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Convulsions du paysage politique national : Ennahdha pourra-t-il tout chambarder ?
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 07 - 2020

Plusieurs indicateurs laissent entendre qu'Ennahdha ne veut plus faire partie de la coalition gouvernementale dans sa composition actuelle. Ses exigences étant rejetées par Elyes Fakhfakh, le mouvement pourrait tenter le coup d'aller au bout de la solution constitutionnelle que lui offre son alliance stratégique avec Qalb Tounès et Al Karama, en piochant aussi du côté de certains députés qui y trouveront leurs comptes.
Il semble que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts au cours du week-end dernier dans la mesure où Ennahdha menace maintenant, mais sans le dire carrément, de ne plus attendre les conclusions des commissions d'enquête parlementaire et gouvernementale sur l'affaire du conflit d'intérêts dans laquelle pourrait être impliqué Elyes Fakhfakh, Chef du gouvernement. Le parti de Montplaisir dénonce dans la déclaration de son dernier bureau exécutif le refus que lui a opposé Elyes Fakhfakh d'élargir la coalition gouvernementale, stigmatise aussi l'absence de solidarité au sein de l'équipe ministérielle et aussi au sein de la coalition parlementaire et laisse entendre qu'il ne se taira plus sur les agissements de certains de ses partenaires au gouvernement «qui cherchent à cibler Ennahdha en s'alignant aux forces politiques extrémistes pour laisser passer des options parlementaires suspectes et faire dévier le Parlement de sa mission au service des questions nationales», comme le précise texto le communiqué issu de la réunion du bureau exécutif d'Ennahdha.
Hier, Majed Barhoum, député et membre du Conseil de la choura, et Sana Mersni, députée et porte-parole du conseil de la Choura, n'y sont pas allés par quatre chemins pour dénoncer l'attitude d'Attayar dont les représentants au sein du bureau de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) ont voté pour l'examen par les députés, lors d'une séance plénière, de la motion soumise par le Parti destourien libre (PDL) appelant à ce que l'organisation des Frères musulmans soit déclarée organisation terroriste, contrairement aux représentants de Qalb Tounès, d'Al Karama et d'Ennahdha qui ont refusé que ladite motion soit discutée par les députés.
La campagne d'explication menée, hier, par les deux responsables nahdhaouis laisse-t-elle entendre que les Nahdhaouis ont déjà tranché leurs conflits avec les Tayyaristes qui ne ratent aucune occasion pour rappeler leurs désaccords avec Ennahdha et pour dénoncer l'alliance que certains considèrent comme stratégique qui est en train d'être tissée entre Ennahdha, Al Karama et Qalb Tounès ?
L'alliance en question pourrait être composée de près de 104 députés, ce qui pourrait ouvrir la voie à la présentation d'une motion contre Fakhfakh, le cas échéant en garantissant le nombre de 73 députés au moins exigé pour l'acceptation d'une telle motion et ce qui pourrait aussi assurer son adoption au cas où ladite coalition arriverait à arracher l'aval de cinq ou six autres députés parmi ceux qui attendraient le dernier moment pour choisir leur camp.
Et les analystes et les observateurs de pencher vers l'idée selon laquelle Ennahdha aurait décidé de prendre les devants sur ce qui pourrait marquer le paysage politique dans le sens du maintien de Fakhfakh à son poste à La Kasbah ou peut-être dans l'optique de le voir rendre le tablier. Ce qui redonnera au chef de l'Etat l'opportunité de nommer, de nouveau, une personnalité qu'il jugera comme étant «la plus à même» de former un nouveau gouvernement.
Beaucoup parmi les analystes se disant au parfum de ce qui se passe au sein du parti nahdhaoui n'hésitent pas à affirmer que Rached Ghannouchi et ses lieutenants les plus fidèles et les plus concernés par la crise qui couve à Montplaisir auraient pris la décision de transférer cette crise aux palais de la Kasbah et du Bardo dans l'objectif de permettre aux caciques du mouvement de réaliser un double coup. Reprendre l'initiative pour ce qui est de la formation du prochain gouvernement au cas où le gouvernement actuel serait obligé de démissionner si la motion de censure à l'encontre de Fakhfakh était adoptée par les députés.
Ensuite, faire taire les voix discordantes qui s'élèvent de jour en jour au sein du parti appelant à ce que Rached Ghannouchi quitte la présidence du parti à l'occasion du prochain congrès comme le veut le réglement intérieur du parti. L'objectif est de faire comprendre à ces responsables soucieux du respect du règlement intérieur qu'Ennahdha a toujours besion de la sagesse et du savoir-faire politique de Ghannouchi et que la réussite de l'expérience démocratique tunisienne est aussi tributaire de l'apport actuel et futur du président d'Ennahdha, à condition que les participants au 11e congrès du parti parviennent à lui trouver une position de commandement au sein du parti, position qui ne constituera pas un acte de violation du règlement intérieur.
Mais en attendant d'en arriver là, les nahdhaouis se retrouvent dans l'obligation de batailler sur un nouveau front autre que celui de l'élargissement de la coalition gouvernementale ou la révocation d'Elyès Fakhfakh, le cas échéant.
Le nouveau front concerne, en effet, la guerre que lui a déclarée Abir Moussi, la présidente du Parti destourien libre (Pdl), que certaines parties appellent «la lionne de Carthage». Son discours, dimanche 4 juillet, à l'avenue Habib- Bourguiba, n'a pas laissé les nahdhaouis insensibles qui sont déjà passés à l'action, annonçant, par le biais de certains de leurs responsables, à l'instar de Yamina Zoghlami, qu'ils vont poursuivre Abir Moussi devant la justice pour incitation à la haine et à la violence».


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