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19 - Muriel Degauque : la boulangère belge devenue kamikaze en Irak
Notre feuilleton - Le jihad des convertis
Publié dans Le Temps le 01 - 02 - 2007

Belge mariée à un Belgo-marocain, Muriel Degauque est passée sans transition de la drogue à l'islam radical. Décédée à 38 ans en Irak à la suite d'un attentat suicide, elle est la première Européenne de souche à mourir pour la cause du jihad.
Muriel Degauque fait partie de ces dizaines de convertis à l'islam qui ont succombé aux sirènes du jihad international. Américains, australiens, jamaïcains, français, allemands, belges... Nés de parents chrétiens, juifs ou athées... Fraîchement convertis à l'islam le plus rigoriste par des imams extrémistes, ils ont gagné les camps d'entraînement de Bosnie et d'Afghanistan, où ils ont acquis une solide formation militaire, avant de devenir des «petits soldats du jihad» contre l'Occident mécréant. Certains sont morts dans les montagnes de Tora Bora ou en Irak. D'autres ont été arrêtés dans le cadre de la campagne internationale de lutte contre le terrorisme, jugés et écroués. Leurs parcours, qui se ressemblent en plusieurs points, peuvent être résumés en deux formules: quête désespérée de soi et folie destructrice.

Muriel Degauque est morte, à 38 ans, le 9 novembre 2005, dans un attentat suicide à la voiture piégée à l'entrée-est de Baaqouba. Elle s'était fait exploser au passage d'une patrouille de la police de la localité de Qara Taba dépêchée en mission dans cette ville située à 60 kilomètres au nord de Bagdad, emportant dans sa furie suicidaire cinq policiers irakiens et blessant grièvement un sixième ainsi que quatre civils.
Qu'est-ce qui a pu pousser cette jeune femme, plutôt belle et désirable, à commettre un attentat suicide dans un pays en guerre, qui plus est situé à des milliers de kilomètres de chez elle ?

«On n'aurait jamais pu imaginer qu'elle allait déraper comme ça»
La question hante encore les habitants de la cité de l'avenue de l'Europe à Monceau-sur-Sambre, près de Charleroi, dans la région de Wallonie, en Belgique, où les parents de Muriel résident depuis 35 ans. Cité par ''La Libre Belgique'' (2 décembre 2005), Serge Beghin, 40 ans, conseiller communal à Charleroi, voisin des Degauque, raconte: «On a passé nos années d'enfance dans la même cité. Muriel semblait être une fille équilibrée. On n'aurait jamais pu imaginer qu'elle allait déraper comme ça.» Serge Beghin était surtout un grand ami de Jean-Paul, le frère aîné de Muriel, qui s'est tué dans un accident de moto, en 1989, à 24 ans, renversé par un véhicule qui avait brûlé un stop. «Après l'enfance, on ne s'est plus beaucoup vus. Je sais qu'elle a eu une adolescence difficile», ajoute-t-il.
Muriel est née le 19 juillet 1967 d'un père, Jean, ouvrier, sorti en préretraite après un grave accident de travail, et d'une mère, Liliane, secrétaire médicale de son état. Après une scolarité primaire sans problème et des études secondaires inachevées, Muriel a eu une adolescence chaotique : fugues, drogue et démêlées avec la justice. À chaque nouvelle bêtise, ses parents se mettaient en quatre pour la récupérer. «Une fois, j'ai fait 170 km pour la retrouver dans les Ardennes», raconte son père (''La Dernière Heure'', 1er décembre 2005). «A l'école, elle avait le chic pour se coller avec les enfants difficiles», confiait-il aussi à un autre journal belge ''Sud-Presse'' (2 décembre 2005). Plutôt jolie fille, Muriel aimait fréquenter les garçons et était peu regardante sur leurs mœurs. «Je ne sais combien elle en a eu», raconte sa maman au même journal, sans ironie aucune.
Pour subvenir à ses besoins, la jeune femme s'est essayée aux petits boulots. Elle a été successivement serveuse dans un snack, puis vendeuse dans une boulangerie, mais elle a été licenciée après avoir été accusée, sans preuve, de piquer dans la caisse.
Sur le plan sentimental, Muriel a été tout aussi inconstante. Elle a épousé d'abord un Turc - les voisins parlent d'un mariage blanc - qu'elle n'a pas tardé à divorcer. Elle a eu ensuite une liaison avec un Algérien, qu'elle a aussi quitté au bout de quelque temps. Avant de rencontrer, en 2002, Issam Goris, l'homme de sa vie - et de sa mort - qui était de sept ans son cadet.
Né le 6 mars 1973 à Bruxelles d'un père belge et d'une mère marocaine divorcés, Issam Goris, que ses anciens voisins décrivent comme «un salafiste parti une ou deux fois à La Mecque et qui faisait parfois fonction d'exorciste» (''Le Figaro'' du 2 décembre 2005), a emmené son épouse belge à Meknès, au Maroc, ville natale de sa mère, où celle-ci s'est convertie officiellement à l'islam. Et c'est après ce voyage que la vie de la charmante blonde aux yeux clairs a basculé.

Elle s'habillait tout de noir, portait la burqa afghane, des gants...
«Comme elle était au chômage, elle est revenue spécialement juste avant les trois ans pour éviter de perdre ses droits. Issam était au CPAS [centre public d'action sociale]. Ils nous disaient qu'ils avaient une maison au Maroc et des chevaux et une Mercedes et trois motos. On n'a jamais su si c'était vrai», racontent les parents de Muriel (''La Dernière Heure'').
A son retour du Maroc, Muriel était devenue une autre personne: elle s'habillait tout de noir, portait le tchador, des gants... S'appelant désormais Myriam, elle aimait à se couvrir tout le visage, ne montrant plus que ses yeux. «Quand Muriel revenait chez ses parents, ma femme allait lui dire bonjour. Issam, son mari, montait à l'étage: pour lui, ma femme était une impure. Quand Muriel était seule avec elle, elle enlevait son voile. Elle disait: ''Ah, c'est toi Jeannine, alors je peux''. Elle était complètement fanatisée, comme si elle avait subi un lavage de cerveau», raconte le père de Serge Beghin (''La Libre Belgique'').
«Au début, c'était le tchador. Plus récemment, Muriel acceptait le voile. Quand on se voyait, ils imposaient leurs règles. Nous étions chez nous, mais mon mari devait manger à la cuisine avec Issam et les femmes restaient au salon. Pas question d'allumer la télé ou d'ouvrir une bière. Mon mari, qui en avait marre, avait décidé que si on se revoyait, il nous laisserait seuls et irait au restaurant. Par contre, avec l'islam, Muriel avait cessé de fumer. La dernière fois que nous nous sommes vus, on leur a dit qu'on en avait assez qu'ils essaient de nous endoctriner», raconte, pour sa part, Liliane (La dernière Heure), que la mort de sa fille ne semble pas avoir surprise ou accablée outre mesure: c'était presque prévisible que Muriel allait finir ainsi.
Avant de partir en Irak, Muriel a vécu trois ans avec Issam, dans un deux-pièces situé dans un bâtiment à la façade de briques, au coeur du quartier populaire de Forest, au sud de Bruxelles. Le couple subvenait difficilement à ses besoins: elle pointait au chômage alors que lui était pris en charge par le CPAS.
Le proprio les a vus pour la dernière fois le 15 septembre 2005. Issam lui avait dit qu'il allait partir au Kenya avec son épouse pour y retrouver un père qu'il n'avait jamais connu. «Je ne sais pas quand je reviendrai», avait-il lâché.
Muriel et Issam sont partis en réalité pour la Turquie à bord d'une vieille Mercedes. La maman de Muriel a cessé d'avoir des nouvelles de sa fille plusieurs mois avant la mort tragique de celle-ci. La dernière fois qu'elle l'a eue au téléphone, Muriel était encore en Syrie. La suite, on la connaît...
«Depuis environ un mois que nous téléphonions à Muriel, nous tombions constamment sur son répondeur. Quand on a appris le soir du 9 novembre à la télé qu'une Belge s'était fait exploser en Irak, on a pensé que c'était Muriel. Les policiers ont tout fouillé chez nous, mais il n'y avait rien à prendre, sauf des photos de notre fille. Nous n'avions plus vu Muriel depuis l'été...», racontent les parents de la kamikaze (''La dernière Heure'').
Quant à Issam Goris, il a survécu dans un premier temps à sa femme, avant d'être abattu, à son tour, quelques jours plus tard, par des soldats américains, au cours d'un attentat suicide raté.
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