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L'Afrique au cœur d'un projet ambitieux et décisif
2ème Forum international de la Conect
Publié dans Le Temps le 24 - 11 - 2012

«Responsabilité : fardeau aisément transférable sur les épaules de Dieu, de la chance, d'autrui, voire du destin. » Ainsi se prononce le dictionnaire du Diable sur la notion de la responsabilité. Le 2ème Forum international de la Conect en partenariat avec l'Institut RSE Afrique « Afrique Responsable, les pionniers de la RSE et la croissance verte inclusive » a, deux jours durant, ébauché une antithèse à cette déclinaison en explorant d'autres pistes de la Responsabilité sociétale de l'entreprise ( RSE) en rapport avec la réalité africaine.
Le potentiel du continent noir, ses attentes et ses spécificités ont constitué le matériau de base pour susciter chez les participants un intérêt marquant et pour contribuer dans le débat qui n'a pas manqué d'enrichir les uns et les autres.
Si Tarak chérif a dans son allocution d'ouverture a pris soin de montrer le souci de la Conect de franchir un nouveau pas en direction du progrès, c'est surtout la main tendue à l'Afrique qui a été appréciée, ce qui dénote d'une vision stratégique qui englobe l'indispensable partenariat, induit une synergie régionale et inscrit l'action dans le futur. Autant de dividendes à cueillir à moyen terme et qui doivent inspirer tous les leaders du pays afin d'exploiter cette conjoncture politique fondatrice pour créer une culture d'entreprise qui ne néglige aucun aspect : rentabilité, citoyenneté, progrès, etc.

Naturellement, les conférenciers et participants ne peuvent que répondre à l'attente du président de la Conect, sinon s'inspirer de ses déclinaisons. M. Philippe Vasseur, président-fondateur du Forum mondial de l'économie responsable (Lille), a enchaîné au même diapason pour faire une belle démonstration de rationalité socioéconomique qui accorde au profit, au progrès et à la légalité la même importance, voire un intérêt équivalent. Cela constitue une innovation qui doit interpeller les chefs d'entreprises présents, quoique en nombre réduit, ce qui est à déplorer. Il a recommandé d'accompagner les entreprises dans leur tentative de se démarquer des pratiques douteuse pour les installer dans la durabilité légale. Il est vrai qu'une entreprise qui triche peut inspirer ses effectifs à procéder de même dans la société, ce qui constitue, le cas échéant un exemple contre productif de la RSE.

L'intervention de l'ancien premier ministre Rachid Sfar, l'un des principaux référents de la Conect, a été très appréciée, constituant même un moment fort du Forum : « le concept RSE est globalisant et ne peut donc soutenir aucune subdivision restrictive, y compris la croissance verte inclusive ; il faut donc corriger la vision pour inscrire la démarche dans le droit chemin du développement durable. » avec sa fougue coutumière, M. Sfar s'est ensuite lancé dans une belle démonstration de la mission Ô combien porteuse de l'entreprise, sans doute rappelé a ses souvenirs d'ancien P-d g de la Régie de Tabac. Ainsi put-il établir le lien entre la gouvernance de l'entreprise avec celles du pays et du monde, rappelant à juste titre que « la souveraineté nationale n'est plus intégrale, même pour l'Amérique elle-même, se muant en souveraineté partagée en raison des interférences et des interdépendances.*»

Agir sur le secteur informel
Le thème relatif à la formalisation du secteur informel en Afrique a suscité un grand intérêt. Un chiffre suffit pour apprécier l'acuité de cette question : le secteur informel (SI) représente 55% du PIB en Afrique ( ramené à 38% en Afrique du Nord). C'est suffisant pour tirer la sonnette d'alarme et esquisser un redressement. Mais tous les intervenants ont été unanimes : la formalisation de ce secteur est une tâche colossale car elle a fini par structurer les économies d'autant que même de grandes entreprises ont opté pour la sous-traitance et l'externalisation pour réduire des charges sans être trop regardante sur les pratiques des sous-traitants en termes de gestion de ressources humaines. L'exemple d'un grand opérateur de téléphonie qui s'est lié avec le secteur informel pour assurer la distribution à grande échelle et à moindres frais est significatif du chemin qui attend la RSE dans le continent. Mais la réalité est là : le secteur informel perdure tant que la chaîne de valeurs par métier n'est pas bouclée dans la proximité, c'est le SI qui s'impose, le système D en prime. Conséquence inévitable : le fisc est privé de ressources quasiment à la même hauteur( 50%), ainsi que la couverture sociale. Les autres carences touchent, l'infrastructure, l'hygiène, voire la stabilité de l'emploi ; en un mot la qualité de la vie. C'est pourquoi la RSE devient dans un tel environnement autant un défi qu'un rêve, mais le défi mérite d'être relever mais en observant trois conditions : la méthode, la persévérance et la patience.
Reste à ébaucher un partenariat public-privé comme l'a souligné Riadh Zghal avec un accent mis sur la faisabilité. Quant au grand débat sur les modalités de mise en œuvre opérationnelle animé par Kamel Ayadi, il a été très fécond puisqu'il constitue le nœud par lequel doit transiter la réussite de la RSE. Les exemples et analyses développés dans plusieurs secteurs ont édifié l'auditoire sur les chances d'aboutir et la nécessité des réajustements qui s'imposent. L'apport du ministre Khelil Zaouia a permis de cadrer le concept de la RSE et de tracer ses sillons, rappelant que la révolution a ouvert de nouveaux horizons pour matérialiser sur le terrain, qu'est l'entreprise, cette recherche de dignité, l'emploi vert et décent constituant à lui seul une victoire qui doit en appeler d'autres. A juste titre il a rassuré concernant le verrouillage écologique du dossier d'exploitation du gaz de schiste, ce qui est un excellent cas pratique et une véritable mise à l'épreuve pour les gouvernants. De son côté Gilles Lhernould de Sanofi a fait une percutante communication où tout a été énoncé avec clarté et rigueur ce qui n'étonne guère : l'industrie pharmaceutique est un prototype de la RSE laquelle est fusionnée avec le souci de compétitivité et de profit, l'innovation en prime. Même les partenaires de Sanofi doivent se conformer aux règles de la RSE, ce qui est symptomatique de la grande culture d'entreprise du groupe Sanofi et qui a des retombées dans son environnement immédiat.

Détermination de la Conect
La Conect semble visiblement déterminée à faire de la RSE un de ses chevaux de bataille. Le concours d'experts mondiaux ( D'Humières, Vasseur), l'engagement de partenaires économiques de renommée et la participation d'opérateurs et de politiques, dont cinq ministres tunisiens en exercice ( Coopération internationale, Environnement, Gouvernance et lutte contre la corruption, Santé, Affaires sociales) sont autant d'indicateurs de l'opportunité de cette action qui a impliqué l'Institut Afrique RSE cofondé par le très dynamique Thierry Téné. Le chemin semble long, les résultats seront lents, mais le Forum, en recueillant les suffrages des participants, a imprégné une véritable dynamique. S'agissant d'une nouvelle culture, il est évident qu'elle exige l'adhésion des chefs d'entreprise, le concours du législateur qui doit énoncer les principes inaliénables avant le profit (droits de l'Homme, corruption, protection de l'environnement, etc.) et la pédagogie appropriée sur le terrain pour imposer de nouvelles normes qui éveilleront chaque agent économique sur l'impact du moindre acte professionnel.
Un dernier point : la qualité de l'organisation. La palme revient sans aucun doute à Douja Gharbi, le dynamo du Forum. Au four et au moulin, l'efficacité en prime, elle a bien répondu à l'appel du sociologue américain Zig Ziglar, : « c'est votre attitude, plus que votre attitude qui détermine votre altitude » .
*Rachid Sfar a publié aux éditions L'Harmattan à Paris un ouvrage — Mondialisation, régulation et solidarité — prônant des réformes radicales du système de gouvernance internationale, notamment celles concernant l'ONU et le FMI, pour assurer la paix et la sécurité, humaniser la mondialisation, atténuer ses inconvénients comme la précarité et le chômage des jeunes et offrir les mêmes chances de développement pour tous les pays.


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