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Le Soudan au bord de l'implosion !
Mémoire du temps présent
Publié dans Le Temps le 31 - 10 - 2010

Par Khaled Guezmir - Depuis l'Antiquité le phénomène politique a été lié à l'idée de « persistance » ou de continuité de l'autorité en charge des sociétés humaines en formation, puis des Etats. La science politique s'est développée au fil du temps et de l'évolution comme un laboratoire d'observation des événements, puis des structures qui font l'environnement politique pour devenir une sorte de médecine préconisant un ensemble de thérapies des systèmes de gouvernement.
Ce que l'on constate c'est que malgré la durée et les époques, globalement, l'activité humaine liée à l'exercice du pouvoir n'a pas beaucoup changé. Certes il y a eu quelques événements majeurs tel que l'avènement de la « Règle de Droit » puis les sociétés politiques ont réalisé une percée énorme avec la mise en marche des mécanismes constitutionnels et le développement de la science juridique y afférente. L'ensemble de la démarche de cette longue évolution depuis la Constitution de l'empereur grec « Solon » vers l'an 600 avant Jésus Christ, a été basée sur l'acceptation aussi par les gouvernés que par les gouvernants, les premiers de la limitation de leurs libertés et de certains droits essentiels, les seconds de la limitation de leurs pouvoirs absolus dans les exercices de souveraineté et ce pour permettre la vie paisible.
Ordonnances thérapeutiques
Mais pour l'essentiel la question de la préservation des Etats, les attributs de la Souveraineté et l'adaptation fonctionnelle des institutions aux exigences de l'évolution sont restés pratiquement les mêmes.
Or pour assurer la durée fonctionnelle ou ce qu'on appelle communément la continuité de l'Etat, les « ordonnances » thérapeutiques ont quand même évolué.
Aristote le maître de la pensée politique prescrivait en l'an 322 avant Jésus, de veiller à ce que les Etats soient guidés essentiellement par l'intérêt général. La forme du gouvernement étant pour lui accessoire. Par ailleurs il insiste sur le développement, du « Juste milieu » ce qu'on pourrait désigner de nos jours par la « classe moyenne».
Plus celle-ci est large, plus elle est prospère et plus l'Etat est immunisé contre les soubresauts et les insurrections de tout genre ! Mieux encore Aristote pensait déjà que la classe moyenne qui vit « l'aisance modeste » était la gardienne de la paix sociale et de l'invulnérabilité des nations, parce que dit-il, en étant « propriétaire » et non démunie, elle s'approprie un peu l'Etat, ce qui a pour conséquence de développer chez les citoyens les sentiments de fierté et de ferveur patriotique, justement parce que l'Etat est la propriété des citoyens et qu'à ce titre il doit être défendu contre l'envahisseur extérieur !
En faisant un petit saut de plus de 2300 ans, nous aurons évidemment oublié l'apport fondamental des promoteurs et des théoriciens du « contrat social », en passant par les Ecoles libérales puis socialistes etc…, mais nous arrivons aux nouvelles thérapies cette fois prônées par les écoles américaines de science politique et qui sont d'un grand apport pour la protection et la persistance des Etats d'aujourd'hui.
Deux environnements
Ces Ecoles emmenées par Talcott Parsons et David Easton, liaient la persistance à la nécessaire adaptation des sociétés humaines et des systèmes politiques à l'environnement ! Cet environnement est global et comprend l'environnement interne et externe. L'idée c'est que les Etats pour survivre doivent s'adapter continuellement et de façon dynamique à l'évolution des exigences de ces deux environnements. Les fonctions de l'Etat et des gouvernements étant de diffuser les objets de valeurs et les programmes de développement économique et social et de prendre les mesures appropriées et les décisions pour satisfaire les demandes et les appels de la société interne tout en veillant à l'immunité extérieure.
De fait les Etats doivent être prudents, et vigilants, et veiller à ce que les « exigences » ou les revendications ne puissent pas s'accumuler et menacer la paix sociale et l'immunité vis-à-vis de l'extérieur.
Ils doivent aussi être à l'écoute constante de ces «appels» et mobiliser les « soutiens » à leurs activités.
Ces soutiens (en anglais « Supports ») on les trouve dans l'attachement au pays, à ses institutions, à son histoire, à sa culture, et même à ses traditions.
Le charisme des dirigeants est aussi très important dans la légitimation de leurs décisions et leur acceptabilité par le corps social. Au niveau international ces mêmes dirigeants doivent tenir compte de leur environnement et des rapports de force aussi bien avec le voisinage immédiat qu'avec les puissances lointaines mais capables de domination et d'hégémonie !
Mais alors diriez-vous à quoi nous sert tout cela !...A comprendre par exemple ce qui se passe au Soudan qui est au bord de l'implosion et de la scission ! Appliquons nos « thérapies » et nous allons comprendre comment ce pays immense et potentiellement riche en est arrivé là !
Nous assistons aujourd'hui malheureusement à une grande éventualité de déconfiture de l'Etat unitaire soudanais et à la paralysie de ses organes directionnels. En effet il n'est plus en mesure de s'adapter aux « exigences » des deux environnements interne et international. Les valeurs qu'il diffuse ne sont plus jugées acceptables, obligatoires et contraignantes par la rébellion interne qui demande avec force la scission au Sud et encore moins par la communauté dite « internationale », entendez l'ONU et les puissances occidentales hégémoniques avec leur épée de Damocles, qui n'est autre que la Cour pénale internationale et qui ne cesse de harceler le Président du Soudan: Omar Al Bashir !
Dommage que ce dernier n'ait pas pu s'y prendre avant pour immuniser son pouvoir et protéger le Soudan de la déconfiture ! Fin de l'acte I …!


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