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L'enseignement de la sexologie est à revoir en Tunisie
Rencontre avec le pr Mansour El Feki, Sexologue Clinicien
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2000

Les sexologues doivent être formés selon les normes internationales d'exigence éthique et d'excellence clinique
Le Pr Mansour El Feki est directeur de l'Institut canadien de santé et de bien-être sexuel à Montréal et professeur enseignant au département de sexologie à l'Université du Québec à Montréal. Il est l'auteur de «la sexothérapie : quelle thérapie choisir en sexologie clinique?». Ce sexologue clinicien tunisien passe la plupart de son temps entre Montréal, Paris et Bruxelles. Lors de son passage à Tunis, dernièrement, il a bien voulu nous accorder cet entretien.
Les cabinets de sexologues sont très à la mode en Tunisie aujourd'hui; on aimerait avoir votre avis sur ce métier qui se développe chez nous.
Normalement, ça devrait répondre plus à des exigences de santé et de bien-être humain qu'à des normes commerciales, de marketing ou de mode. La sexologie clinique est une spécialité qui a moins d'un demi-siècle d'existence; elle est née à Montréal au Canada, et malgré son jeune âge elle est arrivée à s'imposer en tant que spécialisation à part entière dans la prise en charge de la santé et du bien-être sexuel humain ou érotique. L'université et le département dont je suis issu représentent l'excellence ultime en la matière. Au Canada, comme en Tunisie ou aux Etats-Unis, les exigences scientifiques et éthiques sont les mêmes, l'excellence comme norme et l'éthique comme balise. La Tunisie est un pays largement ouvert sur le monde extérieur et avec une adaptabilité culturellement bien implantée. Déjà en 1996, en collaboration notamment avec des psychiatres, des urologues et des cardiologues tunisiens, nous avons organisé le premier Congrès arabe de sexologie à Tunis; Radhouan M'hiri, psychiatre à Sfax, était l'initiateur de ce projet avec MM. Habib Boujnah, professeur en urologie à la faculté de médecine de Tunis, Mohamed Aloulou, cardiologue à Sfax et moi-même.
Ceci dit, ça fait bientôt deux décades,et pas grand-chose de fait en Tunisie. Les besoins en éducation sexuelle, en formation des professionnels et en prise en charge des dysfonctions sexuelles sont énormes en Tunisie; c'est un domaine en friche malgré les potentialités en compétences dont est riche notre pays. Les dysfonctions sexuelles et les paraphilies qui se présentent en Tunisie n'ont rien d'exceptionnel. C'est l'absence de sexologues cliniciens formés selon les normes internationales qui pose problème. Malheureusement, il y a une pléthore de générations spontanées de sexologues qui s'auto-déclarent spécialistes après une formation de quelques fins de semaines dans des universités françaises ou tunisiennes en quête d'argent et de rayonnement à moindre frais. Acceptons-nous que cela soit de même dans d'autres spécialités ? Que penseriez-vous, si on vous disait que votre cardiologue a eu sa spécialisation de cette façon ? Ceci n'est que la transposition de ce qui s'est passé en France avec les pseudo-sexologues, amourologues, érotologues, comme voulait bien les appeler leur leader, aujourd'hui décédé, feu docteur Gilbert Tordjmane, qui est d'origine tunisienne, par ailleurs. C'était le début d'une génération spontanée qui sème le doute jusqu'à nos jours en France.
Et pourquoi ?
Parce qu'il y avait tout simplement de l'argent à prendre et personnellement je dénonce cette manière de se faire de l'argent sur la souffrance humaine.
Oui, mais c'est une spécialité qui touche certaines disciplines comme l'urologie ou la psychiatrie ?
Mais ce n'est pas parce que ça touche une sphère pour laquelle vous êtes spécialiste que du jour au lendemain vous vous improvisez maître d'œuvre. Quand on construit une maison, il y a plusieurs corps de métiers : l'électricien, le plombier, le plâtrier et d'autres spécialités qui sont très importantes, mais le maître d'œuvre, c'est l'architecte. Cet architecte, c'est le sexologue clinicien, selon moi. Il s'occupe de la prise en charge de la santé et du bien-être sexuel humain, en restaurant la fonctionnalité et les voies qui mènent vers ce bien-être et, ultimement, vers le bonheur humain. Ceci ne peut pas se faire sans faire appel à une évaluation urologique, gynécologique, cardio-vasculaire, neurologique, psychiatrique, selon le cas qui se présente. La sexologie clinique s'inscrit dans une approche collaborative où chacun des intervenants s'occupe de ce qu'il connaît le mieux, le tout étant colligé par le sexologue clinicien qui agit comme maître d'œuvre de ce processus sexo-clinique; la sexologie clinique est à distinguer d'une spécialité en émergence : la médecine sexuelle !
C'est quoi, cette nouvelle spécialité, est-ce qu'elle existe en Tunisie?
La médecine sexuelle a une histoire plus récente; elle est née d'une idée d'un médecin généraliste qui était, à ce moment-là, mon ami, collègue et directeur de l'Unité de dysfonctions sexuelles à l'Hôpital Saint-Luc du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. C'était le début de la commercialisation des pilules bleues. Il y avait des sommes d'argent phénoménales à prendre dans le cadre de la commercialisation, du marketing et du coaching à la prescription. En 1996, ce médecin canadien a eu cette idée de génie de créer une association de médecine sexuelle qui a chapeauté cette vague au Québec, pour un certain temps, et a essaimé en France puis un peu partout dans le monde. Aujourd'hui, des sociétés « savantes » s'activent autour de l'amélioration des outils ainsi que des processus diagnostics des dysfonctions sexuelles et autour du développement d'une réponse pharmacologique, voire chirurgicale.
En Tunisie, c'est beaucoup plus facile de développer ce créneau. Surtout que nous avons d'imminents urologues, gynécologues,... qui peuvent organiser un ensemble de processus standardisés, répondant à des exigences scientifiques et éthiques de niveau international.
Quelle est la relation entre sexologie et médecine sexuelle?
La sexologie veille à la prise en charge de la santé et du bien-être sexuel et érotique humain. Pour ce faire et comme préalable, le sexologue clinicien a besoin, souvent, d'une évaluation pour déterminer la présence ou l'absence de causes organiques à l'origine de la dysfonction. Cette dimension relève essentiellement des urologues, des gynécologues, des endocrinologues, ... donc de la médecine sexuelle. Quand la problématique a une cause organique, cela nécessite une collaboration soutenue entre sexologue clinicien et urologue, gynécologue, voire endocrinologue, psychiatre, etc.
Que pensez-vous de la formation des sexologues en Tunisie ?
En 1996, il y a eu ce premier Congrès arabe de sexologie à Tunis. Ça a éveillé les intérêts pour qu'on puisse aller plus loin et c'était louable, malheureusement, certains spécialistes ont compris qu'il y avait un grand enjeu financier. La guerre était donc déclarée, jusqu'au jour où, entre 2004 et 2005, les Tunisiens ont lancé un Master en Sexologie à Sfax. Je fus très étonné toutefois de constater que cette formation n'était pas destinée à former des sexologues cliniciens qui n'ont ni les connaissances, ni les habiletés et encore moins les compétences nécessaires pour la prise en charge des dysfonctions sexuelles, ...., même s'il y avait des professeurs chevronnés qui venaient d'autres spécialités. Je suis personnellement intervenu auprès du ministre de la Santé à l'époque, pour lui dire que ce n'était pas éthique de former des sexologues de cette manière. Il m'a demandé de lui faire un audit et c'est ce que j'ai fait. Le ministre s'était montré très compréhensif et m'avait promis de faire arrêter cette formation sous cette forme. Malgré cela, quelques années plus tard, certains esprits commerçants ont remplacé le terme «Master en sexologie» par «compétence en sexologie». Cela devrait protéger les patients/clients, mais, lorsque traduits en arabe, ces termes amplifient la confiance et, du même coup, la cabale, ce qui est encore plus grave. Il y a des gens qui ont été assez honnêtes pour ne pas exercer cette spécialité même s'ils ont été diplômés de cette école. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de compétence en Tunisie, mais qu'il y a aussi des «charlatans». Il faut en parler, c'est comme ça qu'on peut avancer.
Donc, selon vous, l'enseignement de la sexologie aujourd'hui n'est pas conforme ?
Je le dis sans équivoque. L'enseignement de la sexologie en Tunisie ne répond pas au minimum des normes internationales les plus respectueuses de l'humain, du moins ni à celles de la WAS (World Association of Sexology) ni à celles de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). La sexologie est une prise en charge des dysfonctionnements sexuels. C'est donc un processus psychothérapique. Il faut maîtriser la psychothérapie. Pour cela, il faut suivre une formation de 4 ans dans l'une des spécialités psychothérapiques et il faut ensuite faire une formation de 4 ans en sexologie. Il faut une formation de 8 ans au minimum, en ce qui concerne les sexologues cliniciens. Pour ce qui est des sexologues éducateurs, chercheurs, une formation qui varie de 5 à 9 ans est nécessaire.
Que pensez-vous de la prescription des médicaments aphrodisiaques ?
Premièrement, il faut faire le deuil de ce qu'on appelle produit aphrodisiaque. Aphrodisiaque, cela veut dire un produit qui augmente le désir sexuel. Cela n'existe pas en pharmacologie. Le seul aphrodisiaque, c'est ce qu'on a entre les deux oreilles, le cerveau, et notre imaginaire érotique.


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