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«70% des cas de divorce, en Tunisie, résultent des problèmes sexuels»
Dr Hisham Sharif, sexologue
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 11 - 2016

Les troubles sexuels représentent souvent les maux qu'on occulte pour dérouter une intimidation lésante et éviter d'être pointé(e) du doigt, préférant ainsi faire semblant d'être bien aux yeux d'autrui et refouler une partie de soi-même. Sacrifier son bien-être sexuel est-il la solution ? Quel impact des troubles sexuels sur les relations sociales d'un individu ? Le Dr Hisham Sharif, sexologue et ambassadeur de l'Association américaine de la santé sexuelle, répond à ces questions. Entretien.
Les origines des problèmes sexuels sont-elles pathologiques ou psychologiques ?
Les troubles sexuels résultent ou de l'absence du bien-être sexuel ou d'un problème de santé. L'absence du bien-être sexuel est responsable, à elle seule, de 80% des troubles sexuels. Du coup, ces problèmes relèvent, dans 80% des cas, de troubles comportementaux et cognitifs et non pathologiques. La plupart des troubles sexuels d'origines comportementale et cognitive reviennent à des pressions d'ordre social et autre, financier. Je dirais même que les difficultés financières représentent la première cause des troubles sexuels chez l'homme. D'ailleurs, selon les dernières statistiques relatives au divorce, 13 mille couples se séparent chaque année, soit, un divorce par heure. Les chiffres montrent que 40% des cas de divorce reviennent à des troubles sexuels. Or, dans une société obéissant à un modèle patriarcal, il est souvent difficile pour les couples de verbaliser leurs problèmes sexuels et intimes. Aussi, usent-ils de plusieurs prétextes infondés pour obtenir le divorce. A mon sens, 70% des cas de divorce, en Tunisie, résultent des problèmes sexuels.
La sexologie, comme science médicale mais aussi comme spécialité traitant une composante essentielle à la santé physique et psychologique de l'homme, est-elle reconnue comme telle ? A-t-elle réussi à briser le tabou de la vie intime ?
La sexologie vise à traiter les troubles sexuels et à enterrer beaucoup de complexes et de tabous. Personnellement, lorsque je suis revenu en Tunisie en 2011, j'ai œuvré pour vulgariser l'information sur cette spécialité en ayant recours à une médiatisation accrue et simplifiée. J'avoue que les débuts n'étaient point faciles. Il fallait donc transmettre le message d'une manière simplifiée afin de toucher et convaincre toutes les tranches sociales et tous les niveaux d'instruction. L'objectif ne se limite point à la seule exposition des problèmes mais d'y trouver des solutions. Ce qui est certain, c'est que de 2011 jusqu'à nos jours, une évolution considérable est constatée au niveau du recours des Tunisiens à la sexologie, à la sexothérapie et au conseiller conjugal. Le rôle des sexologues — les vrais — est à appuyer. Il consiste à défendre une cause : les troubles sexuels sont à l'origine des maux. L'idée étant de stopper les maux en traitant ces troubles à la base.
Vous avez parlé de vrais sexologues, qu'est-ce que vous insinuez ?
Cette spécialité fait ses premiers pas en Tunisie. Néanmoins, de nombreux psychologues se hasardent à proposer aux patients des séances et un coaching sans pour autant y être qualifiés. La sexologie est une spécialité qui nécessite des études approfondies. Personnellement, je fais partie de l'école américaine qui est une référence en la matière. Je suis membre de l'Organisation mondiale de la santé sexuelle dans la région d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. J'ai été récemment nommé ambassadeur de l'Association américaine de la santé sexuelle. Un bon sexologue doit, à mon sens, ressentir la douleur d'autrui, la vivre sans se soucier ni du timing de la séance consacrée à chaque patient ni de l'argent. D'autant plus qu'il convient, pour un sexologue qui se respecte et qui respecte la confidentialité de la vie intime de ses patients, de ne pas compter sur l'apport d'une assistante ni d'une secrétaire afin d'éviter toute intimidation à ses patients.
Quel est le profil des patients qui viennent en quête de solutions à leurs problèmes sexuels ?
Je reçois toutes les catégories sociales et toutes les tranches d'âge. Cela dit, les femmes consultent plus que les hommes. Dans une société régie par un esprit patriarcal, les hommes éprouvent beaucoup de gêne à parler de leur virilité. Cette dernière étant une ligne rouge pour l'homme oriental pour qui la virilité se résume dans la taille du phallus et dans la capacité sexuelle. Or, la véritable notion de virilité consiste en la capacité d'un homme à gérer ses problèmes et à rendre sa femme heureuse. Le bonheur d'une femme ne se limite pas au seul épanouissement sexuel, bien que celui-ci soit important. C'est ce qui fait la différence entre la relation sexuelle purement animale et la relation érotique purement humaine. La relation érotique entre l'homme et la femme comprend deux composantes aussi essentielles qu'intrinsèques, à savoir l'affection et la sexualité. C'est un type de relation qu'on vit et qu'on cultive tous les jours via des signes qu'on échange au quotidien et qui préparent le terrain à un rapport érotique harmonieux. Finalement, l'organe sexuel ne se trouve pas entre les cuisses mais dans la tête. D'ailleurs, la plupart des hommes recourent au viagra pour optimiser leur capacité sexuelle, alors que le meilleur viagra qui existe au monde n'est autre que le confort psychologique.
Si vous dites que vous recevez toutes les tranches d'âge, cela veut-dire que même les jeunes viennent consulter pour des troubles sexuels.
Oui. Les jeunes consultent surtout pour savoir si la masturbation figure parmi les comportements à risque. Il faut dire que 85% des hommes et des femmes célibataires pratiquent la masturbation, de même que 65% des hommes et des femmes mariés. Cette pratique est bénéfique à condition de ne pas excéder les trois fois par semaine, dans la mesure où elle permet de dégager les tensions nerveuses érotiques. Au-delà, elle devient maladive et fait partie des troubles comportementaux. La masturbation se base sur l'imaginaire sexuel, de même d'ailleurs que les films pornographiques qui, eux, usent des trucages. Or, ce n'est pas la vraie vie érotique.
Pour quels motifs les adultes, hommes et femmes, vous consultent-ils ?
Pour trouver des solutions à des problèmes sexuels. Les hommes consultent souvent pour des problèmes d'éjaculation précoce ou encore d'injaculation, etc. Les femmes, elles, consultent pour des problèmes de frigidité, d'anorgasmie, de vaginisme ou de refus de la relation sexuelle.
Quel est, selon vous, l'impact des troubles sexuels sur les relations sociales ?
Le non-épanouissement sexuel influe négativement sur l'humeur et sur le rendement de l'individu. Une personne, qui souffre de troubles sexuels et qui n'arrive pas à être épanoui et à entretenir des relations érotiques réussies, se trouve, systématiquement, dans l'incapacité d'être productif. Et cela se répercute sur son humeur, sur la manière de communiquer avec autrui, sur les relations qu'elle entretient avec sa famille et son environnement social.
Comment peut-on prévenir les troubles sexuels ?
Par l'éducation, non seulement sexuelle mais aussi familiale. L'impact de l'épanouissement — ou non — des parents se transmet aux enfants qui, en grandissant, finissent par comprendre beaucoup de choses. Ainsi, les parents devraient répondre, d'une manière progressive et simplifiée, aux questionnements de leurs enfants sur la relation sexuelle et non pas s'abstenir d'y répondre ou de réprimander le chérubin et perpétuer ainsi le tabou. C'est aussi la responsabilité de l'Etat d'introduire l'éducation sexuelle dans le programme scolaire, ce qui pourrait éviter bon nombre de grossesses accidentelles auprès des adolescentes. La littérature montre que plus tôt l'on est averti sur l'éducation sexuelle, plus les rapports sexuels sont tardifs.
D'un autre côté, il convient de lutter contre la flambée du divorce, lequel coûte beaucoup à l'Etat. Pour ce, les couples qui s'apprêtent à entrer dans la cage dorée devraient s'assurer de leur capacité à vivre ensemble et à avoir des enfants. L'intimité d'un couple est fondamentale. Aussi, est-il impératif de réviser le système du mariage afin que ce dernier soit solide et durable. Personnellement, je recommande la substitution du certificat médical prénuptial — lequel n'est point crédible car délivré souvent sans consultation médicale — par un certificat d'aptitude au mariage. Un certificat qui sera décerné par un comité juridico-médical multidisciplinaire, comptant un gynécologue, un psychologue, un sexologue, un urologue, un dermatologue, un sociologue ainsi qu'un juge de famille. Le certificat sera optionnel et non obligatoire, délivré sur demande du couple. L'Etat doit, en outre, intégrer la santé sexuelle et le bien-être sexuel parmi les lignes directives de sa politique.


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