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Election présidentielle : du devoir de vérité
Publié dans Business News le 13 - 09 - 2019

Il est indéniable que ce que nous vivons aujourd'hui est historique à plus d'un titre et renforcera notre place dans la région et sur la scène internationale. Les élections qui vont se dérouler dans notre pays nous rendent encore plus singuliers dans un environnement dominé par l'autoritarisme et les dictatures et déchiré par les conflits. Mais cet avantage ne nous prémunit pas des dangers qui nous guettent de l'intérieur même de nos frontières où nous jouons notre cohésion et notre unité en tant que société et en tant que nation.
L'extrême tension que nous vivons pendant cette campagne est normale, tant qu'elle n'atteint pas le point de non-retour et ne se transforme pas en conflit ouvert. Elle reflète des oppositions entre des intérêts et des groupes bien établis dans la société. Les confrontations en cours portent toujours sur les libertés publiques et individuelles, les questions sociétales et identitaires, sur la répartition des richesses et sur le pouvoir et les institutions. Elles ont, depuis 2011, coexisté avec des intensités diverses mais toujours dans des limites qui ont empêché une déflagration destructrice.

Tout en continuant à souffrir du provisoire institutionnel, le pays souffre de l'émiettement de ses forces politiques entretenues à dessein par les forces conservatrices et fondamentalistes - qui en ont été à l'origine et qui représentent leur assurance-vie pour se maintenir au pouvoir- et des forces de l'argent sale qui ont fait des partis politiques, des médias et des associations leurs armes pour maintenir leurs mainmises sur le pouvoir et les ressources du pays. On comprend dès lors, les échecs cuisants des différents pouvoirs (gouvernements, présidents de la République et parlements) à répondre aux aspirations de la population pour de meilleures conditions de vie et une plus grande lisibilité quant à l'avenir. Mais aussi à produire un consensus minimal sur les réformes structurelles dont le pays a besoin pour atteindre le niveau de croissance nécessaire, répondre aux besoins pressants et sortir du cercle infernal du déficit public et de l'endettement.
Dans un tel contexte électoral, il est essentiel que certains principes soient respectés par tous si on ne veut pas que les élections se transforment en guerre civile larvée et qu'elles ne soient pas le point de départ d'une nouvelle période d'instabilité. Parmi ces principes, le devoir de vérité est primordial pour nous éviter de nous réveiller avec le sentiment d'avoir été trahis ou d'avoir voté pour autre chose que ce que nous avons choisi : vérité sur la situation du pays bien entendu, vérité sur les dangers et les contraintes intérieures autant qu'extérieures auxquelles nous faisons face, mais aussi vérité sur les possibilités réelles d'action au cours des cinq prochaines années, autant en terme d'alliances politiques projetées qu'en terme de programmes à mettre en œuvre.

Dans les faits, chacun peut observer des candidats qui prétendent à la fonction présidentielle ne respectant pas ou prou ce principe. Dans leurs discours et promesses transparait comme une volonté cachée d'exercer leur mandat tel que l'exerçait Bourguiba ou Ben Ali, en concentrant tous les pouvoirs sans se soucier des limites de prérogatives que fixe la constitution de 2014. Ils promettent des mesures ou des réformes dont ils n'ont pas constitutionnellement la charge, ou pour lesquelles ils ne disposent pas de moyens politiques pour les mener à bien. C'est le cas par exemple des propositions de réformes sectorielles dont ils nous abreuvent et qui sont du domaine du gouvernement, de l'idée de réformer la constitution alors qu'ils n'ont pas de partis politiques qui les soutiennent ni de majorités prévisibles. De la pure démagogie. Et si telles sont leurs intentions réelles, la perspective certaine de conflits entre le futur président et le futur chef du gouvernement est à redouter.
Le fait aussi que les candidats ne nous éclairent pas davantage sur les alliances ou les regroupements politiques qu'ils comptent rassembler pour exercer leur mandat dans la stabilité est véritablement anxiogène, surtout quand on se rappelle le passé, la volatilité et le peu de cohérence des majorités. Ce problème devient plus inquiétant quand il s'agit de candidats sans partis politiques. Certains ont cependant innové. Tout en mettant en avant leur indépendance, ils laissent venir à eux des personnalités et des partis discrédités qui sont à l'origine des pires pratiques antidémocratiques des quatre dernières années, tout en sachant qu'à l'issue des élections, ils n'hésiteront pas à demander la contrepartie et le bénéfice politique de leur soutien. D'autres candidats surfant sur la nostalgie, se font entourer par des caciques de l'ancien régime dont ils sont originaires, pensant possible une répétition de l'histoire.

Le devoir de vérité s'impose dans l'évaluation de la situation du pays. Il est certes de bonne guerre de mettre tous les problèmes du pays sur le dos de celui qui assume la fonction de chef de gouvernement, mais il est aussi nécessaire que toutes les forces politiques qui ont assumé des fonctions exécutives et législatives depuis 2012 prennent leur part de cette responsabilité, et plus encore ceux qui ont été les véritables fossoyeurs de leur propre majorité depuis 2014 créant ainsi une instabilité sans nom dans le pays, sans compter les erreurs politiques commises par le défunt président.
Il y va de même du cercle infernal déficit public – endettement que connait le pays depuis une dizaine d'années. Il est plus qu'irresponsable de ne pas considérer que le déficit public actuel s'explique autant, sinon plus, par l'accumulation de choix budgétaires désastreux depuis 2012, que par les choix faits seulement en 2016. L'évolution de l'endettement est directement corrélée à l'affaiblissement de l'économie dans son ensemble et à l'augmentation inconsidérée de la masse salariale, et ce essentiellement en 2012-2013. Le devoir de vérité impose aux prétendants d'expliquer à l'opinion publique que le processus de stabilisation macro-économique entamé par le gouvernement de Habib Essid –à partir de la signature de l'accord avec le FMI - nous a lié les mains pour plusieurs années avec le risque de nous voir basculer plus clairement dans un processus d'ajustement structurel qui sera encore plus cruel, avec à la clé des obligations de privatisation et de dégraissage de la fonction publique, des limitations dans les dépenses sociales et encore plus d'encadrement du crédit. Si nous ne nous réformons pas nous-mêmes, et pour continuer à financer notre économie, on nous obligera de l'extérieur à nous réformer dans la douleur. Dans le contexte politique qui était le leur, les deux gouvernements de 2015 et 2016 ne pouvaient agir qu'à la marge pour réduire les déficits tant leurs majorités politiques était chancelantes sous l'effet de l'éclatement de Nidaa, de l'endormissement créé par le fameux consensus du défunt président, de l'UGTT et de la résistance aux réformes.

Autre curiosité qui nous montre que le principe de vérité est loin d'être partagé, est celle de voir plusieurs candidats qui étaient ministres sous plusieurs gouvernements jamais interpellés sur leurs bilans respectifs. Plus grave encore Ennahdha qui a été de tous les gouvernements depuis 2011 se comportent comme si elle était hors responsabilité et n'est soumise à aucun questionnement réel sur sa stratégie, ses politiques et sur son bilan. Pourtant l'émiettement du tissu politique est de son fait, l'accumulation de déficit, elle en porte une forte responsabilité. De même qu'elle porte une responsabilité politique de premier plan dans les années de braise que le pays a vécus de 2013 à 2016. C'est tout de même frappant que les partis de gauche ou les personnalités qui se posent en sauveur de la nation – et ils sont nombreux - ne trouvent rien à dire sur un adversaire historique de premier plan qui a été la principale force de tous les gouvernements post-révolution, et qui n'offre pas encore toutes les garantis démocratiques.
Il y a une autre vérité qui saute aux yeux dans notre réalité électorale, c'est la présence manifeste de l'argent et des hommes d'affaires à tous les niveaux qui crée une situation d'inégalité entre les candidats et porte atteinte à la liberté de choix des électeurs. On se rappelle encore de l'affaire des 800.000 euros versés à une entreprise israélienne. Selon tous les observateurs, plusieurs candidats dépasseront allègrement les plafonds légaux de dépenses autorisés par l'Instance supérieure indépendante pour les élections. Ne parlons pas des sommes d'origine inconnue dépensées pour acheter des pages sponsorisés au bénéfice de tel ou tel candidat et manipuler les électeurs.
Mais plus grave encore, c'est l'achat des consciences qui a débuté quelques fois plusieurs années avant ces échéances électorales. Le cas des sommes en liquide versées par un parti conservateur de la place bien connu pour ces pratiques n'est rien devant le professionnalisme des associations de Olfa Terres et de Nébil El Karoui, mais aussi des associations de charité proches du parti Ennahdha. Peut-on encore parler d'élections libres et de liberté de choix des électeurs quand on sait que ces deux derniers ont instauré une vrai politique des « ventres creux » pour s'attirer les voix des plus vulnérables de nos concitoyens.

Enfin nous ne pouvons passer sous silence ce que tout le monde sait, à savoir le rôle néfaste et destructeur que certains médias privés jouent dans la campagne en sortant de leur partialité et en prenant partie pour un candidat en particulier. Si le cas de Nessma relève de la vulgarité, tant la pratique discriminatoire est patente en faveur du propriétaire de la chaîne, lui-même candidat, celui d'Elhiwar Ettounsi est certainement plus grave car la ligne éditoriale partiale se veut neutre et courageuse mais tout aussi redoutablement efficace à force de véritables transes médiatiques servies en direct chaque soir de la semaine pour influencer les téléspectateurs. La chaîne N°9 n'est pas du reste et semble aussi avoir ses préférences en dépit du bon sens déontologique. Tout cela alors que les chaînes publiques ont été incapables, à défaut de réformes substantielles, de jouer un rôle moteur dans l'animation du débat public et d'être les véritables pilote du paysage télévisuel du pays.
Dans quelle mesure ses pratiques vont dénaturer les résultats et entacher leur crédibilité. Seul l'avenir ne nous le dira.

Face à ce tableau peu reluisant, nous ne pouvons que souhaiter que les hautes commissions indépendantes pour les médias et pour les élections ainsi que l'institution judiciaire jouent pleinement leurs rôles pour sauver cette fête électorale et contribuer à bâtir une culture démocratique. En dépit de toutes les insuffisances, le devoir de voter pour le candidat de son choix devient un impératif absolu et un gage de responsabilité pour que, progressivement, le peuple finisse par imposer sa volonté.


NB : Les opinions exprimées dans la rubrique "Tribunes" n'engagent pas la Rédaction de Business News.


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