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Femmes dans la tourmente
Au gré du flux
Publié dans Le Temps le 30 - 09 - 2012

«Tant que le corps de la femme arabe est entouré des barbelés de l'horreur, de l'interdit, des préjugés et des croyances ; tant que l'homme arabe se gave à longueur de journée de corps nus exhibés sur les couvertures des magazines et considère le corps de la femme comme un lieu de pouvoir et de conquêtes sacrées, jamais il n'y aura de victoire...
parce que nous sommes incapables de nous maîtriser. »

Nizar Qabbani

On rêvait d'une société qui libérerait les esprits, qui donnerait de l'espérance, qui imposerait les libertés fondamentales, qui chasserait définitivement les anciens démons et le retour du spectre d'un temps révolu, qui améliorerait le sort de la société, qui ferait des avancées significatives concernant la situation de la femme.
Et voici que les hurlements d'une jeune-femme violée remplissent une citée désertée par ses protecteurs, livrée aux loups affamés et nous rappellent que les acquis sont remis en cause. Le danger guette une société qui se croyait à l'abri des orages dévastateurs. Nos rêves sont emportés par les vents contraires, par les déferlantes qui fracassent les murailles érigées par les bâtisseurs de la cité. Voici les droits bafoués, les libertés annihilées et la terreur qui règne dans nos rues. Voici que les femmes sont arrêtées, dès la nuit tombée, interrogées, harcelées, accusées d'atteintes aux mœurs, poursuivies même dans leurs voitures, même accompagnées par leurs fiancés. Voici que la loi de la jungle triomphe, que ceux qui sont censés faire régner l'ordre participent au désordre et se transforment en barbares, en vampires terrorisant une victime isolée, livrée à l'avidité des prédateurs, avilie, violentée malgré ses cris et ses pleurs. Voici que le viagra se vend, sous nos fenêtres, au vu et au su de tous, à des mâles frustrés, préoccupés d'assouvir leurs instincts sexuels les plus bas.
Et pendant que la société crie au scandale, condamne cette ignominie, des voix s'élèvent pour dénoncer le comportement « immoral et indigne » de la femme qui de victime devient accusée de « racolage » sur la voie publique et « d'atteinte à la pudeur ». On intimide pour museler et réduire au silence les cris horrifiés de la violée et on inverse les rôles. Femme, tu seras, toujours, humiliée car considérée comme coupable de la concupiscence des violeurs, tentatrice et pécheresse. Ton corps est un appel à la débauche et te voilà doublement punie, le corps écartelé, maculé et l'âme brisée. La déclaration d'un responsable souleva protestation et indignation et provoqua la nausée
Et voici que les femmes sont livrées en pâture à toutes les convoitises : à la violence de salafistes qui font du corps féminin le lieu de toutes les batailles. Incapables de proposer une alternative, un programme viable, une vision claire de la société et de l'avenir, ils s'ingénient à chosifier la femme, à la rabaisser, à l'exclure de toute vie sociale pour ne la considérer que comme une génitrice, un corps offert à l'avidité bestiale du maître. Elle est réduite à un corps, perçue comme objet de désir, sexuellement diabolisée, une souillure dont il faut se purifier. Leur dessein serait de la chasser de l'espace social. On se met à émettre le désir de l'éloigner de cet espace et de lui octroyer des places à part, à l'école, au métro, dans tous les lieux publics : « Chassez ce corps que je ne saurais voir ! » Une focalisation sur le corps qui mine nos sociétés, assujettit la femme, esclave sexuelle d'un maître tout puissant, avilie, victime de mentalités moyenâgeuses, de l'ignorance, de l'analphabétisme.
Et voici qu'on voudrait l'emmurer, l'enfermer dans un linceul hideux, la masquer, l'effacer. Lui imposer ce voile, objet d'une fixation maladive, symbole de l'annihilation du corps féminin, la négation de son existence. Et voici que ce viol conforte le désir de faire du voile le meilleur rempart contre les violeurs. Mais combien de femmes voilées sont-elles violées dans le mutisme, le silence, l'indifférence, dans la crainte du scandale et de la honte ? Le voile intégral est la hantise de ceux qui enterrent leur mère, leur femme et leur fille pour les soustraire au regard et à la lumière, fossoyeurs impénitents du corps pourvoyeur de la vie. Ces silhouettes anonymes sont l'expression d'un déni de leur propre corps, mais aussi, la condamnation du corps de celles qui le montrent, jugées indécentes et impies.
Et voici que le discours inégalitaire et sexiste est relayé même par certains membres de la Constituante : « femme complémentaire », « appendice », tant de termes dépréciatifs et méprisants, flous, qui cachent un réel désir de reléguer la femme à un rang inférieur, de l'exclure de la vie politique en soulevant de fausses interrogations et des polémiques du type : peut-elle exercer la fonction de présidente ? Ignorent-ils que leurs ancêtres avaient confié leur destinée à des femmes illustres, fiertés de notre histoire ? Les intentions de ces discoureurs sont loin d'être louables : la remise en cause du statut de la femme, le rejet d'acquis historiques, la négation d'un combat âpre, mené durant des décennies par des intellectuels, des penseurs, des artistes et des leaders politiques.
« Le succès ou l'échec d'une Révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s'en est trouvé modifié dans une direction progressiste. » Angela Davis
Il est évident que la liberté ne va pas de soi, ni l'égalité, ni la justice et que la résistance aux dérives doit s'organiser afin que les cris d'une femme violée ne soient point étouffés, que son visage ne soit pas caché, que son discours et sa plainte soient entendus, qu'elle ne se sente ni seule, ni abandonnée. Son calvaire est le nôtre, son cri est notre désespérance face à l'injustice et à l'arbitraire car partout où l'homme avilit la femme, il se dégrade lui-même.


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