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L'exorcisme d'El Ifa
Lu pour vous
Publié dans La Presse de Tunisie le 28 - 03 - 2016


L'alternative anonyme pour échapper à ses démons
Taoufik Aloui retrace les errances d'un romancier talentueux ravagé par ses démons intimes, les démons de son passé et les démons triviaux qui hantent la scène politique à un moment où la Tunisie payait le prix de l'autocratie. Autant de démons qui frôlent le surnaturel et qui ne lui laissent de répit que l'écriture.
Se délivrer d'un démon, se soustraire d'une influence... C'est de la sorte que le lexique définit cet «exorcisme» auquel se livre El Ifa à une croisée de chemins quand sa vie semble basculer du néant vers des franges plus lumineuses. Mais la définition ne dit pas qu'en guise de démon, il s'agit en vérité de plusieurs : des démons intimes qui le mettent face à soi, des démons du passé qui le rattachent douloureusement à ses origines, des démons triviaux qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux sbires de l'autocratie. Des démons qui, mis bout à bout, n'accordent que peu de marge de manœuvre à cet être lettré en devenir.
Une «dépendance sensitive des conditions initiales»
El Ifa porte un prénom synonyme de répulsion et quand il cogite sur cette tare qu'il porte comme une croix, il se rappelle ses parents porteurs de croyances absurdes dans un village loin de tout ; ses parents qui choisirent ce prénom après plusieurs fausses couches pour que la mort éprouve de la répulsion devant le porteur du nom et ne l'envoie pas rejoindre ses défunts prédécesseurs. C'est une pratique courante dans le monde rural tunisien, une sorte d'exorcisme pour éloigner la fatalité. Et il semblerait que cela marche, du moins dans son cas, car le voici évoluant avec aisance dans les classes successives jusqu'à l'Université malgré quelques déboires et la pauvreté de ses parents.
Seulement, il ne se sort pas complètement indemne de ces origines en développant une «dépendance sensitive des conditions initiales» comme diraient les mathématiciens dans leur description de la théorie du chaos. Hanté par des souvenirs d'enfance omniprésents, il devient un quasi-paria qui ne trouve un peu de paix que sur le chantier où il travaille en tant que manœuvre de bâtiment, se complaisant dans l'amitié des ouvriers, des gens qui prennent la vie avec une grande simplicité, savourant les petites choses comme le thé épais qui fait la réputation des chantiers, les plaisanteries de premier degré ou les matches de foot à la radio. Il y trouve la paix parce que ses compagnons le laissent tranquille quand il s'adonne à la seule chose qu'il a toujours, invariablement, aimée : l'écriture, même si ses menus moyens ne lui permettent de s'offrir que le papier rêche des sacs de ciment pour réceptacle de ses essais littéraires. C'est sur ce support improbable qu'il parvient à ficeler son premier roman.
Sa sortie de l'anonymat est à double tranchant
Ne parvenant pas à accepter la tare de son terrible prénom, El Ifa choisit de rester anonyme en confiant le texte de son premier roman, sur les feuillets originels de sacs de ciment, à un ami qui a ses contacts dans le monde de l'édition. Et même quand la publication du roman suscite l'admiration générale, il se trouve encore incapable d'exorciser ses démons. La seule échappatoire, le seul exutoire, est encore l'écriture où il devient autre, où il est libre de toutes les contingences. Et le voici avec un second roman, tout aussi encensé, sans que sa conviction d'anonymat ne soit ébranlée.
Entre-temps, il vit une grande histoire d'amour avec une amoureuse de la littérature qui a aussi ses propres démons. Cela rapproche et culmine par la naissance d'une petite fille qui hérite de son talent et dont les maîtres d'école saluent la qualité d'écriture.
Encore en anonyme, il vire vers le domaine où d'innombrables romanciers ont fait leurs armes avant lui ; la presse à laquelle il envoie articles sur articles. L'écriture reste ainsi la grande constante de son existence jusqu'à ce qu'il ressente le besoin de retourner à l'Université pour passer son diplôme d'études approfondies... et c'est là que les choses commencent à se corser car, là, il n'y a pas d'anonymat qui tienne. La commission d'examen estime que son travail est exceptionnel mais finit par l'annoncer officiellement moyen après de trop longues délibérations, par lui interdire l'accès à une thèse de doctorat et par adresser une missive sur le sujet de son travail au ministère de l'Intérieur. On en était au temps de l'autocratie en Tunisie et ses écrits semblaient par trop subversifs au pouvoir qui était évidemment omniprésent dans ce genre de commission.
Sa sortie de l'anonymat est à double tranchant : il finit en prison alors que transparaît enfin son identité comme l'auteur des deux romans à succès qui ont pris leurs aises en fustigeant à souhait le pouvoir.
L'exorcisme d'El Ifa, 244p., mouture arabe
Par Taoufik Aloui
Editions Zayneb, 2016
Disponible à la Librairie Al Kitab, Tunis


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