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Esquisses sur 2010
Contrepoint - Par Khaled TEBOURBI
Publié dans La Presse de Tunisie le 28 - 12 - 2010

La semaine des rétrospectives, partout. On ne fera pas exception. Sauf que dans le réduit d'une chronique, il faut forcément faire un tri, et dans cet exercice, on ne le sait que trop, c'est toujours affaire de sensibilités, de points de vue et, pour nos collègues de l'Hexagone et du Nord en général (hélas encore), d'intérêts particuliers.
Exemple : qu'est-ce qui a compté le plus aux yeux des médias d'Europe et d'Amérique durant l'année 2010? On a suivi les rétros : ce sont les mineurs du Chili, la Coupe du monde en Afrique du Sud, la crise en Grèce, en Islande et en Irlande, à la limite, le séisme en Haïti.
Aucune objection : on approuve et on compatit.
Que dit-on, en revanche, à propos de ce qui s'est passé en Irak, au Soudan, à Gaza et en Cisjordanie? Si peu, très peu.
L'impression (toujours) est que l'humanité fonctionne à deux vitesses. L'une a «visibilité préférentielle», celle des pays dominants, et l'autre de lecture «moins urgente», à peine exhibée aux regards, celle des peuples dominés.
On songe surtout aux colonisations israéliennes en Palestine. Non seulement elles se sont poursuivies, et à des rythmes plus massifs, mais encore elles sont passées outre des négociations de paix, à l'insu même des superpuissances qui les ont mises en place.
Pas une réaction pourtant. Une terre déjà occupée se réduit à la portion congrue, menacée, ni plus ni moins, d'effacement.
Passe que l'Amérique recule, que le vieux continent et la Chine hésitent, que l'Etat d'Israël s'installe davantage dans son arrogante impunité, mais que cela soit quasiment occulté par nos confrères européens et américains, que des rétrospectives télévisées le dissimulent, presque, à l'opinion internationale, voilà ce qui afflige, voilà ce qui jette une ombre indélébile sur les principes et les valeurs que l'Occident médiatique prétend nous inculquer.
Amont plus, aval moins
Venons-en à la culture et aux arts en Tunisie. Que nous ont-ils valu lors de cette année 2010?
En shématisant un peu, une volonté soutenue de la part des décideurs et, peut-être, pas assez d'implication de la part des acteurs.
En amont, il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître, l'Etat a multiplié les initiatives. Célébrations des centenaires de grands artistes et de grands intellectuels (Jamoussi, Khraïef), réorientation des festivals vers une participation prioritaire des productions tunisiennes, année du cinéma, du livre, de la jeunesse, création des «premières Journées musicales de Carthage», mesures et instructions présidentielles concernant l'audiovisuel : tout un programme inspire d'un réel esprit de réforme, visant à donner une impulsion supplémentaire à la création culturelle et artistique sous tous ses aspects et ses rapports.
Au concret (en aval), il ne semble pas que les résultats aient suivi en conséquence.
Le centenaire de Mohamed Jamoussi a donné lieu à nombre de manifestations (concerts, colloques, publications), mais n'a pas eu l'audience et l'écho escomptés. La raison ? probablement parce que l'on n'y a pas mis le temps et l'application exigés.
Célébrer un tel chanteur, une telle œuvre et un tel parcours, eût nécessité plus de recherche, un meilleur choix de répertoire, surtout un long travail de synthèse. On s'est contenté d'une simple récapitulation de succès connus et de documents de large diffusion. Erreurs d'inexpérience sans doute, mais le prochain centenaire sera celui de Ali Riahi, tirons bien les leçons!
La présence majoritaire de chanteurs locaux au festival de Carthage a été saluée par toute la profession et l'ensemble des médias. On n'en aura, néanmoins, retenu que très peu de créations vraiment «à la hauteur». Pourquoi? A notre avis, parce que les heureux élus du théâtre romain ne se sont pas départis d'une certaine idée «d'assistance». L'Etat leur a permis de monter sur une scène de prestige. Ce n'était pas un acte de «compensation», ni de «réparation», c'était une responsabilité à prendre. Beaucoup ne l'ont peut-être pas compris.
Seuls points (entièrement) positifs : les XXIIIe JCC, dont le palmarès ne mit pas tout le monde d'accord, mais qui se distinguèrent par leurs belles affluences (une tradition désormais) et une organisation qui s'améliore et se professionnalise au fil des années; et les premières «JMC» qui viennent de se conclure, par un bilan certes mitigé, mais avec déjà des promesses et une vraie perspective de transition vers des lendemains musicaux plus riches et plus sereins.
Mais ce n'étaient qu'esquisses: on approfondira bientôt.


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