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« La relation franco-tunisienne exceptionnelle doit perdurer »
Exclusif - Entretien avec... M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre de la République française
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 04 - 2017

Le Premier ministre français, Bernard Cazeneuve, effectue une visite en Tunisie les 6 et 7 avril. Il sera reçu aujourd'hui par Béji Caïd Essebsi, Président de la République, par Mohamed Ennaceur, président de l'Assemblée des représentants du peuple, et s'entretiendra avec son homologue Youssef Chahed, chef du gouvernement, pour évoquer les principaux dossiers de la coopération bilatérale et signer plusieurs conventions de coopération. A l'occasion de ce déplacement, le Premier ministre français rencontrera, également, Fayez Al-Sarraj, président du Conseil présidentiel et Premier ministre de Libye. Le programme chargé de cette visite prévoit également une visite au musée du Bardo où Bernard Cazeneuve saluera la mémoire des victimes de l'attentat survenu le 18 mars 2015, ainsi que des échanges avec des représentants de la société civile. Entretien.
Quel est l'objet de votre visite en tant que Premier ministre de la République française en Tunisie ?
Je viens porter ici un message d'amitié et de solidarité de la France à l'égard de la Tunisie nouvelle face aux défis que sa démocratie doit relever. Le premier est celui de la sécurité. Les terroristes djihadistes veulent abattre le régime démocratique tunisien, mais la France soutient résolument la Tunisie, qui sait et saura faire face à cette menace. La maturité politique de la société tunisienne lui a permis de résister à l'obscurantisme. Le second défi, ce sont les enjeux économiques et sociaux. Je veux donc également réaffirmer l'appui de la France à la relance de l'économie tunisienne à travers le suivi et la mise en œuvre des annonces faites lors de la conférence « Tunisia 2020 » en novembre 2016. En quelques mots, ce que je veux dire à nos amies tunisiennes et à nos amis tunisiens, c'est que la France continuera d'être à leurs côtés, comme elle l'a été ces cinq dernières années, notamment en soutenant le renforcement des capacités sécuritaires du pays.
Les relations franco-tunisiennes sont historiques, elles ont connu régulièrement des impulsions vers le renforcement et la diversification de la coopération bilatérale, qu'est-ce qui, selon vous, nécessiterait, dans l'intérêt des deux pays, une collaboration encore plus étroite, maintenant?
Le caractère exceptionnel de la relation franco-tunisienne doit perdurer et se renforcer. L'expérience démocratique tunisienne a une résonance qui dépasse ses frontières. Elle est unique et portée par une société civile exigeante et un peuple vigilant. Elle est source d'espoir et de stabilisation pour toute la région. Pour accompagner ce mouvement, notre coopération doit continuer à être multisectorielle. Je dirais que la priorité doit demeurer la sécurité et la défense, car sans sécurité, pas de tourisme, pas de relance de l'économie. Toutefois, cette priorité ne doit pas occulter tout le reste, qu'il s'agisse de la relation humaine, très forte, qui nous lie ou encore de la relation économique et commerciale – je rappelle que 1.300 entreprises françaises sont installées en Tunisie – ou de la relation culturelle, très importante, pour montrer à Daech et aux obscurantistes de tous bords que la France et la Tunisie sont deux pays unis par un socle de valeurs communes de tolérance et de démocratie.
La France a contribué à la réussite de la conférence internationale sur l'investissement Tunisie 2020, en novembre 2016, sur le double plan de l'organisation de l'événement et des promesses en termes d'investissements. Où en est la concrétisation de ces promesses, sachant que 50% de l'ensemble de la dette tunisienne est contractée auprès de la France ?
La France est le premier partenaire économique de la Tunisie, et le premier bailleur bilatéral de la Tunisie avec 2,5 milliards d'euros de soutien, toutes aides confondues, pour la période 2010-2020. Depuis la révolution, l'aide publique au développement comme la contribution des entreprises privées françaises n'ont cessé de croître. C'est une marque de confiance réelle. La conférence «Tunisia 2020», pour laquelle la France s'est fortement mobilisée, a été un véritable succès. Sur le plan économique et financier, près de 14 milliards d'euros de promesses ont alors été faites. La France a annoncé à cette occasion qu'elle poursuivrait et renforcerait son aide à l'égard de la Tunisie. Ainsi, 1,2 milliard d'euros seront consacrés à des projets de développement d'ici 2020, en priorité dans les régions défavorisées de Tunisie et en direction de la jeunesse et de l'emploi.
Sur la dette tunisienne, notre pays est bien loin d'en détenir la moitié. Mais parce que nous sommes conscients des défis économiques de la Tunisie, nous sommes engagés dans un processus de conversion de dette. Sur ce sujet, nous avons agi depuis 2012. Je peux citer comme exemple le financement d'un projet d'hôpital à Gafsa à hauteur de 60 millions d'euros « reconvertis ». Ce dernier, ambitieux et novateur, est une parfaite illustration de ce que la coopération entre nos deux pays peut produire de meilleur. Parce que c'est un projet d'envergure, qui nous tient à cœur, nous comptons faire encore plus pour avancer plus vite dans sa réalisation. De nouvelles conversions de dette seront donc annoncées au cours de ma visite et elles ne porteront pas uniquement sur la santé, mais aussi l'éducation, l'enseignement supérieur et la formation professionnelle.
Sur le plan politique, la Tunisie est en train de réaliser un miracle, en menant, non sans peine, un processus démocratique dans un contexte miné par le terrorisme. Pensez-vous que le soutien, au demeurant nécessaire, des pays européens amis, dont la France, est suffisamment consistant pour aider la Tunisie à dépasser le cap critique et mener à terme son projet démocratique ?
Notre soutien, depuis la révolution, n'a cessé de croître ; nous allons encore le démontrer lors de mon déplacement en Tunisie. Toutefois, l'un des enjeux consiste à mobiliser plus rapidement les fonds déjà disponibles. A titre d'exemple, sur l'ensemble des projets qui concernent l'Agence française de développement (AFD), plusieurs centaines de millions d'euros restent à verser. Notre priorité est donc de réduire les délais de mise en œuvre des projets, notamment par l'amélioration des procédures et des processus de décisions, comme s'y emploie le gouvernement tunisien.
La question sécuritaire, en référence aux attentats terroristes, n'est pas propre à la Tunisie, pourtant notre pays est particulièrement stigmatisé, si bien que le tourisme, un des plus importants leviers de l'économie tunisienne, n'arrive pas à se relever. Que faut-il faire de plus, selon vous, pour sortir de l'impasse, sachant que la situation sécuritaire s'est beaucoup améliorée ces derniers mois ?
La menace terroriste reste très élevée en Tunisie, comme dans de nombreux pays, y compris en Europe. Je constate toutefois que la situation sécuritaire s'est améliorée et je tiens à saluer les efforts accomplis par les autorités tunisiennes. Les forces tunisiennes de défense et de sécurité conduisent un travail remarquable et nous continuerons d'être à leurs côtés. Pour relancer le secteur touristique, certaines pistes, qui ne concernent pas toutes l'aspect sécuritaire, pourraient néanmoins être explorées, comme la mise à niveau des infrastructures ou encore la diversification de l'offre – la Tunisie dispose par exemple d'atouts considérables sur le plan culturel, de par la richesse de son histoire. A ce titre, plusieurs partenaires, dont la France, sont disposés à aider à la restructuration du secteur.
La question migratoire est importante autant pour les pays de la rive nord de la Méditerranée que pour ceux de la rive sud. En quoi consiste la coopération entre la France et la Tunisie dans ce domaine précis et quels sont les moyens mis en place ?
Nous devons, de part et d'autre, assurer à la fois le contrôle des flux migratoires pour éviter l'immigration clandestine et permettre à tous ceux qui se déplacent pour des motifs légitimes de pouvoir le faire dans les meilleures conditions. Il s'agit de faciliter la vie de centaines de milliers de citoyens, français, tunisiens ou franco-tunisiens, pour leur permettre de suivre leurs conjoints, de scolariser leurs enfants, de poursuivre leurs études ou de travailler entre nos deux pays. Lorsqu'on observe les flux d'entrée en France, plus d'un quart se fait pour des motifs professionnels, près d'un autre quart pour des études, et la moitié pour des raisons familiales. En Tunisie, en 2016, 126.771 visas ont été accordés, ce qui, rapporté à la population, en fait le premier pays du monde, hors Union européenne, à avoir des échanges humains aussi denses avec la France. Ces échanges constituent le cœur et le moteur de notre relation.
Dans le même temps, nous devons lutter contre les migrations illégales, qui mettent en danger les personnes lors de voyages souvent très périlleux. Je veux saluer le travail conjoint de nos deux pays pour lutter contre les départs illégaux, démanteler les filières de passeurs et assurer le retour de ceux qui sont en situation irrégulière au regard du séjour en France. A cet égard, la question des Laissez-passer consulaires (LPC) est centrale et je souhaite que nous renforcions la coopération entre nos deux pays en la matière. Je relève que nos actions portent leurs fruits puisque l'immigration clandestine de Tunisiens en France tend à diminuer alors même que, dans le même temps, les visas accordés aux étudiants tunisiens en France n'ont cessé d'augmenter. Il faut poursuivre dans cette voie : dynamiser les voies légales de migration tout en luttant avec la plus grande fermeté contre l'immigration irrégulière.
En 2016, la catégorie qui a le plus bénéficié de contrats de travail en France est celle des ingénieurs avec plus de 1.000 personnes (1/4 des 4.092 contrats de travail). Par ailleurs, le nombre des étudiants désireux d'aller étudier en France est lui aussi en nette progression (+17%). La France a-t-elle définitivement opté pour la « migration choisie », par la voie légale ?
Il existe plusieurs voies d'immigration légale en France, que nous accompagnons toutes. Tout d'abord les ressortissants tunisiens qui rejoignent leur conjoint en France, par la voie du regroupement familial, s'ils respectent un certain nombre de conditions. Ensuite l'immigration professionnelle, qui suppose que la personne concernée dispose des qualifications requises sur le marché du travail français. Enfin l'immigration étudiante, lorsque de jeunes tunisiens choisissent de faire tout ou partie de leurs études en France. Sur ce point d'ailleurs, je me réjouis que la France constitue la première destination étrangère des étudiants tunisiens. C'est la preuve de l'attractivité de notre enseignement supérieur et un témoignage de son excellence et c'est une chance pour notre pays d'accueillir des étudiants aussi bien formés qui y poursuivent des formations très diverses.
L'Allemagne, à travers sa chancelière Mme Angela Merkel, a joué la carte de la transparence pour traiter le dossier des Tunisiens sans papiers. Quelle est, ou quelle sera, la méthode française ?
La France a toujours joué la carte de la transparence sur ce dossier et reste fidèle à ce principe. Ainsi, en 2016, 640 demandes de LPC ont été formulées, sur lesquelles 196 ont obtenu un accord des autorités tunisiennes. Le principe de transparence s'applique naturellement aussi dans nos relations avec les autorités tunisiennes, qui sont consultées et associées en amont de tout retour afin d'organiser cela en bonne intelligence et en tenant compte de la sensibilité de chaque dossier.


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