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Tunisie agriculture : Dattes, seulement 50 millions d'euros par an et pas mal d'enjeux
Publié dans WMC actualités le 02 - 02 - 2010

Produit phare du pays, les dattes Nour figurent parmi les produits les plus exportés par la Tunisie. Aujourd'hui, il est important de passer du plus au mieux. Même si la fameuse «Deglat» est sérieusement concurrencée sur les marchés étrangers, elle reste néanmoins la reine des dattes. Objet de grandes attentions de la part de l'Etat et des privés, une action d'envergure pour promouvoir ce secteur est en cours. Le secteur est longtemps resté handicapé par de lourds obstacles. Une stratégie est mise en place. Elle ne tardera pas à porter ses fruits.
«50 millions d'euros par an ! Voilà tout le montant des recettes en devises issues de l'exportation des dattes en Tunisie. Notre pays aurait gagné tellement plus s'il avait opté pour plusieurs variétés de palmiers dattiers. Avec une culture monovariétale basée sur la Nour, on atteint rapidement des limites», brandit tout de go un agriculteur oasien. Un autre met d'emblée les fortes exigences de la célèbre variété en eau et sa délicatesse en avant. Très consommatrice en eau (environ 20.000 m3/ha), Deglett Nour est particulièrement sensible aux maladies, et aux pluies automnales compte tenu de sa période de maturation, de mi-octobre à fin décembre dans le Sud tunisien. «Depuis le temps qu'elle est connue hors de nos frontières, on aurait pu s'occuper d'elle en priorité. Nous avons perdu de temps précieux!». A peine prononce-t-on le nom de la belle, que les passions se déchaînent.
Reine sur tous les marchés, la qualité de la Deglett Nour est incontestable. Certes, il y a en face la datte algérienne. Elle ne fait encore pas le poids surtout à cause du savoir-faire et du niveau de certifications qu'atteignent les entreprises tunisiennes opérant dans ce secteur. L'Algérie est le septième producteur mondial de dattes, exportant 15.000 tonnes dans le monde à travers la France. Israël est en train de se hisser peu à peu à la tête des pays producteurs avec notamment une variété qui produirait près de 200 kg par palmier dattier.
Du côté des exportateurs et des gros producteurs, Deglett Nour est la perle précieuse qu'il faut bichonner. «Elle se vend toute seule tellement on la connaît bien dans les circuits de distribution. Elle est de plus en plus demandée sur le marché et même si le label n'existe pas encore en tant que tel, il est dans la tête des gens», déclare Wafa Ferjani, responsable Export et Marketing de Horchani Dattes. Une société qui exporte environ 6.000 tonnes sur les marchés européens et musulmans. Il n'en reste pas moins vrai que du côté de l'Etat, on s'active à la labellisation de la reine.
En fait, la large culture de la variété Deglett Nourdate du début du siècle. Pourtant, sa culture dans la région du Djérid prend naissance autour du 17ème siècle. Ce n'est que lorsqu'elle acquiert une véritable notoriété et qu'elle commence à être hissée au top des ventes des fruits dans le commerce national et international qu'on commence à planter cette variété au détriment des autres. Au vu de sa nouvelle valeur marchande, sa plantation a été intensifiée durant les années 1960. Depuis plus d'une dizaine d'années, l'Union Européenne participe au développement des palmeraies avec notamment celles de «Rjim Maatoug» dans la région de Kébili.
L'assaut du bio
Dans un souci de diversification et de valorisation, le secteur mise sur les exportations de dattes biologiques pour donner davantage de valeur ajoutée à la datte Made. 2.300 tonnes en 2008 ont été exportées contre 905 tonnes en 2003. L'objectif pour 2011 est d'atteindre les 4.000 tonnes tout en révisant les prix en coordination avec les opérateurs concernés et la diversification des circuits de distribution. Les dattes dénoyautées sont aussi un nouveau produit qui commence à s'installer sur le marché de l'export. Avec 4.346 tonnes en 2007 contre 2751 tonnes en 2003, on sent les choses bouger. Elles augurent assurément de jours meilleurs in Tunisia.
Il est aujourd'hui question de continuer à promouvoir la variété deglett Nour, de mieux faire connaître ses spécificités, d'identifier de nouveaux créneaux à l'exportation et d'améliorer sa qualité avec des conditions de conditionnement et des modes d'exposition performants. Depuis une rigoureuse étude sectorielle conjointement réalisée par l'Etat et la Banque mondiale, tous les efforts sont mis en œuvre pour la réorganisation du secteur. Le conditionnement et l'adaptation du produit aux exigences des marchés à l'export, notamment par l'amélioration de la qualité et des méthodes de commercialisation sont en marche.
Un secteur vital
Outre le fait qu'il emploie près de 10% de la population tunisienne qui vit directement ou indirectement du palmier dattier, ce dernier est source de vie et facteur de prospérité, pour les régions de production. De façon générale, on récence pas moins de 3 pôles de culture des palmiers et les palmeraies tunisiennes couvrent une superficie de 22.500 ha qui comptent environ 3 000.000 pieds. Au niveau géographique, la répartition de la production serait la suivante: 16.100 tonnes à Tozeur, 11.900 à «Deguech», 7.300 à Nefta, 4.050 à «Hezwa» et 2.650 à Tamerza.
Aujourd'hui, le secteur des dattes pèse dans l'économie tunisienne. Il occupe une place très importante dans les échanges commerciaux de la Tunisie et se hisse au 3ème rang dans les exportations, après l'huile d'olive et les produits de la mer. La Tunisie est incontestablement le premier exportateur de dattes dans le monde. Avec une production totale de 145.000 tonnes au cours de la saison 2008-2009 (contre 124.000 en 2007-2008), le pays s'assure une place prépondérante en tant que producteur.
Exportant près de 80 à 85% de sa production totale, le secteur participe à l'export à hauteur de 5% dans la valeur globale de la production agricole et à 16% dans la valeur globale de ses exportations. A titre indicatif, au cours de la saison 2007-2008, les exportations se sont élevées à 61 mille tonnes. Elles ont généré des recettes de l'ordre de 187 millions de dinars. Selon le Groupement Interprofessionnel des Fruits (GIF), «la Tunisie est le premier exportateur mondial en termes de valeur. Les dattes tunisiennes, qui connaissent un franc succès sur les marchés mondiaux, accaparent 30% de la valeur du commerce mondial».
En effet, les dattes tunisiennes sont présentes sur 56 marchés. Ses principaux clients sont la France (20%), le Maroc (28%), l'Italie (8%), l'Allemagne (9%), l'Espagne (7%)... Ces dernières années, plusieurs programmes ont été lancés par l'Etat tunisien pour mieux positionner particulièrement la Deglett Nour. On ne peut que se réjouir des quelques avancées réalisées. On enregistre, en effet, une nette amélioration des quantités exportées qui représentent désormais 65% du total de la production de cette variété.
Conscient de ce fort potentiel, le secteur met tout en œuvre afin de pénétrer de nouveaux marchés. Une stratégie a été mise en place. Elle vise à promouvoir les exportations des dattes en direction de pays du sud-est asiatique, de la Russie, et des Etats d'Amérique du Nord.
Pour saisir la gageure, il est à retenir qu'à ce jour, le pays exporte 1.500 tonnes en Malaise, 1.200 tonnes en Indonésie, près de 2.000 tonnes en Russie et 1.500 en Turquie. Tous ces pays ont fortement augmenté leurs importations depuis ces dernières années. Les cibles pour demain sont les marchés de l'Inde et de la Chine.
De sérieux handicaps
S'il y a un souci que l'industrie de la datte se doit de relever, c'est bien celui du stockage. Tout le secteur est confronté à sa faiblesse. La capacité actuelle est estimée à 15.000 tonnes gérées par 27 unités de conditionnement. La demande est évaluée à plus de 32.500 tonnes.
Question qualité, l'Etat ne lésine pas sur les moyens. Il a institué des incitations fiscales et financières pour promouvoir le secteur dans le but d'aider les conditionneurs à se mettre à niveau, à moderniser leurs équipements, à se doter d'unités de maintenance et à s'adapter aux normes internationales (HCCP). De nombreux opérateurs affichent désormais une qualité à même de répondre aux normes de la conjoncture actuelle du commerce international des produits agroalimentaires. La traçabilité et la sécurité sont devenues des impératifs que les entreprises tunisiennes assument et gèrent avec assurance.
Il n'en reste pas moins vrai que d'autres problèmes et non des moindres se dressent devant l'essor du secteur : la non-diversification des débouchés, la forte dépendance des aléas climatiques, l'insuffisance des eaux d'irrigation tunisiennes et le faible rendement du palmier dattier tunisien. Un palmier qui produit actuellement 25 kg contre 100 kg ailleurs. L'objectif de tout le secteur est bien entendu de produire plus, mieux et plus longtemps.
Il est évident que le secteur des dattes n'est pas de tout repos. Mais si mère nature venait à s'emmêler, cela compliquerait vraiment les choses. En effet, un fléau menace les oasis tunisiennes. Il a pour nom «Bayoudh», un parasite qui a décimé au Maroc et en Algérie une dizaine de millions de palmiers. Notre pays qui ne compte que 4,5 millions de palmiers risque de connaître le pire des scénarii si jamais ces palmeraies venaient à être affectées par ce parasite. Selon certains spécialistes, «tout l'arc méditerranéen de l'Espagne à l'Italie est touché par ce papillon particulièrement invasif et qui menace les plantations de palmiers-dattiers du Maghreb et des pays du Sud».
L'autre menace sur les oasis tunisiennes est l'érosion génétique qui sape la pérennité de cet écosystème. Certains agronomes avancent que le remède à ce fléau consiste à réhabiliter la diversité génétique. Le développement de nouvelles palmeraies pour lutter contre l'avancée des sables s'avère nécessaire. Le but recherché étant de préserver la biodiversité et valoriser des variétés de dattes plus résistantes aux parasites.
Entretemps, la main-d'œuvre commence à poser de sérieux problèmes pour le secteur. Selon le rapport de A. Rhouma, de l'INRAT de Degache, cette dernière «est de plus en plus rare et de plus en plus chère suite au désintérêt des jeunes». Le rapport attire l'attention sur «la nature des activités qui sont souvent saisonnières et difficiles». On assiste, en fait, «à un passage progressif du mode de faire-valoir basé sur le métayage «Khammès» au mode de faire-valoir basé sur une main-d'œuvre salariale et une perte énorme du savoir-faire traditionnel».


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