pistaches, etc.
Selma se retrouve confrontée aux réalités tunisiennes. Cela fait rire car la scénariste-réalisatrice Manele Labidi a su ne pas tomber dans la caricature.
Atteindre chacun son «nirvana»
Manele Labidi met aussi l'accent sur l'incompréhension de la psychanalyse. Chez nous, se faire psychanalyser, c'est être fou. On confond déjà psychologue et psychiatre ; le premier a suivi une formation universitaire dans le domaine de l'étude des grandes lois régissant le comportement humain, le second est un médecin qui s'est orienté dans l'étude des troubles psychiatriques. Alors que dire de la confusion avec un psychanalyste, qui, lui, propose une méthode de connaissance de soi ?
En Tunisie, la confusion est telle que la scénariste-réalisatrice fait dire à l'aide ménagère (Rim Hamrouni), devenue, le temps des prises de rendez-vous, l'assistante de la psychanalyste, par Amel (Ramla Ayari), la tante par alliance de Selma : «Tu sais que tous ces patients sont dérangés»...
Confusion aussi dans la tête des patients : certains sont venus pour avoir un certificat médical, d'autres croyant avoir des «prestations tarifées», d'autres une solution à leurs problèmes, etc. Mais au final, chacun va trouver son «nirvana», de même que les membres de la famille de Selma.
A propos de «nirvana», nous ne savons pas si c'est volontaire ou pas, cela dépend du repérage des lieux de tournage, mais avoir choisi Ezzahra comme lieu principal est assez symbolique, puisque si l'on traduit ce nom en français l'on obtient «brillante, lumineuse, resplendissante»... D'autre part, avoir pensé à installer le bureau de la psychanalyste dans ce que l'on appelle en Tunisie «bit estah», soit une pièce sur le toit, est assez intelligent et symbolique, si cela est voulu. Parce qu'au-dessus de «bit estah» il n'y a que le ciel et rien d'autre. Une manière de laisser son esprit s'élever, d'autant plus que les patients sont obligés de monter les escaliers comme s'ils montaient des échelons vers la délivrance.
Il est à noter que dans «Un divan à Tunis», la religion n'est pas mise à mal. Ce qui est mis à mal c'est l'interprétation qu'en font les gens. Quand l'imam (Jamel Sassi) raconte son histoire à Selma, tout est dit.
«Un divan à Tunis» est un film agréable à voir, à comprendre, avec de bons acteurs, comme Feriel Chammari dans le rôle de Baya, la propriétaire du salon de coiffure, et Hichem Yacoubi dans celui de Raouf le boulanger-patient qui aime mettre des habits de femmes depuis petit, et qui a été «castré» en cela.


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