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Lettre à un ami de l'autre rive
Courrier des internautes
Publié dans Le Temps le 04 - 01 - 2012

Les photos ne sont que prétexte louable à mon sens pour que chacun d'entre nous s'exprime pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de ce monde islamique étranger en dehors de ses frontières géographiques traditionnelles arabe et asiatique mais aussi extrémiste en nos contrées de la rive sud méditerranéenne. Extrémiste car aujourd'hui il touche la Tunisie dans sa modernité.
Ce que je voudrais expliquer à nos amis de l'autre rive c'est le contexte très diffèrent entre l'Europe traditionnellement judéo chrétienne et nos pays traditionnellement musulmans, (le judaïsme minoritaire est quand même historiquement présent).
Je me bornerai par ailleurs à parler de la Tunisie et de mon vécu personnel. L'Islam en Europe est né après la deuxième guerre mondiale et commença à s'enraciner à partir des années 80 par le regroupement familiale . Il l'a été d'abord par la machine des deux guerres et celle de l'Indochine où européens, africains et nord africain sont tombés pour la Liberté mais aussi pour l'intérêt des puissances impériales où ces pauvres hommes ont servis de "chair à canon". Suite à cela et pour des raisons économiques, les puissances coloniales ont fait appel à la sueur des colonisés pour reconstruire l'Europe.
Je voudrais ouvrir une parenthèse pour dire que ces soldats musulmans n'ont jamais été indemnisé comme leurs compagnons d'armes français; il a fallu et suite au film “Indigènes“ et grâce au comédien Jamal Debouz que Jacques Chirac alors président régularisent leurs situations.Trop peu et trop tard. Toutes ces personnes s'installèrent dans des conditions inhumaines et d'autres générations naissantes dites deuxième et troisième essayèrent et essayent encore de "s'intégrer". Natives en Europe, ces générations sont bi-nationales. Une crise identitaire s'ensuit pour de multiples raisons (intégration, racisme, urbanisation zonal...).
Cette crise identitaire est accentuée par le problème israelo-palestinien où se reconnait tout musulman voir tout arabe; elle est instinctive à la culture arabo musulmane où la “Umma“ (étymologiquement de mère, désigne tout musulman en dehors de toute nationalité; une communauté de foi où la transcendance des clivages est rarement atteinte à cause de l'hétérodoxie) L'autre rive nous observe et pas seulement, voulant nous dicter à sa manière ses valeurs démocratiques avec un préjugé: l'amalgame des musulmans en une seule identité religieuse, alors que nos identités diffèrent belle et bien l'une de l'autre. Il aurait fallu que les occidentaux nous observent à partir du dedans et non du dehors et ils verront l'autre réalité sociologique.
Les colonisateurs “civilisateurs“ vinrent interrompre l'évolution de l'histoire de nos pays en oubliant sa culture et sa civilisation. En Ifrikya l'université de la Zitouna naquit an même siècle que la Sorbone. La Tunisie a des frontières et un Etat depuis la dynastie Hafsides (XIIIè-XVIé siècle). Elle a été la première «province» à se rebeller contre le calife musulman, au IXè siècle. Elle a été le premier pays arabe à se doter d'une constitution (1861) et abolir l'esclavage (1846) par Ahmed Bey, deux ans avant la France, pays des droits de l'homme.
Aucun modèle de démocratie n'est exportable d'un pays à un autre. Chaque pays a ses spécificités, sa culture politique, ses us, ses coutumes, son histoire.. La démocratie se construit en fonction des attentes de son peuple. Il n'y a pas un moule adaptable. La France pays des droits de l'Homme a mis longtemps à rejoindre le camp des révolutions arabes; sa position de par la bouche de son President et de son ministre des affaires étrangères a été choquante quand elle met au conditionnel par une ligne rouge l'octroi de l'aide du G 8. La Tunisie ne fait pas de mendicité. Le ras de marée islamique est là. Après la Tunisie et la Libye, le Maroc et l'Egypte ont élu des parties islamistes. C'est une réalité, on ne rejette pas la modernité, mais l'élection des parties conservateurs des pays méditerranéens a été un vote sanction pour rétablir une morale et encrer une identité. C'était une quête des valeurs spoliées par un régime mafieux.
On remarquera l'absence de leaders au moment de la révolte ainsi que l'ouverture multiculturel des manifestants en employant le “Dégage“, game over, qui fit le tour du monde. Ainsi les électeurs votèrent pour les principes d'honnêteté et d'équité. Nous étions bien sur un terrain propice. Sans démocratie les jeunes se ruèrent vers les mosquées, seule espace de dialogue. la politique est aussi un jeu d'alliance qui se font et se défont aux grès des pressions des uns et des autres, un puzzle parfois difficile à réaliser, voir irréalisable sinon notre monde ne serait pas ce qu'il est! Notre Tunisie se reconstruit avec de nouvelles donnes. La naissance de cette nouvelle république II se fera très certainement aux forceps.
La première république est né dans la révolte pour la Liberté et l'indépendance; ses géniteurs, si je puis dire étaient des hommes des "Lumières" et avec les propres armes de celles ci ont été victorieux face à un protectorat colonialiste. Cette fois la jeunesse s'est soulevé contre ses propres dirigeants. Assoiffée de la liberté acquise depuis 1955 et non consommée elle la revendiqua corps et âme jusqu'au péril de sa vie. La donne est aujourd'hui autre, la démocratie si cher à l'humanité est née et s'en racine, j'ose l'espérer. Au jour un nouveau contexte géopolitique est entrain de se former dans cette Afrique du nord d'où est né, grâce à l'héritière de Carthage et de Kairouan, la révolution dite du Jasmin. Nous voilà donc dans une nouvelle dimension d'un sud méditerranéen, que ne déplaise à son nord dit islamiste (j'emploie ce mot dans sa compréhension original, non politique). Le ras de marré des urnes ne fait que confirmer son appartenance à l'islam. Le Maroc et l'Egypte viennent de passer eux aussi le Rubicon si craint par cette occident donneur de leçon. L'écharpe verte nord africaine ne fait que retrouver le court de son histoire interrompu par une colonisation douloureuse qui a aussi permis une autre richesse pour ceux qui ont su séparer le bon grain de l'ivraie… Que veulent les occidentaux? Très mal accueilli, donneurs de leçon ils ont parfois prouvé leur méconnaissance des nations arabes.
Ils rencontraient nos dirigeants et les maintenaient au pouvoir pour servir leurs intérêts. Les scandales de France Afrique en disent long à ce sujet d'actualité. Aux pays de cette renaissance citoyenne de prendre son destin en main, il ne peut en être autrement, de prouver au monde la grandeur de notre passé et la victoire de notre avenir démocratique. Les relations avec le nord devront se faire gagnant/gagnant, sans complaisance, sans quoi les regards ne se feront que dans un seul sens, nous sommes des citoyens du monde, l'universalité est notre credo.
Moncef Abbes
libremad


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