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Journalistes, argent et politiques : les liens dangereux
Publié dans Business News le 31 - 01 - 2014

Un journaliste qui reçoit une grosse somme d'argent de la part d'un ministre. Un autre qui se fait lyncher médiatiquement par un homme d'affaires et chef de parti politique. Des sites qui se présentent comme spécialistes en investigations et des chaînes de télévision qui se font financer par des transactions opaques. Une radio qui se fait financer par le lobbyiste en chef du parti présidentiel.
Le quatrième pouvoir résistera-t-il à l'appât de l'argent politique au risque de menacer la transition démocratique naissante en Tunisie ?
L'argent et la politique font-ils bon ménage ? La question n'est pas encore tranchée dans les grandes démocraties et encore moins en Tunisie. En Italie, Silvio Berlusconi, ancien président du conseil, a toujours joué à découvert avec ses multiples chaînes qui l'ont bien aidé à occuper son poste. Aux Etats-Unis, c'est l'homme politique qui paie le plus qui a droit aux faveurs des plus grands médias et personne ne s'en cache. En France, ça reste un tabou. On a beau parler de la proximité et de l'amitié des groupes Bouygues et Lagardère avec Nicolas Sarkozy, on n'a jamais vu TF1 ou Canal+ offrir des tribunes libres et propagandistes à l'ancien président français. On continue à préserver les apparences et à respecter une certaine déontologie. Une déontologie qui change en fonction des pays et des cultures.
Quel modèle devrait suivre la Tunisie en matière de relations entre les médias et les hommes politiques ? Le sujet fait débat, mais pas devant le grand public. On en parle bien au Syndicat des journalistes tunisiens et à la Fédération tunisienne des directeurs de journaux et les avis sont divergents. Il y a ceux qui ne voient aucun mal à ce que l'argent politique vienne se mêler aux médias, dès lors que ce soit connu par le lecteur/auditeur/téléspectateur et ceux qui préfèrent abolir toute relation et parlent, naïvement, d'une neutralité qui n'existe nulle part. Un journaliste ou un média n'est jamais neutre et ne peut jamais l'être. On défend obligatoirement une idéologie et on suit inévitablement une ligne éditoriale.
Les signaux d'alerte quant à ces liens dangereux commencent à se multiplier. Il y a ceux que tout le monde voit, sans que les autorités ne rouspètent. Encore moins les organisations professionnelles et la société civile. Il s'agit de ces chaînes télévisées au financement et au business model inconnus. On parle notamment de Zitouna TV, d'El Moutawasat et de TNN. Ces trois chaînes émettent depuis la Tunisie et recrutent des animateurs et journalistes. Elles diffusent 24/24 et 7/7 et, en théorie, leurs charges d'exploitation se chiffrent à des millions de dinars par an, au regard du coût des salaires et de la location des fréquences satellites. En retour, on ne leur connaît aucune source de financement classique officielle. Les business model pour une chaîne de télévision et un quelconque média ne sont pas nombreux : soit le média se fait financer par son lecteur/téléspectateur, soit par la publicité. En dehors de ces deux financements, le média perd son indépendance et entame sa crédibilité.
Or ces chaînes ne diffusent quasiment jamais de spots publicitaires et n'intéressent même pas les annonceurs avec leurs taux d'audience oscillant entre le 0 et le 1%.
D'où financent-elles leurs programmes et en contrepartie de quoi ? L'opacité totale est de mise. Le fondateur de Zitouna TV s'appelle Oussama Ben Salem et il est fils de l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur. Il a déclaré qu'il a lancé la chaîne avec 30.000 dinars, alors que l'on sait parfaitement que ledit montant ne couvre même pas une semaine de charges.
Al Moutawassat a été lancée par un illustre inconnu au nom de Samir Ennour. Derrière cette chaîne, une société de production dénommée Ennawras SARL créée en juillet 2012 avec pour capital 120.000 dinars. Un montant qui sert à peine à ouvrir un journal électronique et couvrir un trimestre de charges. Depuis, la société a augmenté son capital (atteignant aujourd'hui 1,7 million de dinars) et changé de gérant pour nommer Noureddine Aouididi. Ancien d'El Jazeera, M. Aouididi est connu pour ses proximités avec le CPR et Ennahdha et leurs dirigeants. Il porte une haine farouche à l'opposition et il ne s'en cache pas.
Mais il n'y a pas que lui. Si un de ses journalistes a déclenché la risée de tous lorsqu'il a déclaré que sa maman intervient dans les choix de ses invités sur le plateau, un autre suscite moult interrogations. On parle de Mokdad Mejri qu'on a vu l'été dernier prendre ses bains de soleil sur une chaise longue aux côtés de l'ancienne ministre Sihem Badi. Le même Mejri est cité dans l'affaire du Sheraton Gate et il aurait reçu un chèque de 8000 dinars de l'ancien ministre Rafik Abdessalem. Pourquoi ce chèque ? Un secret d'Etat, déclare l'ancien ministre et gendre du président d'Ennahdha, Rached Ghannouchi. Malgré la gravité de la déclaration, aucune organisation professionnelle n'a crié au scandale. Silence total du côté des partis politiques qui se la jouent intègres et pavoisent avec le Livre noir qui a démasqué l'outil propagandiste de Ben Ali.
Quant au financement de la chaîne, il est entièrement opaque. Très peu de spots publicitaires ont été aperçus sur cette chaîne. On se rappellera cependant un de l'Office de l'Artisanat (organisme public) qui devrait s'expliquer, un de ces jours, sur ce choix de diffuser une publicité dans une chaîne très peu regardée. Pour rappel, l'Office de l'Artisanat était sous la tutelle du ministère du Commerce et de l'Artisanat, lequel était dirigé par Abdelwahab Maâter, membre du parti présidentiel CPR.
Sihem Ben Sedrine, fondatrice de Kalima qui se vantait par sa radio apportant une touche de crédibilité dans le paysage médiatique tunisien, a été financée par Nasr Ali Chakroun, qui a contribué à la campagne du président Marzouki. Faute de pub et suite à un différend entre les fondateurs et le financeur à propos de la gestion, M. Chakroun a fermé le robinet.
Outre ces partis proches de l'ancienne troïka, on note l'achat par Mohamed Ayachi Ajroudi, fondateur du Mouvement du Tunisien pour la liberté et la dignité, de la chaîne de télévision Al Janoubiya. L'achat des fréquences d'Ettounsiya par le fondateur de l'UPL, Slim Riahi qui jure ses grands dieux de ne pas intervenir dans la ligne éditoriale de la chaîne. Rares peuvent croire à ces propos, notamment après le clash qu'il a eu dernièrement avec Moez Ben Gharbia qui a dû quitter la chaîne, alors que ses émissions caracolaient à la tête de l'audience.
Finalement, seul Larbi Nasra, fondateur de Hannibal TV, a accepté de s'éloigner du paysage médiatique après s'être lancé dans la politique. N'empêche, on n'en sait pas grand-chose sur les nouveaux acquéreurs de la chaîne qui fonctionne, malgré tout, grâce à la pub, contrairement à toutes les autres.
Des radios pirates et des dizaines de sites internet, qui se présentent comme des journaux alors qu'ils n'ont aucun journaliste accrédité, pullulent sur le web et adoptent tous une ligne éditoriale favorable aux partis vainqueurs des dernières élections. Comment sont-ils financés et par quel argent ?
La Tunisie va vers des élections et tout le monde veut qu'elles soient transparentes. Les médias ont un grand rôle à jouer dans ces élections et il est impératif qu'ils dévoilent leurs comptes aux organismes de l'Etat. Que l'argent politique soit mêlé à ces médias, cela peut se concevoir (comme en Italie ou aux Etats-Unis), mais que cela se sache et se fasse dans la transparence ! Tout comme les partis politiques, les médias doivent avoir l'obligation de dévoiler leurs comptes aux organismes publics et d'indiquer d'où provient l'argent avec lequel ils travaillent. Le futur électeur et le lecteur/téléspectateur/auditeur ont le droit de savoir pour qui « roule » son média et cela fait partie des b.a.ba de la démocratie. Autrement, c'est tout le processus qui est menacé.


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