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Une nuit parmi les contestataires de la Kasbah
“Caravane de la libération”
Publié dans Le Temps le 25 - 01 - 2011

Reportage de Nadya B'CHIR Hajer AJROUDI - 2h00 du matin, la Kasbah, le paysage semble méconnu : une impression d'être dans un camp de réfugiés. L'expression paraît hyperbolique, pourtant on ne croit pas si bien dire. Des dizaines de personnes allongées sur des matelas à même le sol, certaines dorment, d'autres font la parlotte. Et il n'y a aucunement de conciliabules tachés de crispations bien charpentées. Leurs revendications, germe de leur mobilisation, ne souffrent aucun compromis : les « pèlerins » de la caravane de la libération ont parcouru des centaines de kilomètres pour faire entendre leur voix : à bas le gouvernement transitoire comprenant encore des membres du RCD (ancien régime au pouvoir).
Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa, Kairouan, Sfax, ont envoyé à la capitale leurs fervents représentants, à travers une initiative aux apparences symboliques. Ils brandissent des panneaux brossant les portraits des martyrs, tombés dans la lutte pour la Révolution. Et les images frappent encore par la même intensité. Elles scandent, clament et crient injustice et indignation. A tendre l'oreille à leurs récits, nous devenons tel un boxeur qui encaisse un coup après l'autre ait finit affalé sur le tapis du ring battu par K.O ; nous refoulant aussi une larme au coin de l'œil et, dans la foulée, un sentiment de honte. Honte parce que nous avons été complices de leurs misérables existences, complices par le silence.
Mettez un de ces jeunes, que nous avons rencontrés à la cour de la Kasbah, devant un quelconque politicien, il saura quasiment le faire taire. Que d'injustices ont été commises à leur égard et d'aucune résonance du côté des autorités compétentes. Nous pourrons même penser que tous les points de suture du monde ne sauraient panser leurs blessures.
Reportage.
A l'instant même où les nouveaux occupants des lieux ont su que des journalistes du « Temps » étaient de la partie, ils ont crié à l'assaut. Car leur dèche ne comprend pas uniquement le sens matériel du terme, mais aussi celui de l'écoute.
En faisant le tour, nous avons été interpellés par un groupe de jeunes du gouvernorat de Kasserine. Leur revendication est on ne peut plus claire, principalement politique : les membres du gouvernement de transition issus du RCD doivent absolument et irrévocablement le quitter. « Vous savez, nous les Kasserinois, sommes ceux qui ont le plus compté de morts parmi notre population, 60 martyrs pour être précis, et si nous sommes là aujourd'hui c'est pour tenir tête à cette composition du gouvernement transitoire, à faire usage de la force avec les forces de l'ordre s'il le faut, jusqu'à ce que les « mauvaises graines » partent. Et si ce ne sera pas le cas, nous sommes prêts à créer un Etat dans l'Etat, et ce sera celui de Kasserine, on aura notre propre gouvernement.» : nous confirme un de ces jeunes, très remonté et engagé dans ce combat qu'ils n'entendent pas arrêter.
Mais que se passe-t-il ? Les revendications de ces jeunes sont-elles justifiées par rapport au gouvernement transitoire ? Faut-il se méfier des membres rescapés du RCD ?
Depuis les nombreuses attaques contre la présence de personnes indésirables dans la composition du gouvernement de transition, un mouvement est apparu sur le réseau social Facebook, il s'agit d'un groupe de soutien à M. Mohamed Ghannouchi et son gouvernement afin qu'il puisse accomplir son devoir. Ce groupe appelle à ne pas mettre en doute la bonne foi de ce gouvernement. Et bien que ce groupe ait atteint plus de 38 000 adhérents en très peu de temps, la masse populaire continue son combat.
Pourquoi, toutefois, cette caravane de libération insiste autant ?
En fait, à connaître le récit de leur vécu quotidien, nous sommes en passe de leur accorder légitimité. Ils sont, dans la quasi-totalité, au chômage. Aucun moyen de distraction ou de divertissement quelconque hormis les cafés, aucune perspective d'un avenir stable sur tous les plans, et nous en passons et des meilleurs. D'un récit à l'autre, nous nous sentons accablés. Accablés par des vérités aussi sordides et affligeantes.
« Ghannouchi je viens à peine de le connaître, avant cela je n'avais aucun intérêt pour la politique et d'ailleurs pourquoi faire, nous avons suffisamment de soucis pour nous préoccuper d'autres choses. »
Justement, c'est bien cela le hic. Beaucoup parmi ces jeunes venus manifester contre le Premier ministre, essentiellement, ne le connaissent pas et encore moins son parcours. Il faut le dire, c'est bien de chez nous cela. On a cette fâcheuse tendance de porter des jugements sans au préalable connaître les différents aspects de l'affaire en question.
D'accord, le bonhomme faisait parti du RCD, et était Premier ministre de l'ex-président Ben Ali. Mais cela veut-il forcément dire qu'il n'est pas honnête, intègre et de surcroît compétent ? Son parcours témoigne de ses qualités et on lui reconnaît de n'avoir jamais emprunté la course à l'enrichissement personnel.
« Nos pères, les « frechichs » ont fait sortir le colonisateur, et aujourd'hui nous avons fait la même chose avec Ben Ali. Nous ne sommes pas prêts à renoncer à nos revendications. Nous avons été trop longtemps délaissés par ce gouvernement, pourquoi se préoccuperait-il de nous aujourd'hui ? Notre détermination n'a pas de point final, nous y sommes et nous y restons. » - Serait-il Damtond ou Robespierre (nous ne sortons d'ici que par la force des bâillonnâtes) ?
Rien, d'apparence, ne pourra faire reculer ces manifestants. Leur détermination est inaltérable, et rien, absolument rien ne les empêchera d'y parvenir. Les ires qu'ils ont vécues pendant des semaines ont fini par leur faire obtenir gain de cause, dans un premier temps. Très vite ils ont pris conscience de l'ampleur de leur pouvoir, celui du peuple. Aujourd'hui, ils entendent user de ce pouvoir comme s'ils possédaient une baguette magique. Nous nous ne sommes pas là pour remettre en question les revendications de ces manifestants, mais nous avons le devoir d'émettre une opinion : celui de dire que tout ne s'obtient pas par un simple claquement de doigts. Il est important de comprendre que pour que la Révolution tunisienne atteigne son noble objectif, il faut savoir donner le temps au temps, accorder le bénéfice du doute, ne pas lâcher du lest, rester vigilant et réfléchir chaque pas à entreprendre.
Nous remarquons à travers divers supports de communication, notamment le Facebook, que manifester est devenu un jeu d'enfant pour le peuple. Un acte qui commence sérieusement et fâcheusement à prendre une tournure de banalisation. Manifester à tout va ne fait que contribuer à l'avortement de notre Révolution pour laquelle, des vies ont été chèrement sacrifiées et cela relèverait même d'une grande dignité, si nous essayons de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Nadya B'CHIR
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Le haut-parleur de la caravane de la libération
- «Aucune unité de production pour la création d'emploi sauf l'usine de « halfa » qui embauche des employés venant d'autres gouvernorats grâce aux pistons et qui sont payés 500d. »
- «Quand nous assistons à un match de football au stade, en y sortant nous crions : « 1, 2, 3 viva l'Algérie », c'est pour ainsi dire que nous sommes contre Ben Ali.»
- «La capitale Tunis, nous la voyons sur l'écran de nos téléviseurs, on n'est jamais venus ici, nous pouvons carrément nous égarés.»
- «Beaucoup ont émigré clandestinement et vous savez pourquoi ? Tout simplement pour se faire un petit pactole de 15000 DT et rentrer à Kasserine se faire un petit projet et y rester. Car Kasserine nous l'aimons énormément et nous voulons y rester et y travailler. »
- «Nous voulons avoir un hôpital, une radio régionale, des usines, des projets, vous ne pouvez pas savoir à quel point nous avons la volonté de travailler aussi dur que nécessaire. Nous ne voulons plus être obligés d'aller à Sousse et ailleurs pour trouver du travail. Notre place est à Kasserine
- «Nous précisons que nos revendications ne sont pas d'ordre social mais plutôt politique. Quand le gouvernement changera, le reste se fera tout naturellement. »
- «Nous travaillons surtout aux chantiers. Voici comment cela se fait : on nous paye 100 DT, dont le Cheikh et le délégué nous soutirent chacun 10 DT comme pots de vin, dites-moi comment est ce possible de vivre un mois entier avec 80 DT seulement ? Ici à Tunis, les travailleurs des chantiers sont payés 300 DT.»
- «Nous voulons que Kasserine s'aligne sur un pied d'égalité que les autres gouvernorats.»
- «Selon nous, ce gouvernement de transition est comme une dent infectée, on a beau essayer de la guérir mais rien n'y fait. Il faut donc l'arracher pour que l'infection finisse.»
- «Depuis l'âge de 12 ans, je travaille, je fais n'importe quoi pourvu de me payer mes premières nécessités et aider mes parents. »
- «La majorité des responsables dans notre région sont des corrompus et font travailler des gens à la faveur des pistons. Il y en a qui payent même une somme de 3000 DT pour avoir un travail. Aucun d'entre-nous n'est propriétaire d'une maison ici, on est tous locataires.»
-«Nous sommes en dessous du zéro.»
- «Vous savez quelle politique a utilisé avec nous le président déchu Ben Ali ? C'est tout simple, celle de l'hypnotisme. On nous laisse libre de nous droguer au chiite pour ne pas sentir autant la misère et pour ne pas nous soulever un jour contre lui et contre régime. Et il a réussi durant un certain temps. Car ici, au matin au lever, le premier geste que nous faisons, c'est fumer du chiite.»
- «Pendant l'hiver, quand Ben Ali nous envoyait des couvertures, le délégué de Kasserine et le Cheikh les vendaient au prix de 5 DT et ce n'est pas peu pour nous. »
- «Nous tenons à insister que notre Révolte est celle de la dignité avant tout. »
- «Un des gouverneurs de Kasserine nous a arnaqués de la somme de 1 milliard deux cents mille dinars et nous avons de quoi le prouver. Les usines de câbles qu'on voulait s'installer au Kasserine, ont été détournées vers Gafsa par le gouverneur afin de faire travailler les habitants de sa région.»


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