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Tunisie - Le véritable nouveau poids de la Troïka à l'Assemblée constituante
Publié dans Business News le 23 - 11 - 2012

Le doute caractérisant le paysage politique en Tunisie s'est transposé à l'Assemblée nationale constituante (ANC) avec, notamment, une défection de 23 députés parmi les 49 que possèdent les alliés d'Ennahdha au sein de la Troïka gouvernante, d'où une recomposition des équilibres entre les blocs politiques.
Les équilibres établis à la sortie des urnes le 23 octobre 2011 ont été chambardés, à la suite des multiples migrations des constituants entraînant, entre autres, l'affaiblissement des deux alliés d'Ennahdha, le CPR et Ettakatol, la disparition du bloc d'Al Aridha et la naissance de celui de Nidaa Tounes, ainsi que d'autres blocs volatiles.
Le CPR, deuxième force électorale le soir du 23 octobre avec 29 sièges, ne dispose plus que de 15 constituants. La scission du groupe Wafa d'Abderraouf Ayadi lui a fait perdre 14 membres. Pour sa part, Ettakatol n'a désormais plus que 12 sièges alors qu'il en avait 20 au départ. Neuf constituants sont allés dans tous les sens, contestant « le manque de transparence de la politique du parti de Mustapha Ben Jaâfar », comme l'a déploré la constituante Fatma Gharbi qui a claqué la porte et est en négociations avec le parti Nidaa Tounes de Béji Caïd Essebsi.
Ebranlée par ces secousses, la Troïka gouvernante qui avait 138 élus lors de sa constitution, soit près des deux tiers des 217 membres, ne dispose plus que de 115 voix potentielles. Pire encore, il lui est arrivé de ne pas parvenir à réunir les 109 voix nécessaires à la majorité absolue, comme ce fut le cas lors du vote sur l'instance provisoire de la magistrature.
Par ailleurs, les secousses ne se sont pas limitées à la Troïka, la liste indépendante d'Al Aridha (Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement) de Hechmi Hamdi, sortie troisième des urnes avec 26 sièges a perdu son bloc parlementaire suite à des scissions successives. La première ayant débouché sur la naissance du bloc de la liberté et de la démocratie dont les membres sont issus d'Al Aridha et ont contesté le « despotisme londonien » de Hachemi Hamdi. La poursuite des dissidences, dont celle de Brahim Gassas, a rayé le bloc du bureau de l'Assemblée pour la simple raison qu'il ne dispose plus des 10 membres nécessaires.
Quant au Parti démocratique progressiste (PDP) de Néjib Chebbi, il a réussi à glaner 16 sièges lors des élections du 23 octobres. Le PDP s'est entretemps rallié avec Afek Tounes pour former le Parti républicain. Les députés des deux partis ont fait alliance avec ceux du Pôle démocratique moderniste et quelques indépendants afin de constituer le bloc démocratique, deuxième force à la Constituante après Ennahdha. Ce bloc compte 31 membres et n'a pas été ébranlé suite à la scission au sein du PDP. Les deux clans sont restés au sein du bloc démocratique.
Côté création de blocs, l'ex-membre d'Ettakatol, Salah Chouaïeb, a créé le bloc "les indépendants libres", en s'associant à d'anciens constituants du bloc d'Al Aridha. Il y a également le bloc Wafa, créé par Abderraouf Ayadi suite à sa démission du CPR, qui peine à survivre aux démissions.
Pour ce qui est de Nidaa Tounes, c'est l'étoile montante au sein de l'ANC. Le parti de Béji Caïd Essebsi aurait déjà rallié 14 constituants, selon Khemaïs Ksila (plus de 10 adhésions officielles sont déjà répertoriées), et continue à attirer les indépendants et les indécis. Une demande va être incessamment déposée pour obtenir le statut de bloc. Ce parti ne cesse de bénéficier d'un élan de confiance au sein des masses, comme étant une potentielle alternative à la Troïka.
Les mutations entre les blocs parlementaires traduisent un déficit d'appartenance chez ces constituants volants. La majorité des mutants n'avait pas d'appartenance politique avant d'accéder à l'Assemblée. Seuls les députés d'Ennahdha et du bloc démocratique ont fait preuve de stabilité dans leur ralliement politique. Même les députés d'Ettakatol et du CPR ont montré des signes d'indiscipline par rapport à leurs directions respectives, ce qui augure de graves difficultés pour réunir la majorité nécessaire pour l'adoption de la Constitution.
Il suffit de voir ce qui se passe actuellement lors des débats concernant l'instance supérieure indépendante des élections pour imaginer ce qui va se passer, plus ou moins, lors des prochaines discussions des articles de la Constitution.
Cette situation pousse à dire qu'actuellement, la majorité autour d'Ennahdha n'est plus aussi stable qu'elle ne l'était dans le passé. Aux côtés des inamovibles 89 voix nahdhaouies, Ettakatol ne peut compter que sur 12 voix, voire 11 parce que Karima Souid peut facilement changer de bord. Le CPR, l'autre allié au sein de la Troïka, compte certes 15 voix. Mais, à l'image de Samia Abbou et au vu des propos de Mohamed Abbou, le CPR souffle le chaud et le froid. Il est capable de toutes les fantaisies à l'image de son fondateur et ex-président, Moncef Marzouki.
Ennahdha peut certes compter sur quelques voix d'indépendants. Mais, on ne peut baser une majorité sur de telles voix volatiles. C'est ce qui explique les clins d'œil successifs des islamistes vers le PDP de Néjib Chebbi et Al Massar de Ahmed Brahim qui se considèrent non-concernés par un hypothétique élargissement de la Troïka. Peut-on parler, alors, d'un isolement d'Ennahdha, alors qu'en face, le bloc démocratique constitue une frange assez stable ?
Face à Ennahdha, le bloc démocratique peut compter indéniablement sur les voix de Nidaa Tounes, d'un bon nombre des indépendants libres et du Front populaire, y compris sur les membres d'Ettakatol et un certain nombre d'élus CPR, lors des votes sur les questions égalitaires et en rapport avec l'Etat civil, ou encore concernant le régime politique. Questions pour lesquelles il n'existe pas de « Troïka », mais où chacun défend ses valeurs et sa vision.
La Constituante vit donc au gré des marées, ce qui n'augure pas un bon présage pour une rapide clôture des débats sur la Constitution.


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